Ne nous abandonne pas, Seigneur

(La Sainte Trinité : Exode 34, 4-6 et 8-9 ; 2 Corinthiens 13, 11-13 ; Jean 3, 16-18)

« Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse ». Les paroles de la Belle Dame reflètent la situation de Moïse dans la première lecture, tirée du Livre de l’Exode.

Ce n’est pas la première fois qu’il prie le Seigneur de ne pas abandonner son peuple. Le Psaume 105 résume la situation : « Dieu a décidé de les détruire. C'est alors que Moïse, son élu, surgit sur la brèche, devant lui, pour empêcher que sa fureur les extermine ».

Il ne nous surprend pas de constater que Dieu continue, jusqu’à ce moment, de pardonner à son peuple (avec ou sans punition). Il a choisi Abraham et sa descendance, et il tient à accomplir ses promesses. Jean le dit de façon magnifique : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle ».

L’amour et l’intimité vont de pair. Les amis partagent leurs secrets, et chacun d’eux entrent progressivement dans le mystère de l’autre. Il en fut ainsi pour Dieu et Moïse. En Exode 3, Dieu révèle à Moïse son Nom mystérieux—le Nom que l’on ne doit jamais prendre en vain.

Pour les chrétiens, le nom de Dieu dans la Sainte Trinité est Père, Fils et Saint-Esprit. On ne peut pas comprendre correctement ce mystère, mais cela n’empêche pas d’y entrer. St Paul écrit : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous ».

Moïse implore une bénédiction semblable : « S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous ». Cette scène confirme ce qui est écrit dans le chapitre précédent (Exode 33, 11) : « Le Seigneur parlait avec Moïse face à face, comme on parle d’homme à homme ».

J’ai vu, dans une petite chapelle privée, un vitrail qui dépeint une image unique de Notre Dame de la Salette. Elle est à genoux devant son Fils, qui est assis, tenant dans sa main gauche un sceptre en forme de croix, et élevant la main droite en bénédiction. Elle a le visage triste ; le regard de Jésus est paisible et tendre.

Dans cette rencontre solennelle et simple, on peut imaginer sa prière, presque dans les paroles de Moïse : « Oui, c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras leurs fautes et leurs péchés, et tu feras d’eux ton héritage ».

Sainte Trinité, Dieu unique et véritable, sois toujours avec nous !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Le don des larmes

(Pentecôte : Actes 2, 1-11 ; 1 Corinthiens 12, 3-7 et 12-13 ; Jean 20, 19-23)

St Paul écrit : « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit ». Dans les versets omis (8-11) de la deuxième lecture, il donne des exemples et, plus loin dans le même chapitre, il met en garde les chrétiens individuels contre l’idée que leurs propres dons sont meilleurs que ceux des autres.

Cependant, si nous considérons les grands maîtres spirituels à travers les âges, il y a un don qui manque dans la liste de Paul : le don des larmes.

Dans la Bible, les larmes et les pleurs se présentent le plus souvent comme une effusion de chagrin, de remords ou de supplication. Mais l’expérience générale nous enseigne que les larmes peuvent démontrer aussi bien une grande variété d’autres émotions, y inclus la joie, la gratitude, l’émerveillement. Dans tous ces cas il y a un point commun : l’intensité des sensations.

Il faut garder cela à l’esprit quand on pense à Celle qui pleure—à son chagrin en se plaignant de l’ingratitude de son peuple et en le confrontant à ses péchés, surtout quand elle dit, « Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous autres ».

Ses larmes révèlent aussi la tendresse infinie d’une Mère, alors qu’elle parle de la mort des enfants, de la famine imminente, d’un fossé grandissant entre son peuple et son Fils.

Ici, permettez-moi de mentionner quelques exceptions notables de ce que j’ai écrit plus haut à propos des larmes dans la Bible. Lorsque Jacob et Esaü se rencontrent après des années d’aliénation, on nous dit : « Ésaü [la partie lésée] courut à sa rencontre, l’étreignit, se jeta à son cou, l’embrassa, et tous deux pleurèrent » (Genèse 33, 4). Nous trouvons le même langage à propos de la réunification de Joseph avec ses frères (Genèse 45, 14-15), et avec son père (Genèse 46, 29).

Dans la lecture de st Paul, le mot grec pour ‘don’ est charisma. Nous disons souvent que le ‘charisme’ de la Salette, c’est la réconciliation. L’Evangile d’aujourd’hui offre ce don même, selon la parole de Jésus à ses Apôtres : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ».

Si les larmes de la Vierge peuvent nous conduire à redécouvrir l’immense amour de Jésus pour nous et son désir de nous réconcilier avec lui, et si nous pouvons y répondre de même, alors, quel don sont ces larmes !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Parti mais non absent

(7e dimanche de Paques : Actes 1,12-14 ; 1 Pierre 4, 13-16 ; Jean 17, 1-11 ; OU L’Ascension : Actes 1, 1-11 ; Ephésiens 1, 17-23 ; Matthieu 28, 16-20)

Selon l’endroit où vous demeurez, vous célébrez aujourd’hui soit l’Ascension soit le septième dimanche de Pâques. La présente réflexion comprend les deux.

Nous voyons Jésus à la fin de sa carrière terrestre. Les Actes décrivent l’Ascension, Mathieu la laisse entendre. Dans Jean, Jésus dit, « Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »

Autre thème, la gloire. Le septième dimanche, Jésus dit : « Père, l’heure est venue...  Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe ». Pour l’Ascension, st Paul écrit : « Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître ».

La connaissance se trouve également le dimanche : « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ ».

Dans les deux, Jésus parle de ses disciples. Ils ont gardé sa parole, en eux il a été glorifié, et ils vont recevoir une force pour devenir ses témoins et faire des disciples de toutes les nations.

Tout cela se voit reflété à la Salette. Marie apparait en gloire ; elle cherche à réveiller son peuple à la connaissance de Dieu. Elle charge Mélanie et Maximin (et, plus tard, les Missionnaires, les Sœurs et les Laïcs salettins) pour faire connaître son message « à tout mon peuple. »

Jésus promet de demeurer avec ses disciples « jusqu’à la fin du monde ». L’attention de la Belle Dame aux détails de la vie des enfants montre qu’elle est une fidèle compagne de notre pèlerinage terrestre.

Comme on a dit plus haut, les Actes décrivent l’Ascension de Jésus : « il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux ».

Je souris toujours à la façon dont les enfants ont décrit la disparition de la Vierge à la fin de l’Apparition. « Elle s’est fondue, disaient-ils, comme du beurre dans la poêle ». D’autres récits le rendent : « dans une marmite sur le feu, » ou « dans la soupe ».

Ils ne l’ont jamais revue, mais elle n’a jamais perdu de vue ne eux ni nous. Si seulement l’on pouvait reconnaître cela et s’en souvenir.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Si… Alors

(6e dimanche de Paques : Actes 8, 5-17 ; 1 Pierre 3, 15-18 ; Jean 14, 15-21)

« Si vous m’aimez, dit Jésus, vous garderez mes commandements ». Il décrit un peu ce qui en résultera. « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité ».

Mieux encore : « Celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui ». Cela explique, je crois, pourquoi il y eut une si grande joie dans la ville de Samarie quand Philippe y proclama le Christ, et confirma sa prédication par plusieurs signes.

Notre Dame de la Salette annonce ce qui arrivera « s’ils se convertissent ». Extérieurement, il y aura de l’abondance au lieu de la famine.

Qu’en est-il des effets internes ? Nous pouvons emprunter quelques idées de notre seconde lecture et du psaume.

S’ils se convertissent…

Ils honoreront dans leurs cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. Jamais plus ils n’abuseront de son Nom.

Ils apprendront à bien prier. Ils fêteront la gloire du nom de Dieu, en s’écriant, « Béni soit Dieu qui n’a pas écarté ma prière, ni détourné de moi son amour ! »

Ils seront prêts à présenter une défense, avec douceur et respect, devant quiconque leur demande de rendre raison de l’espérance qui est en eux. Cela présuppose qu’ils vivront de telle manière que les autres puissent remarque leur engagement chrétien. (C’est ce que fit le papa de Maximin qui, après des années sans se rendre à l’église, passa alors à assister à la messe quotidienne.)

Ils auront une conscience droite, acceptant la souffrance, si c’est la volonté de Dieu, « car mieux vaudrait souffrir en faisant le bien plutôt qu’en faisant le mal ».

En 1852, Mgr de Bruillard a décidé d’ériger un Sanctuaire, et en même temps appela en existence le Missionnaires de Notre Dame de la Salette, en notant : « Leur création et leur existence seront, ainsi que le Sanctuaire lui-même, un souvenir perpétuel de l'apparition miséricordieuse de Marie ».

Rien d’aussi public n’est attendu de la plupart de ceux qui acceptent l’appel de Marie à la conversion, mais si nous désirons persévérer, alors il serait bon, même sage, de veiller à ce que notre première rencontre avec la Belle Dame ne s’oublie jamais.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Prend garde

(5e dimanche de Paques : Actes 6, 1-7 ; 1 Pierre 2, 4-9 ; Jean 14, 1-12)

Dans la seconde lecture, aujourd’hui, st Pierre combine trois textes distincts de l’Ancien Testament : Isaïe 28, 16, Psaume 117, 22, et Isaïe 8, 14.

Les deux premiers donnent emphase à son exhortation : « Approchez-vous du Seigneur Jésus : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle ».

Mais le troisième fait référence à « une pierre d’achoppement », et il ajoute, « Ils achoppent, ceux qui refusent d’obéir à la Parole. »

L’image convient pour le peuple dont Marie se plaignait à la Salette. Ils trébuchaient de maintes façons. Le blé et les pommes de terre gâtés, les raisins pourris, les noix vermoulues, la famine en perspective—il n’est pas surprenant qu’ils soient anxieux et démoralisés.

La Vierge voyait tout cela, mais aussi leur récolte spirituelle gâtée—leur indifférence et leur moquerie envers la religion, leur manque de respect blasphématrice pour le nom de son Fils. Tout cela les avait abaissés profondément, en effet.

Tout trébuchement spirituel n’est pas un péché. Dans la première lecture, par exemple, nous voyons la dissension à propos de la distribution de la nourriture, que menaçait l’harmonie de la communauté primitive de Jérusalem. Une solution se présenta avant que des dommages permanents puissent en résulter.

Il en est de même pour nos doutes et nos questions. Le plus souvent ils expriment franchement notre impuissance de comprendre les intentions de Dieu. Quand vient la tentation de blâmer Dieu pour nos difficultés, il faudrait nous rappeler le texte d’Isaïe 28, 16, que cite st Pierre : « Je vais poser en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie, précieuse ; celui qui met en elle sa foi ne saurait connaître la honte ».

Nous devons avoir confiance en la pierre angulaire et construire sur elle un édifice d’espérance. Trébucher, ça se comprend. Mais il faut vouloir se relever.

N’oublions pas l’Evangile, où Jésus dit, « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi », et « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». Sur ce chemin nulle chute n’est fatale ; vis-à-vis cette vérité aucun doute n’est permanent ; et dans cette Vie, la mort n’a plus de pouvoir.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Le Berger, la Porte, la Vie

(4e dimanche de Paques : Actes 2, 36-41 ; 1 Pierre 2, 20-25 ; Jean 10, 1-10)

« La foi n’est pas un substantif, mais un verbe ». Grammaticalement cette assertion est fausse, mais sa signification est évidente.

Poursuivant le thème du chemin de la semaine dernière, nous pouvons affirmer que la foi consiste à faire le premier pas. Par là je veux dire le moment précis où notre foi devient une rencontre véritablement personnelle, où nous découvrons que notre rapport avec le Seigneur est essentiel à notre existence.

Dans la première lecture, Pierre conclut son discours de la Pentecôte : « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié ». L’Apôtre fait passer le message à tout son peuple.

Dans sa lettre, Pierre prononce des paroles d’encouragement durant un temps de souffrance : « Christ a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris ». La Belle Dame montre l’image de son Fils crucifié, alors même qu’elle parle de péché et de conversion.

Elle s’adresse à ceux qui, dans la première lecture, sont appelés « cette génération tortueuse ». Nous devons nous séparer de tout, au-dedans et au dehors, qui nous déprécie de quelque façon.

Son appel à la conversion exprime l’espoir que Pierre affirme comme un fait : « Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes ». Ce qui nous amène à notre Evangile, où il semblerait que Jean aurait pu bénéficier des services d’un bon réviseur. De différentes images s’entremêlent…

D’abord, Jésus dit qu’il n’est ni voleur ni bandit, mais le pasteur, qui appelle ses brebis à lui chacune par son nom, et les fait sortir ; ensuite il devient « la porte », puis « Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits » ; puis, de nouveau la porte, et encore une fois pas un voleur, et finalement il déclare, « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance ».

Cette dernière phrase fait l’unité du tout. Quelle que soit l’image que l’on préfère, c’est l’abondance de la vie qui est visée. Le discours de Marie à la Salette semble manquer en partie de logique, mais le message est clair : lorsqu’on retourne au Berger, on trouve la vie.

Et Lui nous conduira à cet endroit que, cette semaine, le Psalmiste nous décrit.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Le chemin salettin

(3e dimanche de Paques : Actes 2, 14,22-33 ; 1 Pierre 1, 17-21 ; Luc 24, 13-35)

La notion de chemin se voit à travers tous les textes d’aujourd’hui. La lecture des Actes fait écho du Psaume, y inclus les paroles, « Tu m’apprends le chemin de la vie ». L’Evangile présente Jésus avec deux disciples sur la route d’Emmaüs.

Je dois reconnaître ici M. Wayne Vanasse, Associé salettin, qui est devenu un collaborateur apprécié dans le ministère de ces réflexions. Nous considérons les textes indépendamment, et ensuite comparons ce que chacun considère comme des ‘liens salettins’. En cette occasion tous deux avons-nous été frappés par l’image du chemin de la vie.

Il n’y a pas à douter que la Belle Dame soit venue montrer ce chemin de nouveau à son peuple. En parti et en quelque sorte, son message peut se voir comme un écho des paroles de Pierre dans la deuxième lecture : « Vivez donc dans la crainte de Dieu, pendant le temps où vous résidez ici-bas en étrangers », c’est-à-dire, tout en restant temporairement dans un endroit, en route vers une autre destination.

Un trait distinctif de la Salette : la Vierge s’est déplacée. Assise d’abord, elle s’est levée et a fait quelques pas vers l’endroit où les enfants l’ont rejoint, et finalement elle est passée au milieu des enfants, transversant le ruisselet et montant la colline en zigzag, comme on fait dans la montagne, jusqu’à un niveau plat, d’où elle a disparu.

Comme Jésus pour les disciples sur la route, c’est elle qui a pris l’initiative ; elle « s’approcha, et marchait avec eux ». Non seulement ont-ils suivi ses déplacements, mais elle les invita à faire passer son message « à tout mon peuple ». Cela a ouvert un chemin unique pour chacun d’eux.

Sur le sentier de la vie, il arrive trop facilement que nos yeux ne puissent pas reconnaître Jésus qui nous accompagne sur la route. Ce fut dans un moment eucharistique partagé par Jésus et les deux disciples, que « leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent. »

Cependant il les avait d’abord préparés en leur interprétant les Ecritures et mettant leur cœur à brûler en eux.

Lors de notre passage sur le chemin de la vie, qu’est-ce qui fait brûler notre cœur ? Comment pouvons-nous propager ce feu ? 

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Il était une fois… encore         

(2e dimanche de Paques : Actes 2, 42-47 ; 1 Pierre 1, 3-9 ; Jean 20, 19-31)

La vie des premiers croyants, telle que décrite dans les Actes, semble presque trop belle pour être vraisemblable. Leur enthousiasme pour la prédication des Apôtres, la prière et la vie communes, et le partage des biens—on comprend bien que « La crainte de Dieu était dans tous les cœurs ».

Dans le Psaume nous lisons : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ». Mais, en 1846 la Vierge a pleuré parce que la Pierre angulaire était, tragiquement, rejetée à nouveau. Et aujourd’hui ?

St Pierre, dans la seconde lecture, énumère les bienfaits de la « grande miséricorde » de Dieu. Notre Dame de la Salette est notre Mère miséricordieuse. Examinons les parallèles.

Premièrement, Dieu « nous a fait renaître pour une vivante espérance. » A la Salette, cette espérance ne réside pas seulement dans la prospérité future, mais, avant cela, dans la conversion aux choses de Dieu.

Vient ensuite « un héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure », qui s’étend au-delà de nos besoins et de nos soucis actuels. Pierre dit que cela nous est réservé dans les cieux, mais ce n’est pas dire que nous ne pouvons pas y puiser même maintenant. La prière et surtout l’Eucharistie, éléments essentiels du message de la Salette, nous en donnent accès.

En troisième lieu, le salut. C’est cela surtout qui explique l’enthousiasme des premiers chrétiens, et l’attrait de cette communauté. « Chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés ». La Salette n’offre pas le salut de façon indépendante, bien sûr, mais nous conduit au Sauveur lui-même.

Puis, Pierre écrit, « Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ». Quiconque a vraiment fait l’expérience de la miséricorde de Dieu—comme beaucoup l’ont fait par le biais de la Salette—comprend exactement ce que signifie cela. Les épreuves viennent et passent ; la joie demeure.

L’Apôtre Tomas a connu un temps de ténèbres, puis il a fait l’expérience de la miséricorde du Seigneur, et sa première réponse fut de reconnaître la divinité de Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Plut tôt, la peur avait renfermé les Apôtres derrière les portes verrouillées. La Divine Miséricorde a changé tout cela. Ce que celle-ci a fait pour eux, elle peut le faire pour nous et, à travers nous, consacres à notre Mère miséricordieuse, pour les autres.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

La grande promesse

(Paques : Les lectures de la Veillée pascale et du dimanche sont trop nombreuses pour être énumérées ici.)

Dans la quatrième lecture de la Veillée pascale, Dieu dit à travers Isaïe : « Un court instant, je t’avais abandonnée, mais dans ma grande tendresse, je te ramènerai. Quand ma colère a débordé, un instant, je t’avais caché ma face. Mais dans mon éternelle fidélité, je te montre ma tendresse ».

Voilà tout le message de la Salette. Nous faut-il des commentaires supplémentaires ?

Le mot « colère » peut nous porter à penser aux paroles de la Vierge sur « le bras de mon Fils ». Mais cette lecture peut nous rappeler que, presque partout dans l’Ecriture sainte, la main ou le bras de Dieu s’étend pour sauver.

Après le récit de la traversée de la Mer Rouge, par exemple, nous chantons, dans le cantique de Moïse : « Ta droite, Seigneur, magnifique en sa force, ta droite, Seigneur, écrase l’ennemi ».

Et, à la Veillée comme à la messe dominicale, nous prions avec les paroles du Psaume 117 : « Le bras du Seigneur se lève, le bras du Seigneur est fort ! Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du Seigneur ».

Alors que la main et le bras de Dieu démontrent son pouvoir de sauver, sa grande tendresse et son éternelle fidélité expriment son désir de le faire. De fait, même quand Dieu fait usage de son pouvoir pour punir son peuple, son amour l’emporte toujours.

Dans les Evangiles la question est posée : « Quel est le grand commandement ? » Je voudrais aujourd’hui suggérer, d’un point de vue salettin, une question différente.

D’abord, permettez-moi de vous donner la réponse : « Même si les montagnes s’écartaient, si les collines s’ébranlaient, ma fidélité ne s’écarterait pas de toi ». Cela vient de la même lecture d’Isaïe citée au début de cette réflexion.

Maintenant, la question : Quelle est la grande promesse ?

Pensez-y. Est-ce qu’il y a autre promesse que vous préféreriez entendre de Dieu que celle-ci ? Y a-t-il quoi que ce soit à propos de la Belle Dame et de son message qui ne soit pas fondé sur cette promesse ?

Et, quelle preuve plus grande trouvons-nous de la fidélité de Dieu à sa promesse que la résurrection de Jésus ? Que ce jour que fit le Seigneur soit pour vous jour de fête et de joie !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Deux Evangiles

(Dimanche des Rameaux : Matthieu 21, 1-11 ; Isaïe 51, 4-7 ; Philippiens 2, 6-11 ; Matthieu 26, 14—27, 66)

Au début de la Liturgie d’aujourd’hui, nous entendons le récit de l’entrée triomphale de Jess à Jérusalem. Après vient le récit de la passion. 

Une similitude ressort. Dans les deux cas, Jésus envoie des disciples à accomplir une tâche (organiser le transport, préparer la Paque), et ils « firent ce que Jésus leur avait ordonné. » (Cela pourrait pour certains d’entre nous faire penser à Maximin et Mélanie.)

Cependant, les contrastes abondent. « Hosanna » cède à « Qu’il soit crucifié ». « C’est le prophète Jésus », annoncé par quelques-uns dans la foule, devient « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs », le motif de sa condamnation, placé au-dessus de sa tête sur la croix.

On pourrait imaginer quelques différences qui ne sont pas mentionnées. Par exemple il est vraisemblable que Jésus a pleuré lors de sa prière dans le jardin de Gethsémani. Par contraste, comment imaginez-vous la réaction de Jésus aux cris de la foule enthousiaste lors de son entrée à Jérusalem ?

Le Serviteur souffrant, du texte d’Isaïe, dit : « Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. » Une parole encourageante, réconfortante, se trouve même dans la scène de la trahison. Dans Matthieu, Jésus appelle Judas ‘mon ami’, lui offrant le salut même au moment le plus sombre de sa culpabilité.

A la Salette, l’équivalent est « mon peuple ». Peu import à quel point il sont perdus, la Vierge ne les rejette pas. Les paroles, « Avancez, n’ayez pas peur », s’adressent d’abord aux enfants, mais pas exclusivement à eux seuls.

La Belle Dame nous appelle à la soumission. Jésus, muet devant ses accusateurs, est le modèle même de la soumission. Dans l’évangile Jésus est ‘abandonné’ et, comme l’écrit st Paul, « il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. »

Le même texte dit que Jésus a reçu « le Nom qui est au-dessus de tout nom », cher à Notre Dame mais, hélas ! pas si cher à son peuple.

Matthieu ne mentionne pas Marie dans la Passion, mais la pensée de sa souffrance me conduit à conclure par les paroles de la prière à Notre Dame de la Salette : « Souvenez-Vous, ô Notre-Dame de La Salette, véritable Mère de douleurs, des larmes que Vous avez versées pour moi sur le Calvaire ».

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

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