Un chant nouveau

(3e dimanche ordinaire : Jonas 3, 1-10 ; 1 Corinthiens 7, 29-31 ; Matthieu 1, 14-20)

Nous commençons cette réflexion avec l'antienne d'entrée d'aujourd'hui : « Chantez au Seigneur un chant nouveau, chantez au Seigneur, terre entière » (Ps. 95, 1). Elle donne un aperçu des lectures et de la Salette.

Dans les lectures, nous voyons un changement remarquable. Ninive réagit à la prédication de Jonas. Jésus proclame que « les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche ». Quatre pêcheurs ont abandonné leurs filets pour le suivre. St Paul nous dit : « Il passe, ce monde tel que nous le voyons ».

L'apparition de la Salette a également changé des vies, non seulement de Mélanie et de Maximin, mais aussi bien de milliers d'autres, ce qui continue de nos jours.

L'invitation à chanter un chant nouveau ne nous parle pas seulement du changement en soi, comme s’il ne s’agissait que de nouveauté. Elle s'inscrit toujours dans un contexte de joie et de célébration. Quelque chose de merveilleux s'est produit—telle une conversion ou une réconciliation—signalant de nouveaux sentiments intenses qui cherchent à s’exprimer.

On trouve plusieurs chants en multiples langues en l'honneur de Notre Dame de la Salette. Mais il y en a un associé particulièrement au Sanctuaire de la Sainte Montagne en France. Ce chant ne mentionne ni l'Apparition ni le message. Plutôt, il s’agit d'une traduction poétique de l'Angélus, mise en musique, et chantée à la fin de la procession aux flambeaux chaque soir.

Il est connu sous le nom de l’Angelus de la Salette, et les pèlerins réguliers le connaissent par cœur. C'est, en quelque sorte, leur nouveau chant, qui renouvelle leur amour pour la Belle Dame chaque fois qu'ils le chantent. Un chant de telle sorte aide à éliminer des habitudes négatives qui veulent s’infiltrer de nouveau dans nos vies.

Le Psaume d'aujourd'hui contient une profonde prière : « Seigneur, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi ». Nous devons nous planter solidement sur la terre ferme de la vérité divine qui nous guide, qui n'est jamais dépassée.

Le nouveau chant, pour ainsi dire, opère dans les deux sens. Considérez ce texte merveilleux de Sophonie 3, 17 : « Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête ».

Ce nouveau chant est de Dieu, aussi bien que de nous !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Titres

(2e dimanche ordinaire : 1 Samuel 3, 3-19 ; 1 Corinthiens 6, 13-20 ; Jean 1, 35-42)

Avez-vous un titre ? Les Missionnaires de la Salette écrivent MS après leur nom et les Sœurs de la Salette SNDS. Certains d'entre vous, lecteurs, ont certainement des titres académiques, ou bien vous portez une étiquette indiquant votre rôle et votre statut dans votre lieu de travail.

Dans la Bible, les noms accomplissent souvent cette tâche. Jésus dit à Simon : « Tu t’appelleras Kèphas », ce qui signifie Pierre et décrit son rôle, sa vocation. Il serait intéressant de spéculer quel nom Jésus pourrait donner à chacun de nous. Chose certaine : ce serait à la fois une grâce et une obligation.

Considérez le simple nom de disciple, par exemple. C'est bien beau de suivre le Christ ; mais alors le refrain de notre vie devient celui du psaume d’aujourd’hui : « Me voici, Seigneur ; je viens faire ta volonté ».

La Belle Dame, au tout début de son message, nous appelle à une telle soumission.

Parfois, nous manquons d’entendre l'appel ou, comme Samuel, ne comprenons pas d'où il provient. Il devra se répéter, peut-être, plusieurs fois. Une autre personne, tel Eli, peut nous aider à comprendre ce qui nous arrive.

Si nous acceptons l'un ou l’autre des deux titres par lesquels Marie nous adresse à la Salette—mes enfants, mon peuple—nous pourrons raisonnablement être tenus de l'honorer et de vivre en conséquence, et d’accomplir la noble mission qu'elle nous a confiée.

St Paul propose deux noms moins évidents pour les croyants : sanctuaire de l’Esprit Saint, et achetés à grand prix. Il fait le lien avec le code moral qui distingue les chrétiens du reste de la société corinthienne.

Une fois reconnue et acceptée, notre vocation se révèle constamment. André dit à Simon : « Nous avons trouvé le Messie ». La vérité de cette phrase a résonné dans leurs cœurs et leurs esprits tout le reste de leurs jours.

Pour nous, cela est vérifié spécialement dans l'Eucharistie. Dans la liturgie de la parole, nous disons dans notre cœur : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ». À l'autel, nous nous rappelons le grand prix que Jésus a payé pour nous sauver. En quel autre endroit pouvons-nous être plus conscients d'être construits comme le temple de l’Esprit Saint ? C’est là où nous puisons la force requise pour vivre notre nom et notre titre de chrétiens.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Témoignage

(Baptême du Seigneur : Isaïe 55, 1-11 ; 1 Jean 5, 1-9 ; Marc 1, 7-11)

Dans l’Évangile d'aujourd’hui, ils sont trois qui rendent témoignage de Jésus. Le premier, Jean-Baptiste, prédit sa venue.

Les deux autres sont le Saint-Esprit, sous la forme visible d'une colombe, et Dieu le Père, invisible, dont on entend la voix. Dès le début du ministère public de Jésus, ils assument leur rôle dans tout ce qui va suivre. Saint Jean résume le tout dans la seconde lecture : « Celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité... ; le témoignage de Dieu, c’est celui qu’il rend à son Fils ».

Témoigner du Christ, voilà la vocation de l'Église entière. Cela s’accomplit, sans doute, par les paroles de l’Ecriture sainte et de la tradition de l’Église.

Mais partout dans les Evangiles, le Père et le Saint Esprit affirment la personne et le ministère de Jésus par leur puissance et leur présence aussi bien. Ainsi se trouve accompli ce que dit la première lecture d’aujourd'hui : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, ... ainsi ma parole ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission ».

À La Salette, aussi importantes que soient les paroles de la Belle Dame, son témoignage comporte davantage que des paroles. Il y a la lumière, le crucifix, les roses, les chaînes, et l’éloquence des larmes.

De même, il y a une différence entre affirmer la vérité et la vivre. Sans doute les habitants des environs de La Salette se servaient du langage religieux, tel que « Dieu merci », mais cela ne se voyait pas dans leur façon de vivre, du moins pas en participant à la grande action de grâce, l'Eucharistie. « L’été, il ne va que quelques femmes un peu âgées à la Messe. »

La vie des baptisés n'est évidemment pas seulement sacramentelle. Notre vie entière devrait manifester l'authenticité de notre foi. Lors du baptême, nous avons reçu un vêtement blanc ; ainsi devons-nous toujours nous vêtir de foi, d'espérance et de charité, en vivant les béatitudes.

Ce n’est pas dire que les paroles ne comptent pas. Nous ne pouvons pas penser à La Salette sans considérer la tendre invitation de Marie, son discours et son envoi final. Possiblement, nos paroles aussi bien aideront d'autres personnes à comprendre notre façon de vivre, lorsque nous accomplissons notre mission dans l’Église.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Leur histoire, notre histoire

(Epiphanie : Isaïe 60, 1-6 ; Ephésiens 3, 2-6 ; Matthieu 2, 1-12)

Le conte des Rois Mages est l'un des récits les plus familiers de l'Evangile. Il ne cesse jamais de nous charmer, mais il nous invite aussi à la réflexion personnelle.

En regardant dans le passé, vous rappelez-vous qui ou quoi était pour vous l’étoile de Bethléem, vous conduisant à Jésus ? De nombreux chrétiens de renommé ont décrit les circonstances de leur conversion. Ils évoquent tous une expérience clef ou une rencontre spéciale. Participez à cette conversation. Demandez-vous : Qui, quoi, quand, où, comment ?

Pendant leur séjour à Jérusalem, les Rois Mages ont perdu de vue l'étoile et ont dû demander le chemin à des biblistes. Par la suite, « l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait... Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie ». Essayez de revivre l'expérience de votre joie d’avoir mis votre foi en Christ Jésus.

Notre joie s’augmenterait davantage si tous ceux qui nous entourent pouvaient la partager. Il est difficile pour nous de comprendre pourquoi certaines de ceux que nous aimons n'ont jamais fait l’expérience d’une foi profonde. Dans notre contexte salettin, voilà où nous éprouvons le plus grand défi de « faire passer le message ».

Les Mages, tombant aux pieds de l’enfant, se prosternèrent devant lui en hommage. Pour nous, ce geste pourrait représenter un sentiment initial de culpabilité pour nos péchés du passé, ou de gratitude pour des bienfaits que nous considérions comme acquis, ou encore d'émerveillement : « pourquoi moi ? »

« Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe ». Quels trésors avez-vous apportés, quels cadeaux avez-vous offerts ?

Pour répondre à cette question, considérez la prière que l’on trouve dans l'offertoire de la messe : « Tu es béni, Dieu de l'univers, toi qui nous donnes ce pain ».

St Paul écrit aux Ephésiens à propos de « la grâce que Dieu m’a donnée pour vous ». Nous sommes les intendants, et non les propriétaires, de nos capacités ; elles nous ont été fournis en vue du service.

Le Seigneur nous aidera à discerner lequel de nos talents accomplira le mieux sa volonté. Est-ce possible de penser que notre charisme salettin n’en fasse pas partie ?

Il nous accordera aussi le désir, peut-être même le besoin, de servir son peuple par l'action et la prière.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Là où la foi nous mène

(Sainte Famille : Genèse 15, 1-6 et 21,1-3 ; Hébreux 11, 8-19 ; Luc 2, 22-40)

La foi est mentionnée vingt-quatre fois dans le chapitre 11 de la Lettre aux Hébreux, presque toujours avec la phrase « grâce à la foi ». Les lectures d'aujourd'hui soulignent la foi d'Abraham et de Sarah, et la divine promesse d'une famille et de descendants aussi nombreux que les étoiles.

La première lecture dit, « Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste ». Ce fut Dieu qui attribua un certain pouvoir à la foi d'Abram, et cela devint la base sur laquelle s’établit l'alliance qui s’ensuivit.

Ce pouvoir agit dans deux directions. Dieu accepte notre foi et répond à nos prières, comme nous le constatons dans l’exemple splendide de Syméon et d'Anne dans l'Évangile d'aujourd'hui. Mais en même temps, nous voyons la transformation opérée par la foi dans leur vie ; Anne « ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière », tandis que Syméon vivait pour le jour où la promesse du Seigneur à son sujet serait accomplie.

La foi partagée fonctionne de la même façon dans les groupes, les familles, les communautés, et dans l'Église. Lorsque la foi de certains de ses membres est perdue, le groupe s’en ressent. Une certaine Belle Dame a observé cela de sa place dans les cieux, et s’est décidée d'intervenir. Ses paroles ressemblent de près aux paroles de Dieu à Abram dans la Genèse : « Ne crains pas ! Je suis un bouclier pour toi. Ta récompense sera très grande ».

La foi redécouverte a le même pouvoir qu’une foi jamais perdue. Le père de Maximin en est un bon exemple. Au moment où il commença à croire à l'Apparition, il retrouva sa foi chrétienne et retourna aux sacrements qu'il avait abandonnés depuis longtemps, et avec une ferveur plus grande qu’auparavant.

Il ne serait pas surprenant que de nombreux Laïcs salettins aient vécu une expérience semblable. Mais pourquoi limiter cela aux laïcs ? Nous pouvons certainement inclure les religieuses et les religieux.

La foi nous impose des exigences et peut parfois nous sembler un fardeau, surtout en vue de notre faiblesse et de nos doutes. Mais, comme Abraham et Sarah, Syméon, Anne, sans parler de Marie et Joseph, nous pourrons aller là où la foi nous emmènera.

Nous prions pour que l'histoire de votre vie et de la nôtre soit souvent entrecoupée des paroles, « grâce à la foi ».

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Moi ?

(4e dimanche de l'Avent : 2 Samuel 7, 1-16 ; Romains 16, 25-27 ; Luc 1, 26-38)

Au moment où ils ont vu la lumière à l'endroit où ils avaient mangé leur déjeuner de pain et de fromage, Maximin dit à Mélanie de garder son bâton en cas de danger. Ils étaient terrifiés.

La Belle Dame a compris leur peur. Elle aussi avait été « toute bouleversée » à la visite de l'ange. Elle a fait donc pour les enfants ce que l'ange avait fait pour elle, en disant, « N'ayez pas peur », et en expliquant la raison de sa visite. 

Imaginez votre réaction dans une situation semblable ! Vous penseriez peut-être : « Comment ? Qui ? Moi ? Pas possible ! 

Mais considérer les patriarches, les prophètes et les apôtres. Certains se sentirent indignes de leur appel, ou peu prêts, voire effrayés ; mais pas un d’eux n'a douté de l’authenticité de l’expérience. Même si certains ont failli en cours de route, tous demeurèrent fidèles jusqu’au bout, sauf un.

Considérez le roi David. Dans la première lecture, comme en plusieurs autres endroits, Dieu l'appelle « mon serviteur David ». Pourtant, David, comme vous le savez, avait de sérieuses faiblesses et a commis des péchés graves. Il n’est donc pas nécessaire d’être absolument parfait pour pouvoir servir le Seigneur

Le psaume d'aujourd'hui décrit ainsi la promesse faite à David : « Avec mon élu, j’ai fait une alliance, j’ai juré à David, mon serviteur : J’établirai ta dynastie pour toujours, je te bâtis un trône pour la suite des âges ». L'ange de l'Évangile déclare que cette parole s'accomplit en Jésus : « Son règne n’aura pas de fin ».

En reformulant la prière d'ouverture d'aujourd'hui, nous reconnaissons que Dieu a répandu la grâce de la réconciliation dans le cœur de ceux qui ont répondu à l'invitation de Notre Dame de la Salette à « avancer ». Elle nous appelle à avoir des cœurs qui sont tout entier au Seigneur, comme l'Écriture dit au sujet de David (1 Rois 11, 4). Voilà notre participation à d'alliance.

Alors nous serons prêts à entreprendre la tâche divine que Dieu nous a confiée, même s'il connaît nos fautes mieux que nous ne les connaissons.

Marie nous a donné l'exemple. Son oui a changé le monde. Nous pouvons lui dire, à elle, notre oui, en agissant selon sa parole dans l’espoir de faire une différence. Qui ? Vous !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Toujours dans la joie

(3e dimanche de l'Avent : Isaïe 61, 1-11 ; 1 Thessaloniciens 5, 16-24 ; Jean 1, 6-28)

Nous connaissons tous des gens sans joie. Certains sont simplement d'humeur sombre, d'autres s’inquiètent du futur, ou sont en deuil d'une perte, récente ou ancienne. Dans ces situations et d'autres qui les ressemblent, il est difficile de vivre l'exhortation de st Paul : « Soyez toujours dans la joie ».

La Vierge en pleurs de la Salette se lamente sur les souffrances et les dangers de son peuple, et même se plaint d'être chargée de prier sans cesse pour nous. Son Apparition pourrait bien paraître en événement triste, si ce n’était qu’elle avait dit au commencement : « Je suis ici pour vous conter une grande nouvelle ». Ces paroles sont semblables à celles d'Isaïe : « Le Seigneur m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles ».

Marie est apparue au creux d'un ravin, mais après sa conversation avec les enfants, elle monta à un endroit plus élevé, et passa hors de leur portée avant de disparaître de leur vue. C'était un mouvement, du chagrin à la gloire.

La Salette est un lieu de joie. Cela est vrai non seulement de la montagne que la Belle Dame a choisie, mais encore de chaque sanctuaire salettin. Plusieurs y viennent tristes, oui ; mais la plupart d’entre eux repartent avec un sentiment comme celui de Marie, « mon esprit exulte en Dieu, mon Sauveur », qui, à son tour, fait écho à Isaïe : « Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu ».

Il s'agit d'une joie profonde intérieure, d'une paix calme, qui n’équivaut pas à la jovialité. Cette joie ne dissipe pas les craintes, elle ne sèche pas les larmes, elle ne change pas notre personnalité. Il est parfois difficile de la décrire, mais on ne peut pas la nier.

Voici comment Jean-Baptiste apparaît dans l'Évangile d'aujourd'hui : « Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui ». 

Et voici un défi pour vous. Changez le texte comme suit : « Une personne nommée [vous] a été envoyée par Dieu, pour témoigner de la lumière ». Est-ce une pensée joyeuse ?

Nous avons des raisons de croire que le Baptiste se plaisait dans son ministère, car lorsqu'il apprit que tout le monde allait maintenant vers Jésus, il répondit : « Telle est ma joie : elle est parfaite » (Jean 3, 29).

Le verset qui précède le texte de l'Évangile d'aujourd'hui nous dit : « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée ». Cela devrait se dire pareillement de notre joie. Que rien ne l’éteigne.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

La justice réconfortante

(2e dimanche de l'Avent : Isaïe 40, 1-11 ; 2 Pierre 3, 8-14 ; Marc 1, 1-8)

Il y a quatre mois, nous avions le même Psaume responsorial (84) qu'aujourd'hui, et nous avons commenté les mots « justice et paix s'embrassent », en tant qu’opposés. Dans le contexte des lectures d'aujourd'hui, cependant, la perspective diffère.

Dans les langues modernes, la justice est un terme juridique. Dans les nouvelles, on parle de personnes ou de groupes qui réclament la justice. Mais dans la bible, elle est surtout théologique. Comme la paix, elle est un don de Dieu à son peuple fidèle.

Isaïe prononce des paroles merveilleuses de réconfort, prédisant la fin de l'exil par lequel Dieu avait puni l'iniquité de son peuple. Saint Pierre rappelle la promesse de Dieu : « un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice ». On pourrait traduire ce dernier mot par « droiture ». De toute façon, il s’agit de l'état de ceux qui agissent tel qu'ils le doivent.

En ce sens, Jean-Baptiste était juste, car il était fidèle à sa vocation. Marie aussi était juste quand, à l'annonciation, elle a reconnu et accepté son rôle de servante du Seigneur. Tous deux, dans leur humble service, étaient comme ils devaient l'être.

Lorsqu’on considère le message de Marie à la Salette, la tendance serait d’associer la justice au « bras de mon Fils ». Mais une fois que nous admettons notre état de pécheurs et que nous faisons la soumission qu'elle nous demande, nous pourrons entendre la parole réconfortante de sa tendresse.

Nous mentionnons souvent le crucifix qui se trouve sur la poitrine de la Vierge. Il en est de même aujourd’hui. Voyez comment il reflète les paroles d'Isaïe comme si elles s’adressaient à la Belle Dame : « Monte sur une haute montagne, élève la voix, ne crains pas. Dis : Voici votre Dieu ! »

Comme le dit Saint Pierre, « Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion ».

Ce sont certainement des paroles réconfortantes. Ce qu'il ajoute un peu après est plus difficile : « Vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété ».

Que notre vie serait belle si, quelque indignes que nous soyons, nous pouvions toujours donner du réconfort, parler avec tendresse et proclamer le pardon du péché, avec bonté, vérité, justice et paix. Voilà encore une façon de faire passer le message de la Salette.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

La faveur de Dieu renouvelée

(1er dimanche de l’Avent : Isaïe 63, 16–64, 7 ; 1 Corinthiens 1, 3-9 ; Marc 13, 33-37)

Les prophètes prennent plaisir à dire à Dieu ce qu’il sait déjà. La première lecture d'aujourd'hui commence de cette façon : « C’est toi, Seigneur, notre père. Notre-rédempteur-depuis-toujours, tel est ton nom ». Isaïe poursuit en rappelant les prodiges terrifiants de Dieu en faveur de son peuple.

Il dit en effet : « Seigneur, tu as déjà fait cela auparavant. Fais-le de nouveau ! »

Plutôt que de forcer Israël à revenir vers lui, Dieu avait permis à son peuple de s'écarter de ses chemins et d'en souffrir les conséquences. C’était bien la circonstance de la visite de Marie à la Salette.

Isaïe ajoute : « Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins ». Il sait bien que cela ne décrit pas l'attitude et la conduite de son peuple ; car il ajoute : « Personne n’invoque plus ton nom ».

La Belle Dame nous dit qu'elle prie sans cesse son Fils pour nous. Elle inclut certainement dans cette prière un rappel de ce que lui a fait pour nous. Puis, s'adressant aux deux enfants, elle reconnaît l'infidélité de son peuple, et le crucifix qu'elle porte sert à rappeler la rédemption accomplie par son Fils, fondement de notre espoir.

Dans la prière d'ouverture de la messe d'aujourd'hui, nous demandons à Dieu de nous accorder « d'aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur ». Nous devons bien comprendre le sens de cela. Ce n'est pas que l’on espère gagner le salut par les actes. Plutôt il s’agit d’offrir à Celui qui nous a déjà sauvés ce que lui-même nous dit lui plaira.

Peut-être à un moment clef de votre vie avez-vous embrassé votre foi d'une façon vraiment personnelle. Votre vie a changé de certaines manières, et vous avez pris la résolution de vivre votre vie chrétienne le plus pleinement possible.

L'Avent est un temps parfait pour prier pour que Dieu renouvelle envers nous sa faveur, comme nous le faisons dans le psaume responsorial d'aujourd'hui : « Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés ! »

Nous pourrons peut-être entendre sa réponse dans nos cœurs : « Mon enfant, tourne-toi vers moi ; laisse-moi voir ton visage et tu seras sauvé. » Peut-être nous rappellera-t-il notre dévotion d’autrefois et nous dira-t-il : "Tu l'as déjà fait une fois, fais-le encore ! »

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S

Œuvres de miséricorde

(Christ Roi : Ezéchiel 34, 11-17 ; 1 Corinthiens 14, 20-28 ; Matthieu 25, 31-46)

Depuis trois semaines maintenant, l’Evangile porte l’attention sur le moment du jugement, en utilisant une norme différente dans chaque cas. Il y a deux semaines, il s’agissait de l’état d’attente pour le retour du Christ ; la semaine dernière, on signalait l’importance de l’esprit d’initiative dans son service ; aujourd'hui, ce sont les œuvres de miséricorde.

Un roi sur son trône est au sommet de la hiérarchie sociale. Mais le Christ notre roi s'identifie avec « ces plus petits », les gens en marge de la société. Qui veut servir le Christ doit tendre la main à ceux-ci.

L'Église enseigne que, tout en nourrissant les affamés, l’on doit travailler à éliminer les causes de la faim. Ce principe est en jeu pour toute œuvre de miséricorde que nous pouvons imaginer, soit corporelle ou spirituelle. Cela suppose souvent le courage d’énoncer des vérités difficiles à entendre.

A la Salette Marie, consciente de son état d’humble servante, s'identifie à « ces plus petits » par le son choix de témoins. Elle propose un remède contre les causes spirituelles des souffrances corporelles de son peuple, en dévoilant la vérité au sujet de leur peu de foi et de respect pour son Fils, le Christ Roi.

La réconciliation cherche à restaurer la paix ; voilà est une pensée qui attire et réconforte. Mais le travail de réconciliation, comme le montre la Belle Dame, n'est pas facile. Il exige une douce fermeté. Cela peut être un défi. 

Dans le rite baptismal, l'onction avec le saint-chrême nous unit symboliquement au Christ en tant que Prêtre, Prophète et Roi. Cela signifie notre participation à son rôle de guider, conduire et protéger son troupeau, de prendre soin de son peuple. Comment on accomplit cela dépend de plusieurs facteurs, y inclus notre personnalité, nos talents et nos valeurs les plus profondes.

Pour le moins, la majorité d'entre nous peut conduire par l'exemple—en disant la vérité et en agissant justement—de façon à inciter les autres à faire de même. 

En même temps, l’attention ne porte pas sur nous-mêmes. Quelle que soit la manière de nos œuvres de miséricorde, elles ne sont jamais une performance. Jésus est au centre, et au début, et à la fin. Si nous pouvons servir de canal de sa vérité et de son amour, nous ne devrons jamais craindre le jugement à venir.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

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