Jamais plus de simples curieux

(Pâques : Actes 10, 34-43 ; Colossiens 3, 1-4 ou 1 Corinthiens 5, 6-8 ; Jean 20, 1-9)

L’on peut imaginer la Semaine sainte comme un voyage ou, mieux encore, comme un pèlerinage vers le tombeau vide. La commémoration de la dernière Cène, le jeudi saint, et de la Passion du Seigneur, le vendredi saint, et surtout la Veillée pascale, ont en vue de renouveler, de renforcer et d’intensifier notre foi.

Aujourd'hui, nous pouvons nous écrier avec le psalmiste : « Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! » et « Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du Seigneur ».

Ici, comme dans la première lecture, nous voyons la notion de témoignage. Dans notre contexte salettin, nous mentionnons Mélanie et Maximin comme témoins de l'Apparition, et en effet ils le furent. Mais n'avez-vous jamais considéré que la Belle Dame elle-même est venue comme témoin ?

« Je suis ici pour vous conter une grande nouvelle », a-t-elle dit ; mais sa nouvelle n’était pas seulement de l’information. Sachant ce qu'elle savait, et voyant ce qui se passait parmi son peuple, elle se sentait chargée de plaider constamment pour nous, tout en s’adressant à nous. Elle rendait témoignage à son Fils crucifié, portant son image sur sa poitrine. Mais la lumière brillante de son crucifix reflétait aussi bien la gloire de la résurrection.

L'Église nous donne à choisir pour la deuxième lecture. Le texte de 1 Corinthiens souligne un mot qui reviendra souvent dans les semaines prochaines : « pascal ». Cela porterait à penser à un rapport avec Pâques. Mais le sens original se réfère à la Pâque.

Ce n'est pas une simple coïncidence que la passion du Christ et sa mort coïncident avec la fête de la Pâque. Il devint notre agneau pascal, de sorte que son sang puisse marquer la porte de nos cœurs et de nos âmes, et que la mort puisse nous dépasser sans nous nuire, et que nous puissions recevoir le don de la vie éternelle du Christ.

Si le Carême a pu occasionner en nous une conversion, imaginez ce que pourrait accomplir la fête de Pâques ? Est-ce que le Saint Esprit agit en nous lorsque nous entrons dans le tombeau vide ? Que dirons-nous à notre retour de là dans notre monde quotidien ? (Imaginez ces gentils, dans la première lecture, qui entendait la prédication de Pierre).

En tant que chrétiens, avons-nous été peut-être de simples curieux ? C’est peut-être le temps pour nous de progresser, de trouver le moyen de partager notre joie de Pâques !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Humiliation volontaire

(Dimanche des Rameaux : Marc 11, 1-10 ; Isaïe 50, 4-7 ; Philippiens 2, 6-11 ; Marc 14–15)

Jésus a anticipé les acclamations de la foule qui l’admirait. Il a même prévu une monture afin d’être plus visible. La foule était ravie de l'accueillir comme leur chef, leur héros.

Jésus accepta tout cela.

Il a aussi bien anticipé la trahison de Judas, le reniement de Pierre, la fuite des disciples, la moquerie de ses ennemis, l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe à propos du Serviteur souffrant, dans la lecture de l'Ancien Testament, aujourd'hui : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats ».

Tout cela, Jésus l’accepta.

Les gens apprécient peu la faiblesse d'un héros, donc il n'est pas étonnant de voir l'adulation de la foule changée en appel à la mort de Jésus. Sa disgrâce fut telle qu'ils réclamèrent un nouveau héros, « un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute ».

Ce qu'ils ne savaient pas et ne pouvaient pas comprendre, c'est que toute cette humiliation était prévue. St Paul écrit que le Christ Jésus s'est vidé et humilié volontairement, échangeant sa « condition » de Dieu contre celle d'un esclave, par obéissance, comme le précise l'Évangile, à la volonté du Père.

« C'est pourquoi, ajoute-t-il, Dieu l’a exalté... afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse et que toute langue proclame : Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ».

Pour cela, il nous faut « le langage des disciples, » comme le Serviteur souffrant d'Isaïe. Il ne s’agit pas ici du don de l'éloquence, mais de « pouvoir, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé ». Cela devrait être naturel pour nous salettins, si nous adoptons l'attitude de la Belle Dame.

Même si l'expression de notre foi se trouve rejetée, nous retenons la même confiance que le Serviteur de Dieu : « Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages... je sais que je ne serai pas confondu. »

Aurions-nous rejoint la foule pour réclamer la mort de Jésus ? Qui pourrait le dire ? La question plus importante demeure : est-ce que, aujourd'hui, nous sommes prêts à suivre son exemple d'humilité et d'obéissance ?

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

L’Esprit généreux

(5e dimanche de Carême : Jérémie 31, 31-34 ; Hébreux 5, 7-9 ; Jean 12, 20-33)

Etes-vous surpris de lire dans la Lettre aux hébreux que Jésus, « bien qu’il soit le Fils, apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu la cause du salut éternel » ? N'a-t-il pas toujours été le Sauveur parfait et obéissant ?

Depuis le début du Carême, nous nous efforçons consciemment d’atteindre la perfection et la sainte obéissance, nommée aussi la soumission. Nous connaissons l’effort pour mettre de côté nos impulsions et nos obsessions, pour "tomber en terre et mourir", comme le dit Jésus dans l'Évangile d'aujourd'hui. Mais si nous considérons l’entreprise comme une tâche que nous devons accomplir personnellement, dans l’espoir que, arrivés à Pâques, nous pourrons dire, « Nous avons réussi », alors nous ne comprenons pas de quoi il s’agit.

Considérez les autres lectures, surtout le Psaume. « Pitié pour moi, mon Dieu... efface mon péché... Lave-moi de ma faute, purifie-moi de mon offense. Crée en moi un cœur pur... renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint... que l’esprit généreux me soutienne. » Notre rôle en tout cela consiste à nous humilier paisiblement devant le Dieu qui nous aime. C'est lui qui accomplit toute la tâche.

Ce n'est qu'après tout cela que le psalmiste prend la résolution : « Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés » —une pensée précieuse à tout cœur salettin. La célébration joyeuse, même si parfois difficile, du sacrement de la réconciliation, peut faciliter cet effort.

Dans les paroles de Jérémie, aussi, nous voyons que le tout dépend de Dieu. « Je conclurai une alliance nouvelle... Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur... Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés ». Le tout en vue d’un seul but : « Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple ». La Belle Dame vient en vue de renouveler cet espoir en nous.

Juste avant la communion, l’une des prières proposées au prêtre se termine par les paroles : « fais que je demeure fidèle à tes commandements et que jamais je ne sois séparé de toi ».

Cela fait écho aux paroles de Jésus : « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur ». En portant l'image de son Fils parfait, obéissant et crucifié, Marie nous invite à nous tenir avec elle au pied de la croix.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Monter à nouveau vers Jérusalem

(4e dimanche de Carême : 2 Chroniques 36, 14-23 ; Ephésiens 2, 4-10 ; Jean 3, 14-21)

Cyrus, roi de Perse, respectait les cultures et les religions des peuples de son empire. Mais il a dû recevoir une révélation de quelque sorte du Dieu d'Israël, car il a écrit : « Le Seigneur [il se sert du nom YHWH], le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ».

Il autorise les exilés juifs dispersés à travers son vaste royaume à retourner, c'est-à-dire à remonter à Jérusalem. Le psaume d'aujourd'hui reflète le temps de l'exil et démontre combien Jérusalem était précieuse pour le peuple de Dieu.

Monter à nouveau vers Jérusalem nous fournit une image bien appropriée du Carême. Vers indique un but. A nouveau signifie un retour, la conversion. Monter suggère de l’effort. Le Carême suppose tout cela.

Commençons par l’idée de l’effort. L'un des plus précieux dons reçus de Dieu est la liberté, que nous défendons à juste titre pour nous-mêmes et pour les autres. Mais st Paul nous rappelle aujourd'hui : « C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions ». Adapter notre volonté à la volonté divine exige un certain prix.

Le retour, dans le langage du Carême, c’est revenir à notre Sauveur. Un seul exemple tiré des Écritures servira : « J’efface tes révoltes comme des nuages, tes péchés comme des nuées. Reviens à moi, car je t’ai racheté » (Isaïe 44, 22).

Le but, enfin, n'est pas un endroit, ni un travail. Il s’agit d’un temps—longtemps passé ou récent—où nous reconnaissions le plus profondément la vérité énoncée dans l'Évangile d'aujourd'hui : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle ». En redécouvrant cela pour nous-mêmes, ne voudrions-nous pas que chacun de nos familiers le sache ?

Le message de la Salette contient tous ces éléments. Il y a des phrases difficiles à comprendre et à accepter. C'est un appel à retourner vers Dieu. Cela suppose un but général, et un autre plus spécifique.

En tant que salettins, ne trouverons-nous pas « la bonne œuvre que Dieu a préparée d’avance pour que nous la pratiquions » dans les paroles de Marie : « Faites-le passer à tout mon peuple » ?

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Le Seigneur notre Dieu

(3e dimanche de Carême : Exode 20, 1-17 ; 1 Corinthiens 1, 22-25 ; Jean 2, 13-25)

Vous souvenez-vous de la réponse de Dieu à Moïse qui lui demandait son nom ? Le Seigneur a répondu catégoriquement : « Je suis qui je suis », et il ordonna à Moïse de dire au peuple : « Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : JE-SUIS ».

Aujourd'hui, nous lisons : « Je suis le Seigneur ton Dieu... Moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux ». Il est surprenant d'apprendre que dans le texte hébreu, le verbe "être" n'apparaît pas ici. Mais notre grammaire l'exige, donc le traducteur l’introduit dans le texte.

En théorie, vu l'absence du verbe, on pourrait traduire le texte par « était » ou « sera » ou bien d'autres variantes. L'important c’est de reconnaître le Seigneur comme celui qui est, qui était, qui sera, pourrait être, etc., qui EST, au sens le plus absolu, notre Dieu.

Le Seigneur est Dieu, tout court, mais aussi et, de notre point de vue, plus important encore, il est Dieu pour nous. « Je suis le Seigneur TON Dieu ». Notre foi se fonde solidement sur ce premier commandement. On ne doit servir aucun autre dieu, ni adorer des idoles. Voilà le fondement de tous les commandements.

Notre Dame de la Salette a parlé explicitement du deuxième et du troisième commandement. Il est cependant évident qu’un peuple qui viole ceux-là a rejeté le premier. Des idoles ont remplacé le Seigneur leur Dieu.

De ce point de vue, le Carême est un temps parfait pour réfléchir sur l'état de notre relation avec notre Dieu. Dans quelle mesure avons-nous été fidèles ? A quel point avons-nous créé d’idoles et fléchi le genou devant elles ?

Partageons-nous l'enthousiasme du Psaume d'aujourd'hui pour la loi, la charte, les préceptes, les décisions du Seigneur ? Sont-elles pour nous plus désirables que l’or, plus savoureuses que le miel ? Ou sont-elles plutôt scandale et folie, aussi difficiles pour nous à accepter que l'idée d'un Messie crucifié au temps de st Paul ?

Le psalmiste aimait la loi, non en tant que juriste, mais parce que c'était la loi DU SEIGNEUR, qu'il aimait de tout son cœur. De même, la Belle Dame nous rappelle aux commandements à cause de son amour, pour nous et pour son Fils.

Elle nous montre que si nous désirons un lien d'amour avec Dieu, et si nous nous inclinons (c.-à-d. nous nous soumettons) devant lui seul, alors le reste suivra.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

De quoi s’agit-il

(2e dimanche de Carême : Genèse 22, 1-18 ; Romains 8, 31-34 ; Marc 9, 2-10)

Le responsorial, aujourd’hui, est tiré du psaume 115. Il s’agit d’une prière d’action de grâce après une crise. Comme il arrive souvent dans les psaumes, nous entrevoyons notre propre expérience. Qui parmi nous n’a jamais dit, « J’ai beaucoup souffert » ?

Ce ne sont pas seulement les péchés de son peuple qui ont décidé la Vierge à venir à la Salette. Elle ressentait aussi bien leurs afflictions : récoltes gâtées, famine, la mort des enfants. Elle rassura son peuple de ses prières constantes à leur égard.

Lors de nos difficultés, Nous devons porter attention aux paroles de st Paul : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Il nous rappelle, aussi, que le Christ Jésus est mort et ressuscité pour nous, et qu’il intercède pour nous.

La première lecture, d’autre part, est troublante. « Dieu mit Abraham à l’épreuve », lui disant d’offrir son fils bien-aimé en sacrifice ! On se demande naturellement pourquoi Dieu exigerait une telle chose. Mais à la fin de l’histoire, il dit par l’intermédiaire de son ange : « Je sais maintenant que tu crains Dieu’, et il renouvelle, avec insistance, la promesse de sa bénédiction.

Quel rapport a tout cela avec le récit de la Transfiguration dans l’Evangile ? La préface spéciale pour le deuxième dimanche de carême fait le lien. « Après avoir prédit sa mort à ses disciples, il les mena sur la montagne sainte ; ... il leur a manifesté sa splendeur ; Il nous révélait ainsi que sa passion le conduirait à la gloire de la résurrection. »

En effet, dans Matthieu, Marc et Luc, juste avant la Transfiguration, Jésus, le Fils bien-aimé de Dieu, prédit sa passion et puis ajoute : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. »

Comme la Passion du Christ, toute souffrance peut conduire à la gloire. Abraham a atteint son moment de gloire suprême en acceptant de sacrifier son fils si cela était la volonté de Dieu. Il devint un modèle pour nous tous. Mais, conscients de notre faiblesse, nous préférons ne pas être mis à l’épreuve.

Marie est venue dans la lumière pour nous rappeler que, même si nous avons tous parfois l’impression de vivre notre propre passion, notre foi peut demeurer forte, et ainsi nous pouvons devenir des témoins de la gloire de la résurrection, et nous récolterons la moisson des promesses de Dieu, ainsi que des promesses que la Belle Dame elle-même a faites à la Salette.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Souvenez-vous et revenez

(1er dimanche de Carême : Genèse 9, 8-15 ; 1 Pierre 3, 18-22 ; Marc 1, 12-15)

L'alliance de Dieu avec Noé s’accompagnait d'un signe, l'arc-en-ciel. Le but déclaré était d'empêcher que Dieu oublie sa promesse : « Il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre ».

Ordinairement un signe nous dirige vers un point au-devant de nous. L'arc-en-ciel, et d’autres signes d'alliance, font le contraire. Ils nous font regarder en arrière, de nous souvenir de ce que Dieu a accompli pour son peuple, et surtout pourquoi.

La Salette se concerne de la conversion, du repentir et de la réconciliation. Ceux que la Belle Dame appelle « mon peuple » avaient oublié leur alliance avec son Fils, qui avait requis du peuple de son époque de se repentir et à croire à l'Evangile. Le message de Marie est semblable : souvenez-vous et revenez.

Pas surprenant qu'elle ait mentionné en particulier la messe dominicale. « Ce jour-là, en effet, les fidèles doivent se rassembler pour que, entendant la Parole de Dieu et participant à l’Eucharistie, ils fassent mémoire de la passion, de la résurrection et de la gloire du Seigneur Jésus, et rendent grâces à Dieu ». (Vatican II sur la liturgie, 106)

Dans toute célébration eucharistique, nous entendons les paroles de Jésus : « Vous ferez cela, en mémoire de moi ». Le psaume d'aujourd'hui nous fait prier : « Dans ton amour, ne m’oublie pas ». Il ne s'agit pas seulement de regarder en arrière. Comme pour tous les signes d'alliance, le but est de permettre au Seigneur de renouveler sa présence et son action parmi nous, afin que nous puissions aller de l'avant avec nouvelle force et courage.

Le Carême nous donne l'occasion de reconnaître à quel point nous nous sommes éloignés de notre enthousiasme initial. Ainsi nous pouvons retrouver notre fidélité à l’alliance. C'est de quoi il s’agit dans la deuxième lecture où st Pierre parle de « conscience droite ».

L'arc-en-ciel et la Salette (surtout le crucifix de Marie) nous rappellent la fidélité de Dieu. Les deux constituent un miracle de lumière et d'espoir. Dieu ne détruira plus jamais tous les êtres mortels par un déluge, et Marie, à condition qu’on entende ses paroles, n’aura plus à pleurer à la perspective de laisser tomber le bras de son Fils.

Si, pendant cette quarantaine, nous pouvons nous souvenir et revenir, peut-être pourrons-nous servir de guide pour montrer le chemin à d’autres.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Saisi de compassion

(6e dimanche ordinaire : Lévitique 13, 1-2, 44-46 ; 1 Corinthiens 10, 31 – 11, 1 ; Marc 1, 40-45)

Saint Paul, dans la deuxième lecture, décrit son ministère ainsi : « sans chercher mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés ».

C'est exactement l'exemple donné par Jésus dans l'Évangile. Il guérit un lépreux, mais sans vouloir attirer l'attention sur lui-même. Autrement, pourquoi aurait-il demandé à homme de ne le dire à personne, et pourquoi Marc mentionnerait-il l’inconvénient causé à Jésus lorsque sa réputation se répandit ?

Jésus agit parce qu'il était saisi de compassion. Devant lui s'agenouillait un homme, non seulement malade, mais obligé par la loi de Dieu de s'isoler, de pratiquer la distanciation physique et de se couvrir la bouche.

Saisie de compassion, la Mère de Jésus vint en pleures à la Salette. Elle ne demandait rien pour elle-même. Son souci était pour les autres : son peuple et son Fils.

L’on pourrait se demander, « Quelle est la dernière fois où j’ai ressenti de la compassion ? » Sans doute en trouverions-nous plusieurs exemples, dans la famille et chez les amis, ou encore dans le reportage quotidien sur des désastres et des tragédies de toutes sortes. Il y a également des préjugées contre les autres à cause de différences sociales, religieuses et même politiques. Les occasions de compassion abondent.

La question suivante est plus difficile. « Saisi de compassion, comment ai-je agi ? » Peut-être que la question semble injuste. Après tout, Jésus et Marie ont pu intervenir de manière surnaturelle.

Les Père de la Salette, évidemment, sont en mesure d'administrer le sacrement de la réconciliation. Ils le font de bon gré, et les sanctuaires de la Salette se spécialisent, pour ainsi dire, pour assurer une permanence de confesseurs.

En effet, le péché est une maladie qui se cache si souvent dans notre monde. Le psaume d'aujourd'hui nous offre un grand espoir : « Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts... Toi, tu as enlevé l’offense de ma faute ».

Prêtre ou non, nous pouvons tous accomplir quelque chose. La plupart d'entre nous répondent spontanément pour consoler quelqu'un qui a souffert une grande perte. Dédiés à la cause de la réconciliation, nous ne voulons jamais occasionner l'aliénation d’un autre.

Jésus n’hésita pas devant la prière du lépreux. « Je le veux ». Comme Jésus, comme Marie, faisons notre possible.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Juste et bon

(5e dimanche ordinaire : Job 7, 1-7 ; 1 Corinthiens 9, 16-23 ; Marc 1, 29-39)

Dans la préface, qui introduit la Prière eucharistique à la messe, nous affirmons qu'il est « juste et bon, toujours et en tout lieu » de louer le Seigneur notre Dieu pour les grâces mentionnées dans la liturgie du jour.

Toujours... En tout lieu... Cela semble supposer une vie de célébration constante. Cependant, Job, un véritable homme de Dieu, dit : « mes yeux ne verront plus le bonheur ». Il est triste de le voir dans un tel état, mais il nous faut reconnaître—et accepter—que les croyants peuvent rencontrer de mauvais jours, de mauvaises semaines, des mois, voire des années.

Vous vous souviendrez peut-être que la situation de Job résultait d'un pari. Dieu louait la justice de Job ; puis le Satan lui répondit, « Etends seulement la main, et touche à tout ce qu’il possède : je parie qu’il te maudira en face ! » Alors Dieu permit au Satan de tourmenter Job. Et bien que celui-ci se soit plaint haut et fort de ses souffrances, nous lisons : « En tout cela, Job ne commit pas de péché. Il n’adressa à Dieu aucune parole déplacée ».

Dans plusieurs endroits dans la France de 1846, la population endurait de sévères contretemps. Ils ont réagi en utilisant le nom de Jésus, non pas dans le respect pieux, ce qui serait juste et bon, mais en exprimant leur colère, comme Marie nous le fait voir à la Salette.

Comme Job, nous faisons face à des occasions où les questions dépassent les réponses, au sujet de nos propres difficultés ou celles des autres. C’est surtout déconcertant de voir des chrétiens lutter contre la peur, le doute, le stress, etc., au point parfois d’abandonner la foi, et de se détourner de Dieu au moment où ils en ont le plus besoin. L'appel de la Belle Dame à la conversion s'adresse justement à de telles personnes.

St Paul décrit sa prédication comme « une nécessité qui s’impose à moi ». Il prêchait l'Évangile par amour pour le Christ ; par amour pour les autres, il devint « tout à tous ».

Jésus, aussi bien, s'efforçait de porter sa prédication et son ministère de guérison, basés dans la prière, au plus grand nombre.

Marie nous demande de faire passer son message. C’est une nécessité qui s’impose à nous. Dans nos propres moments de difficulté, la tête baissée, si nécessaire, et humbles comme de la poussière, il est juste et bon de supporter ce qu’il faut pour l'Évangile et pour notre prochain, dans l'espoir d'aider tous à reconnaître la présence bienfaisante de Jésus.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

"Je sais qui tu es !"

(4e dimanche ordinaire : Deutéronome 18, 15-20 ; 1 Corinthiens 7, 32-35 ; Marc 1, 21-28)

Dans l'Évangile d'aujourd'hui, les gens sont étonnés parce que Jésus « enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes ». Cependant, un des hommes présents dans la synagogue n’est pas étonné mais terrifié. Possédé par un esprit impur, il est le seul à reconnaître Jésus, et s’écrie : « Je sais qui tu es ! » Jésus alors fait exactement ce que le démon craigne le plus, et le chasse.

L'esprit impur le connaissait, tandis que ceux qui auraient dû le connaître ne l’ont pas fait. À la Salette, la Belle Dame a reconnu que les gens, son peuple, à en juger par leur conduite, ne connaissait plus son Fils. Dans le langage du psaume 94 d'aujourd'hui, ils avaient endurci leur cœur, et refusaient d'entendre sa voix.

La Salette est donc prophétique. Il est vrai que l'apparence et les manières de Marie diffèrent beaucoup de celles que nous attribuons aux prophètes, mais son message, comme le leur, contient des exhortations, des promesses et des avertissements.

Dieu dit à Moïse qu'il susciterait un autre prophète comme lui parmi son peuple. « Je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai ». Il maintient sa promesse au long de plusieurs générations.

Lors du baptême, chacun de nous a reçu une participation à la dignité du Christ dans son rôle prophétique. Cette responsabilité pourrait nous paraître trop difficile. Alors nous prions : « Sur ton serviteur, que s'illumine ta face ; sauve-moi par ton amour. Seigneur, garde-moi d'être humilié, moi qui t'appelle » (antienne de communion, Ps. 31).

Le démon nomme Jésus « le Saint de Dieu » et il tremble. Les chrétiens appellent Jésus par ce même titre, et ils s'approchent. Le Psaume 94 décrit cette attitude en ces mots. « Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits. Oui, il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit le troupeau guidé par sa main ».

Notre culte et notre façon de vivre notre foi sont essentiellement prophétiques, et signalent la présence et l'action de Dieu dans notre monde. En d'autres mots, il devrait être possible pour ceux qui nous entourent de dire : "Je sais qui tu es, un disciple de Jésus Christ".

Certains reconnaîtront peut-être chez nous un certain cachet salettin, et chercheront à comprendre ce dont il s’agit ou, mieux encore, comment ils peuvent l'acquérir pour eux-mêmes.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

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