La grâce suffisante

(14e dimanche ordinaire : Ézékiel 2, 2-5 ; 2 Corinthiens 12, 7-10 ; Marc 6, 1-6)

La plupart d'entre nous sont prêts à des sacrifices pour une cause, ou pour des autres, parfois même pour leur foi. Mais pouvons-nous dire honnêtement avec saint Paul : « J’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes » ? Tâche considérable !

Pourtant, c'est ce que Paul prétend dans la deuxième lecture d'aujourd'hui. Remarquez bien, cependant, qu'il n'était pas du tout content, quand il était tourmenté par ce qu'il nomme « une écharde dans ma chair », et quand sa prière constante pour le soulagement n'était pas entendue. Enfin, le Seigneur lui répondit : « Ma grâce te suffit ». Cela était une révélation pour Paul et, par lui, pour nous.

La grâce suffisante fut promise à Ezékiel dans la première lecture. Il la décrit comme un esprit qui vint en lui et le fit tenir debout, le préparant à faire face au peuple rebelle de Dieu. « Qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas, ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux ».

Vous êtes-vous trouvés dans une situation semblable ? Devoir faire des remontrances aux autres devient une tâche ingrate, et ceux qui doivent le faire peuvent bien passer pour une écharde dans la chair et être traités avec hostilité.

Pour nous qui aimons tellement Notre Dame de la Salette, il semble impossible de penser que quelqu'un puisse être hostile à l'Apparition. Mais il faut reconnaître que certains éléments du message et de l'histoire de la Salette peuvent troubler, tant les gens ordinaires que les théologiens.

Maximin et Mélanie ont dû faire face à l'opposition, mais ils ont reçu la grâce suffisante pour accomplir leur mission en leur temps et en leur endroit. Malgré l'éducation qu'ils ont reçue, ils demeurèrent fondamentalement les personnes simples qu'ils avaient été. Comme Jésus dans l'Évangile, on les blâmait pour ce qu'ils étaient.

Mais nous pouvons donc mettre notre fierté dans leurs faiblesses. Considérez tout ce qui est advenu grâce à eux. Sans aucun doute, la Belle Dame les a accompagnés. Pouvons-nous douter qu'elle nous accompagne aussi bien ?

La conversion est un élément douloureux mais essentiel du message que nous tâchons de faire connaître. Mais moyennant la grâce suffisante de Dieu, puissent les peuples reconnaître qu'il y a eu un prophète parmi eux, en notre temps et en notre endroit.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Dans la foule

(13e dimanche ordinaire : Sagesse 1,13-15 et 2,23-24 ; 2 Co 8,7-15 ; Marc 5,21-43)

Imaginez-vous dans la foule qui suivait Jésus dans l'Évangile d'aujourd'hui. Vous enfoncez-vous le plus près possible de l'homme fameux ? Ou dites-vous, « Je dois m'éloigner d'ici ! » et allez en marge de la foule, où vous pouvez observer à une distance confortable ?

Tout dépend de votre confort dans les grands groupes, en vous sentant tassé de part et d'autre, avec des gens qui vous frôlent, comme dans la scène que décrit Marc. Mais attendez ! En tant que disciples du Seigneur, ne faut-il pas être ouverts à la possibilité que quelqu'un dans la foule nécessite quelque chose de nous ?

Se rendre inaccessible n'est pas la marque du disciple de Jésus. Au contraire, nous devons être attentifs aux besoins de ceux qui nous entourent et disposés à y répondre dans la mesure du possible. Parfois nous pouvons être enclins à porter un jugement sur ces besoins ; voilà qui n'est qu'une tentative de justifier notre attitude peu chrétienne.

Jésus nous donne le meilleur exemple, évidemment. Mais la Belle Dame de la Salette nous dit elle-même que nous ne pourrons jamais récompenser la peine qu’elle a prise pour nous comme elle le mérite. Et maintenant, elle vient, dans l'espoir de préserver son peuple. Son message peut se résumer par les paroles de Jésus à Jaïre : « Ne crains pas, crois seulement ».

Si ces mots guidaient notre vie, nous pourrions sans doute entendre la voix de Jésus nous dire, comme à la femme qui l'a touché : « ta foi t’a sauvé » et, comme à la fille de Jaïre : « Je te le dis, lève-toi ! »

C'est peut-être cette expérience qui donne tant d'importance au sacrement de la réconciliation dans les sanctuaires de la Salette. Quand nous nous nous approchons de Jésus en la personne du prêtre, comme la femme de l'Évangile qui « lui dit toute la vérité », nous croyons qu'une force sort de lui, qui nous guérit et nous aide à partir en paix.

Cette expérience peut bien aussi nous toucher, de façon à nous préparer à bien vouloir être touchés par ceux qui ont besoin de réconciliation, de guérison, de conversion et de réconfort. Ainsi, nous participons au « don généreux de notre Seigneur Jésus Christ », dont parle saint Paul dans la seconde lecture.

Quelle belle façon d'imiter le Christ et notre Bienheureuse Mère ! Allons donc dans notre monde, avec la réponse du psaume d'aujourd'hui dans notre cœur : « Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé ». Amen ! Amen ! Amen !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Tempêtes et foi

(12e dimanche ordinaire : Job 38, 1, 8-11 ; 2 Corinthiens 5, 14-17 ; Marc 4, 35-41)

Portant l'attention uniquement sur les paroles que Dieu adresse à Job dans la première lecture, on peut manquer un détail important : « Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête ». Dieu n'est pas seulement Maître de la tempête, il y est présent.

Job endurait des souffrances étonnantes et le réconfort peu judicieux offert par ses amis. Tout cela a provoqué une tempête en lui. Ce qu'il ne savait pas, c'est que Dieu était présent avec lui dans la tempête, le protégeant même alors qu'il permettait que Job soit éprouvé.

Dans le psaume, Dieu provoque la tempête, puis, en réponse à la prière, « réduisant la tempête au silence ». L'Évangile présente Jésus en plein sommeil pendant une rafale, tandis que l'eau remplit la barque. Les cris que les disciples lui poussent sont des plaintes plutôt que des prières : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Jésus à son tour les reproche : « N'avez-vous pas encore la foi ? »

L'apparition de Notre-Dame de la Salette soulève la même question. La panique face à la famine qui s'annonçait commençait à prendre des proportions de tempête dans les villes voisines et au-delà. Où était leur foi ? La Belle Dame est venue leur montrer qu'ils n'étaient pas abandonnés, et que ce qui leur était important l'était aussi pour Dieu.

Nous pouvons aussi bien implorer le Seigneur dans notre détresse (dans nos tempêtes), au moins avec la foi imparfaite des disciples. Le secours ne viendra peut-être pas comme nous l'imaginons et, comme Job, nous devrons peut-être endurer la tempête.

Considérons nos vies durant les temps troublés, les désaccords ou la perte. C'est alors que nous apprécions davantage ceux qui nous offrent du réconfort, du support et de l'aide. Nous reconnaissons alors nos véritables amis.

Il en est de même dans notre vie spirituelle, si la foi est présente et que nous croyons que le Christ nous accompagne, prêt à calmer les mers et à commander aux vents de se taire. En effet, on pourrait se demander quelle serait notre foi en Dieu si nous n'avions jamais dû subir de tempêtes.

La seconde lecture ne semble pas coïncider avec les autres, mais « quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous », cela touche tous les aspects et moments de notre vie, qu'elle soit paisible ou orageuse, car « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle ».

La Salette proclame cette vérité aussi bien.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Humble courage

(11e dimanche ordinaire : Ezékiel 17, 22-24 ; 2 Corinthiens 5, 6-10 ; Marc 4, 26-34)

Dans la première lecture, aujourd'hui, Dieu déclare : « Je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé ». Entendez-vous là l’écho d’un passage beaucoup plus familier ?

Il s’agit du Magnificat de Marie : « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles ».

L’idée clef des deux textes est l'humilité, qui est également essentielle au message de Notre Dame de la Salette. La Belle Dame voyait que son peuple était abaissé. Mais au lieu de s'humilier, ils se révoltaient. Loin d'eux l'attitude exprimée dans le psaume d'aujourd'hui : « Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur, de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut, d’annoncer dès le matin ton amour, ta fidélité, au long des nuits ».

Rappelez-vous le début du Magnificat. « Mon âme exalte le Seigneur ». Cela n'est pas si facile. Entre amis aux vues similaires, si, nous pouvons proclamer la bonté et la majesté de Dieu. Mais il en est tout autrement dans le monde quotidien. Il faut du courage.

Par deux fois dans la seconde lecture, st Paul affirme que « nous gardons toujours confiance » parce que « nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision ». En d'autres termes, nous confions notre vie aux mains de Dieu, et nous lui faisons confiance qu’il accomplira son œuvre en nous et par notre moyen, aussi mystérieusement qu'il fait germiner les semences et croître les plantes. C’est l’image que Jésus utilise dans l'Évangile d’aujourd’hui pour décrire le Royaume de Dieu, auquel tous nous appartenons.

Cependant, il n’est pas toujours facile de reconnaître notre rôle particulier, car nous ne sommes pas toujours attentifs aux suggestions subtiles de l'Esprit en nous. Voici quelques questions qui pourraient faciliter notre discernement. Quel est votre saint favori ? Quelle est votre prière préférée, quel hymne, quel passage des écritures saintes ?

Et pour nous salettins, plus particulièrement : quelle est l’aspect de l'histoire de la Salette que vous préférez ? Quelles paroles du message vous émeuvent le plus ?

Les réponses à ces questions pourront nous aider à discerner le service que le Seigneur veut de nous. Dire oui à cet appel pourrait demander du courage ; il demandera surtout de l'humilité.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

« Mon sang, le sang de l’Alliance »

(Fête-Dieu : Exode 24, 3-8 ; Hébreux 9, 11-15 ; Marc 14, 12-16, 22-26)

Moïse dit, dans la lecture de l'Exode : « Voici le sang de l'Alliance que le Seigneur a conclue avec vous ». Cela ressemble beaucoup aux paroles de Jésus dans l'Évangile : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude ».

Le premier est le sang des animaux sacrifiés en faveur du peuple élu. Le second est le sang du Christ, « mon sang », répandu pour la multitude, c'est-à-dire pour tous ceux qui participeront à son Alliance.

Une alliance se conclut entre deux individus, ou plusieurs. Chacun a des attentes raisonnables de l'autre, chacun entend respecter les articles convenus. Remarquez que Moïse, avant d'asperger les Hébreux avec le sang de l'alliance, reçoit leur déclaration : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons ». Ils ont souvent failli, mais le Seigneur les a toujours repris.

Après la Nouvelle Alliance, la même chose s'est passée. A la Salette, la Mère de Jésus se plaint : « L'été, il ne va que quelques femmes un peu âgées à la messe. Les autres travaillent le dimanche, tout l'été. L'hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne vont à la messe que pour se moquer de la religion ».

Vu la centralité de l'Eucharistie en tant que « source et sommet de la vie ecclésiale », cette critique est bien sévère, et à juste titre. Depuis plusieurs années, dans nombre de communautés chrétiennes, la fréquentation de l'église est en déclin. Des recherches indiquent un pourcentage étonnant de catholiques qui ne croient pas à la présence réelle de Jésus dans l'Eucharistie. (Cela, peut-être, parce qu'ils ne savent pas l'expliquer).

C'est ce qui arrive quand on oublie que l'Alliance dans le sang du Christ est, avant tout, un rapport. Le psaume d'aujourd'hui le dit en ces termes : « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur ».

Si seulement l'on pouvait demeurer constamment conscient de la bonté de Dieu à notre égard ! On serait alors moins enclin à la prendre pour acquise, ou même à négliger le don de l'Eucharistie, le "signe efficace" (c'est-à-dire le sacrement) du sang précieux du Christ versé pour nous.

À la messe, nous faisons écho aux paroles du psalmiste : « Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple ». Voilà bien encore une façon de faire connaître le message de Marie.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Avez-vous remarqué ?

(Dimanche de la Sainte Trinité : Deutéronome 4,32-40 ; Romains 8, 14-17; Matthieu 28,16-2)

Combien de fois avez-vous pensé à la Sainte Trinité la semaine dernière ? Supposons que vous ayez assisté à la messe dominicale, récité le rosaire trois fois, et prié une fois l'office du matin ou du soir du bréviaire.

Cela donne un minimum de vingt-cinq fois où vous avez entendu, lu ou récité les noms du Père, du Fils et du Saint Esprit ensemble. Mais la question se pose : y avez-vous pensé ? Y Prêtiez-vous attention ou, pour citer une phrase salettine, faisiez-vous bien votre prière ? Est-ce que votre prière rendait un vrai hommage à la Très Sainte Trinité ?

Est-ce peut-être à cause de notre tendance à la distraction que l'Église nous offre chaque année une solennité par laquelle nous pouvons consciemment vénérer Dieu dans toute sa gloire et sa magnificence trinitaire ?

La révélation du mystère intime de Dieu a pris des siècles. D'abord vint la création. « Il parla, et ce qu’il dit exista ; il commanda, et ce qu’il dit survint », comme le proclame le Responsorial. Ayant choisi un peuple, il le libéra de l'esclavage, comme le rappelle Moïse dans la première lecture. Enfin, il envoya son Fils, qui nous a envoyé l'Esprit.

Sans faire référence à un langage trinitaire, le message de Notre-Dame de la Salette fait penser au Père qui a délivré son peuple mais dont les commandements étaient mis de côté. Le crucifix de la Vierge montre le Fils qui a racheté et réconcilié son peuple ; maintenant ce peuple lui refusait le respect et la vénération qui lui étaient dus. Par ses larmes, Marie semble dire, « Comment avez-vous pu oublier ? »

L'Esprit pourrait-il être la source de la lumière qui l'entourait, ou l'inspiration de ses paroles ? Quoi qu'il en soit, le Père, le Fils et l'Esprit se voient reflétés dans sa tendresse et sa beauté.

On pourrait presque voir une autre dimension trinitaire dans cette apparition. La Salette est une et elle est trois. C'est un événement unique, mais ses trois phases présentent trois tableaux distincts : Celle qui pleure, la Conversation et l'Assomption.

Dans la deuxième lecture, st Paul nous dit que nous avons reçu « un Esprit qui fait de vous des fils », et que nous sommes « héritiers avec le Christ ». Prenons donc conscience de ce que nous disons lorsque nous prions : « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient !” (Acclamation de l'Évangile)

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Raviver le feu

(Pentecôte : Actes 2, 1-11 ; Galates 5, 16-25 ; Jean 15, 26-27 et 16, 12-15)

Les disciples se réunissaient dans la chambre haute depuis un certain temps. Là, ils avaient prié, ils avaient élu Matthias pour remplacer Judas et, selon la parole de Jésus lors de son Ascension, ils attendaient que s'accomplisse « la promesse du Père ».

Puis, dans le vent et le feu, l'Esprit est venu les chasser, pour ainsi dire, de la chambre haute dans le monde pour y prêcher, et « chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. »

Dans l'Acclamation de l'Évangile d'aujourd'hui, nous prions : « Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! » et dans la séquence : « Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé ».

Dans la deuxième lecture, st Paul essaie d'aider les galates à comprendre que leurs querelles sectaires (entre autres choses) n'ont rien à voir avec les fruits de l'Esprit. « Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit », écrit-il. En d'autres mots, laissez de côté tout ce qui ne se rapporte pas à l'Esprit.

Ces paroles pourraient nous pousser à nous sentir bien coupables. Si c'est le cas, qu'est-ce qui nous retient ?

À la Salette, Marie est venue raviver le feu de l'amour de Dieu dans son peuple. Par son message elle voulait les ébranler, les réveiller de leur complaisance, afin qu'ils puissent répondre à leur vocation chrétienne, comme l'Esprit le leur permettait.

Le défi de la Pentecôte demeure toujours d'enflammer de nouveau notre cœur, mais non pas seulement pour nous-mêmes. Le feu doit se propager. Il s'agite constamment ; s'il reste au même endroit, il s'éteint.

De même pour la Salette. Les pèlerins de la Sainte Montagne s'attristent souvent quand vient le moment de partir. Il en est de même pour la Salette que pour la chambre haute de la Pentecôte. Ce qui y est vécu ne doit pas se confiner à ce lieu.

La Belle Dame est apparue dans la lumière, tirer de nouveau notre attention sur son Fils. Elle a parlé de façon à être comprise. En tant que salettins, il ne nous suffit pas de répéter ses paroles. Nous devons vraiment écouter les autres, parler un langage commun ; nous avons encore besoin que l'Esprit Saint nous pousse à aller dans le monde pour prêcher, travailler, vivre et manifester notre amour pour Dieu, et ainsi traduire la Salette par nos paroles et nos actions.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Commissionnés par le Christ

(L’Ascension, célébrée le dimanche dans de nombreux diocèses : Actes 1, 1-11 ; Éphésiens 4, 1-13 ; Marc 16, 15-20).

La conclusion de l'Évangile de Marc, qui se lit aujourd'hui, semble combiner le récit de l'Ascension de st Luc avec le récit de st Matthieu du mandat de Jésus de proclamer l'Évangile par le monde entier.

La commission a été donnée. Quelle tâche énorme, quelle grave responsabilité ! Mais soyez sans peur, car le Christ ne prévoit pas pour nous la faillite mais, en fin de compte. le succès.

Dans la première lecture, juste avant l'Ascension, Jésus fait la promesse : « Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem... et jusqu’aux extrémités de la terre ».

Dans Marc, Jésus énuméra aux disciples les signes qui accompagneraient leur ministère, après quoi il a disparu à leurs regards.

À la Salette, la Belle Dame a promis ce qui se verrait « s'ils se convertissent ». Elle a aussi donné une commission, en commençant d’abord par Mélanie et Maximin : « Vous le ferez passer à tout mon peuple ».

Après, elle s'est détournée, a répété sa dernière commande et est remontée au ciel. Elle était venue nous rappeler gentiment la tâche que son Fils nous a laissée à faire, et maintenant elle était partie.

Cette solennité ne consiste pas seulement à reconnaître que le Christ est monté à la place qui lui était réservée à la droite de Dieu. Elle est pour nous, le corps du Christ ici sur terre, qui désirons nous aussi monter, pour être avec le Christ, la tête de notre Église. Il faut nous y prendre.

Nous avons tout ce qu’il faut, surtout les sacrements. Nous avons le manuel d’usage, c'est-à-dire les saintes Écritures et l’enseignement de l'Église. Nous avons chacun notre habilité particulière, notre charisme et notre spécialité à apporter ; comme on voit dans la seconde lecture : « Les dons qu’il a faits, ce sont les Apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi ».

Nous prions : « Seigneur, enflamme dans nos cœurs le désir de notre patrie céleste et fais-nous avancer, sur les traces du Sauveur, vers le lieu où, pour nous, il est entré avant nous » (Messe de la veille au soir). En tant que salettins, nous désirons y retrouver Marie aussi.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Aimé et choisi

(6e dimanche de Pâques : Actes 10, 25-48 ; 1 Jean 4, 7-10 ; Jean 15, 9-17)

Jésus dit à ses disciples : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et vous ai établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure ». Ils le savaient déjà, évidemment, mais en ce moment, à la veille de sa passion, le rappel était important. Ces mêmes paroles ont résonné de tout temps, pour chaque génération de croyants. Cela inclut chacun de nous.

Maximin et Mélanie n'ont pas choisi la Sainte Vierge. C'est elle qui les a choisis. À partir d'eux, son message aussi a porté du fruit qui demeurera.

Ce choix n'est pas exclusif. Dans la première lecture d'aujourd'hui, saint Pierre et ses compagnons, chez Corneille, « furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu ». Ils ne pouvaient recevoir de meilleure confirmation de la parole de Pierre : « Dieu est impartial ».

Ainsi, nous voyons la vérité exprimée dans le Psaume d'aujourd'hui : « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ».

L'Esprit Saint est venu comme un don, apportant d’autres dons que l'Église nomme charismes. Le charisme de la Salette n'est pas une chose choisie pour nous-mêmes. Au contraire, c’est le charisme qui nous a attirés. Nous sommes ses ministres, annonçant la réconciliation par toute la terre.

Mais il ne faut pas oublier les autres lectures d'aujourd'hui, qui parlent toutes de l’amour. Quand Jésus nous dit de nous aimer les uns les autres, il nous en fournit le fondement et le modèle : « comme je vous ai aimés ». Il faut donc d'abord croire qu'il nous aime vraiment, et accepter cet amour. Ensuite, nous devons essayer de l'imiter—un défi dont on trouve écho dans la deuxième lecture.

L'un des plus beaux poèmes d'amour de la littérature commence par ces mots : « Comment je t’aime ? Laisse m’en compter les formes ». Si nous écoutons Jésus de tout notre cœur, pouvons-nous l'entendre compter les formes dont il nous aime ?

En tant que salettins, il nous suffit peut-être de regarder le crucifix qui repose sur le cœur de la Belle Dame. Sur la sainte montagne, elle est apparue au moment et dans le lieu qui avaient besoin d'un message d'amour et de tendre miséricorde.

Que notre prière soit d'accepter l'amour infini de Dieu, et d’en vivre, en glorifiant Dieu en paroles et en action, et en parlant en langues d'amour (avec ou sans paroles).

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Fruit de la vigne ou de l'arbre

(5e dimanche de Pâques : Actes 9, 26-31 ; 1 Jean 3, 18-24 ; Jean 15, 1-8)

Jésus, faisant référence à une scène familière aux gens de son époque, se présente comme une vigne dans le vignoble du Père, et ses disciples comme des sarments. Aujourd’hui, il pourrait utiliser une métaphore différente, un verger, par exemple. Alors il aurait dit : « Je suis l'arbre ».

Tout le reste serait le même : « Le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même... Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit ». Les bonnes branches sont taillées et les mauvaises rejetées.

De même le Père, qui s’occupe de la vigne, s’occupe de l'arbre. Il sait que certaines branches poussent rapidement mais ne porteront jamais de fruit. S’il les laisse pousser, elles épuiseront les ressources des autres. Son expérience lui dicte ce qu’il faut pour la santé de l’arbre, afin de produire des fruits abondants et de qualité.

Jésus semble presque implorer ses disciples quand il dit : « Demeurez en moi, comme moi en vous ». Il se soucie d'eux. À la Salette, la Belle Dame a constaté avec tristesse que certains chrétiens n’entendaient plus cet appel.

Employant le langage de Marie à propos du blé gâté et des pommes de terre pourries, on pourrait dire qu'elle a trouvé que la vigne ou l'arbre avait très besoin d'être taillé et soigné, qu'il était malade et plein des pousses inutiles de l'apathie spirituelle. Elle offre donc le remède nécessaire pour la conversion et la réconciliation, de sorte que nous, les branches, puissions porter fruit de nouveau.

Il y a une autre façon par laquelle la Salette donne l’exemple de ce que la conversion véritable peut faire pour produire de bons fruits. Considérez l’effort missionnaire des communautés religieuses et des mouvements laïcs qui ressortent de l'Apparition. Par leur moyen, plusieurs individus et pays ont reçu la « grande nouvelle » de la Vierge ; la mission a produit beaucoup de fruits de réconciliation.

Si nous privilégions, pour un instant, la métaphore de l'arbre, nous pouvons penser au fruit tombé, que le cultivateur ne jette pas. L’on pourrait en dire autant des personnes marginalisées. Elles doivent être incluses dans notre mission ; comme le dit st Jean dans la deuxième lecture : « N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité ».

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

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