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dimanche, 29 novembre 2020 16:41

Marie et les signes des temps

Marie et les signes des temps

Décembre 2020

Marie enseigne comment interpréter le cours de l’histoire…

Le titre de cette section nous permet de savourer une double réalité :

1. la profonde continuité entre les prophètes bibliques et la « Belle Dame de la Salette » et 

2. la forte matrice biblique propre à une authentique spiritualité salettine. 

Ce n’est pas un hasard si le défunt cardinal de Milan, Carlo Maria Martini SJ, disait que parmi les grandes apparitions mariales l’Apparition de la Salette est celle qui révèle le plus de traits et de caractéristiques typiquement bibliques.

Afin de souligner cette continuité, je voudrais aborder l’apparition de Notre-Dame de la Salette à travers le modèle « prophétique », développé par le philosophe et théologien juif Abraham Joshua Heschel. Lorsque nous interprétons l’apparition de la « Belle Dame » à La Salette à travers l’œuvre de Joshua A. Heschel, Le message des prophètes, nous pouvons souligner les points suivants.

Premièrement : comme les prophètes de la Bible, « La Belle Dame » appelle à la conversion. Les paroles de Marie qui ouvrent le message ainsi que ses avertissements introduits par « Si le peuple ne se soumet pas [...] » et « Si ce peuple se convertit [...] » résonnent pour nous comme une invitation à revenir au Seigneur. Dans la Bible, la conversion ne signifie pas seulement arrêter de faire le mal pour embrasser le bien, mais aussi se tourner davantage vers le Seigneur. Selon ce sens la conversion, plutôt que d’être un acte unique, se présente comme un processus graduel de transformation qui vise à nous assimiler au Fils, à vivre comme Il a vécu, à faire nôtres ses choix.

Deuxièmement : les diverses références à la situation historique concrète contenues dans le message accentuent la présence « prophétique » de Marie à La Salette. Comme les prophètes bibliques, « La Belle Dame de la Salette » incarne une spiritualité profondément ancrée dans l’histoire, mais avec un regard tourné vers le ciel. Contextualisées dans la situation historique, les paroles de la « Belle Dame », comme les paroles des prophètes de la Bible, sont un appel sincère visant à changer, de l’intérieur, la vie de ses destinataires et de l’histoire. Un changement qui est possible grâce à des relations « justes » entre nous et le Seigneur, entre nous et la création, et entre nous. À La Salette, la « Belle Dame » nous rappelle que le lien entre la responsabilité humaine, la justice et l’histoire est si profond qu’il décide à la fois du succès et de l’échec, tant social qu’individuel.

Troisièmement : comme les prophètes bibliques, Marie nous apprend à La Salette à interpréter le cours de l’histoire avec les yeux de la foi ; elle nous apprend à intus-legere, dans l’histoire, la voix de Dieu ; elle nous apprend à discerner ce qui conduit au Seigneur et ce qui nous éloigne de Lui.

Quatrièmement : comme les prophètes bibliques Marie, à La Salette, se fait le porte-parole d’un Dieu qui, comme Josué A. Heschel aimait à le dire, est à la recherche de l’homme, de chacun d’entre nous. À La Salette Marie éveille en nous cette conscience que Dieu est un Dieu pèlerin, engagé dans un « exode divin » parce qu’il est à la recherche de ses enfants.

Cinquièmement : comme les prophètes bibliques, « la belle Dame de La Salette » apparaît non pas pour nous communiquer des vérités abstraites sur Dieu ou nous donner des normes religieuses à suivre scrupuleusement, mais plutôt pour nous rappeler, à travers ses larmes, que le Dieu biblique est un Dieu « pathétique », riche en pathos au sens primitif de la racine grecque du mot signifiant « émotion », « sentiment », « passion », « souffrance ». Dieu souffre pour nous. Le Fils a souffert pour nous. Et la « Belle Dame de La Salette » souffre pour ses enfants. C’est également un trait qui caractérise les prophètes de la Bible : en fait, toute la prophétie biblique est un cri constant que Dieu n’est pas indifférent au mal.

Les paroles de Marie à La Salette, comme celles des Prophètes de l’Ancien Israël, ne prédisent aucun avenir. Ce sont plutôt des paroles qui montrent comment Dieu agit au sein de notre histoire, et quel est notre rôle et notre responsabilité dans cette interaction divino-humaine. 

Toute la création gémit de réconciliation…

« Si la récolte se gâte, c’est de votre faute »

Le Fils de Dieu est venu dans le monde pour « restaurer » l’image et la ressemblance de l’homme avec Dieu. C’est à cette créature que le Créateur a confié la domination du monde, mais plus précisément pour « guider la terre ». Mais l’homme va souvent au-delà de la responsabilité qu’il a reçue de son Créateur. Et quand il dépasse les limites, il attire le malheur sur lui-même et sur l’univers.

Le message de la Vierge à La Salette montre exactement le décalage existantentre la nature et l’homme, chaque fois qu’il ne travaille pas en harmonie avec Dieu. La détérioration de la récolte est ressentie comme une punition de Dieu, car l’homme veut être autosuffisant. On sait qu’un humanisme sans Dieu conduit à des catastrophes incalculables.

Considérée par saint Jean-Paul II comme « le cœur des prophéties de Marie », dans le message de La Salette la dénonciation de l’état moral déplorable du monde qui s’incarne dans l’indifférence religieuse ressort en premier. La situation s’est aggravée au point que la Vierge a menacé de cesser de tenir le bras de son Fils. Sur La Salette et ses signes prophétiques, Jean-Paul II dit encore : « Marie, Mère pleine d’amour, a montré en ce lieu sa tristesse pour le mal moral de l’humanité. A travers ses larmes, elle nous aide à mieux comprendre la gravité douloureuse du péché, le rejet de Dieu, mais aussi la fidélité passionnée que son Fils nourrit pour ses enfants, Lui, le Rédempteur, dont l’amour est blessé par l’oubli et le rejet ».

Le message de La Salette est d’actualité dans ce monde qui semble de plus en plus répéter les erreurs que Marie est venue corriger à travers le message confié à Maximin et Mélanie. La soumission au Christ, la pénitence et une vie pleine de prière sont les grands ingrédients que la Belle Dame nous propose pour notre réconciliation consécutive avec Dieu. 

Ce caractère prophétique de l’apparition de La Salette est évident dans les signes qu’elle porte elle-même, le symbole contenu dans le grand message de Notre-Dame de La Salette : la croix au centre, à gauche le marteau et les tenailles à droite. Alors que le marteau symbolise les péchés de l’humanité qui clouent Jésus crucifié, les tenailles symbolisent la prière et la conversion.

Notre mission d’ambassadeurs du Christ nous conduit à assumer la responsabilité que Marie a confiée aux voyants, à aller vers tous, c’est-à-dire à rappeler aux gens leur devoir de se laisser guider par l’unique maître, Jésus-Christ. Lorsque cela se produit, lorsque les gens adhérent à l’appel à la conversion, « les pierres et les rochers se transformeront en tas de blé ». Marie est claire en nous rendant conscients à la racine profonde des maux que le monde subit et peut subir, si le changement, la soumission au Christ, ne vient pas de la part de l’homme. Marie nous invite à revenir à Dieu par le Christ, dont la royauté cherche à restaurer partout la rectitude des âmes.

Marie est le signe de la nouvelle alliance…

Il est très difficile d’accepter les paroles de Marie contenues dans son Message : « Si la récolte se gâte, ce n’est rien que pour vous autres ». Mais elles expriment la vérité au sujet du fait que le mal ne vient pas de Dieu, mais de ses créatures. Pour commencer ce furent Lucifer et ses disciples qui l’ont commis, puis - les premiers hommes, qui ont été trompés. Notre mauvaise gestion du monde conduit à sa corruption. Cette déclaration de Marie ne contient pas seulement une prophétie ou un jugement sur la situation actuelle, mais elle rappelle à chacun d’entre nous d’où vient le mal. Elle est dite par Celle qui ne peut être accusée d’aucun acte de désobéissance à la volonté de Dieu. Son « Fiat » était et est présent dans chacune de ses pensées, paroles et actions, sans la moindre négligence.

Le premier commandement de Dieu à Adam et Eve : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre ; soumettez-la et dominez » (Gn 1,28), n’a jamais été révoqué. Mais après le péché originel la situation s’est aggravée, et cette dégradation ne cessera pas avant la fin du monde. Tout ce qui autour de nous se gâte est causé par nous-mêmes, poussés par la tromperie de Satan, dont la désobéissance à Dieu provoque les incessants pièges et tentations qui nous assaillent. Tous les événements qui se produisent dans l’histoire de chacun d’entre nous sont les signes des temps.

Si nous écoutons la remontrance de Marie qui nous rappelle - pour paraphraser – que la terre ne nous est pas complètement soumise et que toujours quelque chose se gâte, alors nous cesserons de blâmer Dieu et le monde pour tout le mal qui nous arrive. Notre lecture correcte des signes des temps, nous devons la confirmer, tout d’abord en montrant notre gratitude et en bénissant Dieu pour l’existence qu’il a donnée à chacun de nous et pour la vocation à la vie éternelle au Ciel ; puis nous devons être reconnaissants à Dieu pour le fait que, malgré notre désobéissance et notre déloyauté, le Seigneur dans sa miséricorde nous accorde la grâce et nous aide à mettre de l’ordre au milieu de la confusion que nous avons nous-mêmes créée. Dans ce contexte l’Incarnation de Jésus-Christ, Fils de Dieu, apparaît comme un remède nécessaire et nous aide à nous relever dans l’œuvre humble et persévérante d’apporter le bien à ce monde, qui souffre également en raison des dommages subis.

Tout le mal qui nous frappe est un signe permanent que nous nous sommes laissés convaincre par Satan que nous pouvons critiquer et juger Dieu, en l’accusant de mal gérer le monde qu’il a lui-même créé. Dieu n’a jamais révoqué sa décision de donner la Terre en location à l’homme. La responsabilité de tout ce qui se passe ici incombe uniquement à l’homme, à tous les hommes et à toutes les femmes. Chacun en est responsable devant Dieu.

On peut donc dire qu’il n’y a pratiquement qu’un seul signe permanent, rappelé par Marie - le signe qu’Elle indique précisément à La Salette avec la mauvaise récolte. Le révèle la parole adressée par Dieu à Adam avant son expulsion de l’Eden :

« Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie, il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs. À la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras » (Gn 3,17-19).

Flavio Gilio MS

Eusébio Kangupe MS

Karol Porczak MS

Publié dans MISSION (FR)
dimanche, 29 novembre 2020 16:27

Marie et les signes des temps

Marie et les signes des temps

Décembre 2020

Marie enseigne comment interpréter le cours de l’histoire…

Le titre de cette section nous permet de savourer une double réalité :

1. la profonde continuité entre les prophètes bibliques et la « Belle Dame de la Salette » et 

2. la forte matrice biblique propre à une authentique spiritualité salettine. 

Ce n’est pas un hasard si le défunt cardinal de Milan, Carlo Maria Martini SJ, disait que parmi les grandes apparitions mariales l’Apparition de la Salette est celle qui révèle le plus de traits et de caractéristiques typiquement bibliques.

Afin de souligner cette continuité, je voudrais aborder l’apparition de Notre-Dame de la Salette à travers le modèle « prophétique », développé par le philosophe et théologien juif Abraham Joshua Heschel. Lorsque nous interprétons l’apparition de la « Belle Dame » à La Salette à travers l’œuvre de Joshua A. Heschel, Le message des prophètes, nous pouvons souligner les points suivants.

Premièrement : comme les prophètes de la Bible, « La Belle Dame » appelle à la conversion. Les paroles de Marie qui ouvrent le message ainsi que ses avertissements introduits par « Si le peuple ne se soumet pas [...] » et « Si ce peuple se convertit [...] » résonnent pour nous comme une invitation à revenir au Seigneur. Dans la Bible, la conversion ne signifie pas seulement arrêter de faire le mal pour embrasser le bien, mais aussi se tourner davantage vers le Seigneur. Selon ce sens la conversion, plutôt que d’être un acte unique, se présente comme un processus graduel de transformation qui vise à nous assimiler au Fils, à vivre comme Il a vécu, à faire nôtres ses choix.

Deuxièmement : les diverses références à la situation historique concrète contenues dans le message accentuent la présence « prophétique » de Marie à La Salette. Comme les prophètes bibliques, « La Belle Dame de la Salette » incarne une spiritualité profondément ancrée dans l’histoire, mais avec un regard tourné vers le ciel. Contextualisées dans la situation historique, les paroles de la « Belle Dame », comme les paroles des prophètes de la Bible, sont un appel sincère visant à changer, de l’intérieur, la vie de ses destinataires et de l’histoire. Un changement qui est possible grâce à des relations « justes » entre nous et le Seigneur, entre nous et la création, et entre nous. À La Salette, la « Belle Dame » nous rappelle que le lien entre la responsabilité humaine, la justice et l’histoire est si profond qu’il décide à la fois du succès et de l’échec, tant social qu’individuel.

Troisièmement : comme les prophètes bibliques, Marie nous apprend à La Salette à interpréter le cours de l’histoire avec les yeux de la foi ; elle nous apprend à intus-legere, dans l’histoire, la voix de Dieu ; elle nous apprend à discerner ce qui conduit au Seigneur et ce qui nous éloigne de Lui.

Quatrièmement : comme les prophètes bibliques Marie, à La Salette, se fait le porte-parole d’un Dieu qui, comme Josué A. Heschel aimait à le dire, est à la recherche de l’homme, de chacun d’entre nous. À La Salette Marie éveille en nous cette conscience que Dieu est un Dieu pèlerin, engagé dans un « exode divin » parce qu’il est à la recherche de ses enfants.

Cinquièmement : comme les prophètes bibliques, « la belle Dame de La Salette » apparaît non pas pour nous communiquer des vérités abstraites sur Dieu ou nous donner des normes religieuses à suivre scrupuleusement, mais plutôt pour nous rappeler, à travers ses larmes, que le Dieu biblique est un Dieu « pathétique », riche en pathos au sens primitif de la racine grecque du mot signifiant « émotion », « sentiment », « passion », « souffrance ». Dieu souffre pour nous. Le Fils a souffert pour nous. Et la « Belle Dame de La Salette » souffre pour ses enfants. C’est également un trait qui caractérise les prophètes de la Bible : en fait, toute la prophétie biblique est un cri constant que Dieu n’est pas indifférent au mal.

Les paroles de Marie à La Salette, comme celles des Prophètes de l’Ancien Israël, ne prédisent aucun avenir. Ce sont plutôt des paroles qui montrent comment Dieu agit au sein de notre histoire, et quel est notre rôle et notre responsabilité dans cette interaction divino-humaine. 

Toute la création gémit de réconciliation…

« Si la récolte se gâte, c’est de votre faute »

Le Fils de Dieu est venu dans le monde pour « restaurer » l’image et la ressemblance de l’homme avec Dieu. C’est à cette créature que le Créateur a confié la domination du monde, mais plus précisément pour « guider la terre ». Mais l’homme va souvent au-delà de la responsabilité qu’il a reçue de son Créateur. Et quand il dépasse les limites, il attire le malheur sur lui-même et sur l’univers.

Le message de la Vierge à La Salette montre exactement le décalage existantentre la nature et l’homme, chaque fois qu’il ne travaille pas en harmonie avec Dieu. La détérioration de la récolte est ressentie comme une punition de Dieu, car l’homme veut être autosuffisant. On sait qu’un humanisme sans Dieu conduit à des catastrophes incalculables.

Considérée par saint Jean-Paul II comme « le cœur des prophéties de Marie », dans le message de La Salette la dénonciation de l’état moral déplorable du monde qui s’incarne dans l’indifférence religieuse ressort en premier. La situation s’est aggravée au point que la Vierge a menacé de cesser de tenir le bras de son Fils. Sur La Salette et ses signes prophétiques, Jean-Paul II dit encore : « Marie, Mère pleine d’amour, a montré en ce lieu sa tristesse pour le mal moral de l’humanité. A travers ses larmes, elle nous aide à mieux comprendre la gravité douloureuse du péché, le rejet de Dieu, mais aussi la fidélité passionnée que son Fils nourrit pour ses enfants, Lui, le Rédempteur, dont l’amour est blessé par l’oubli et le rejet ».

Le message de La Salette est d’actualité dans ce monde qui semble de plus en plus répéter les erreurs que Marie est venue corriger à travers le message confié à Maximin et Mélanie. La soumission au Christ, la pénitence et une vie pleine de prière sont les grands ingrédients que la Belle Dame nous propose pour notre réconciliation consécutive avec Dieu. 

Ce caractère prophétique de l’apparition de La Salette est évident dans les signes qu’elle porte elle-même, le symbole contenu dans le grand message de Notre-Dame de La Salette : la croix au centre, à gauche le marteau et les tenailles à droite. Alors que le marteau symbolise les péchés de l’humanité qui clouent Jésus crucifié, les tenailles symbolisent la prière et la conversion.

Notre mission d’ambassadeurs du Christ nous conduit à assumer la responsabilité que Marie a confiée aux voyants, à aller vers tous, c’est-à-dire à rappeler aux gens leur devoir de se laisser guider par l’unique maître, Jésus-Christ. Lorsque cela se produit, lorsque les gens adhérent à l’appel à la conversion, « les pierres et les rochers se transformeront en tas de blé ». Marie est claire en nous rendant conscients à la racine profonde des maux que le monde subit et peut subir, si le changement, la soumission au Christ, ne vient pas de la part de l’homme. Marie nous invite à revenir à Dieu par le Christ, dont la royauté cherche à restaurer partout la rectitude des âmes.

Marie est le signe de la nouvelle alliance…

Il est très difficile d’accepter les paroles de Marie contenues dans son Message : « Si la récolte se gâte, ce n’est rien que pour vous autres ». Mais elles expriment la vérité au sujet du fait que le mal ne vient pas de Dieu, mais de ses créatures. Pour commencer ce furent Lucifer et ses disciples qui l’ont commis, puis - les premiers hommes, qui ont été trompés. Notre mauvaise gestion du monde conduit à sa corruption. Cette déclaration de Marie ne contient pas seulement une prophétie ou un jugement sur la situation actuelle, mais elle rappelle à chacun d’entre nous d’où vient le mal. Elle est dite par Celle qui ne peut être accusée d’aucun acte de désobéissance à la volonté de Dieu. Son « Fiat » était et est présent dans chacune de ses pensées, paroles et actions, sans la moindre négligence.

Le premier commandement de Dieu à Adam et Eve : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre ; soumettez-la et dominez » (Gn 1,28), n’a jamais été révoqué. Mais après le péché originel la situation s’est aggravée, et cette dégradation ne cessera pas avant la fin du monde. Tout ce qui autour de nous se gâte est causé par nous-mêmes, poussés par la tromperie de Satan, dont la désobéissance à Dieu provoque les incessants pièges et tentations qui nous assaillent. Tous les événements qui se produisent dans l’histoire de chacun d’entre nous sont les signes des temps.

Si nous écoutons la remontrance de Marie qui nous rappelle - pour paraphraser – que la terre ne nous est pas complètement soumise et que toujours quelque chose se gâte, alors nous cesserons de blâmer Dieu et le monde pour tout le mal qui nous arrive. Notre lecture correcte des signes des temps, nous devons la confirmer, tout d’abord en montrant notre gratitude et en bénissant Dieu pour l’existence qu’il a donnée à chacun de nous et pour la vocation à la vie éternelle au Ciel ; puis nous devons être reconnaissants à Dieu pour le fait que, malgré notre désobéissance et notre déloyauté, le Seigneur dans sa miséricorde nous accorde la grâce et nous aide à mettre de l’ordre au milieu de la confusion que nous avons nous-mêmes créée. Dans ce contexte l’Incarnation de Jésus-Christ, Fils de Dieu, apparaît comme un remède nécessaire et nous aide à nous relever dans l’œuvre humble et persévérante d’apporter le bien à ce monde, qui souffre également en raison des dommages subis.

Tout le mal qui nous frappe est un signe permanent que nous nous sommes laissés convaincre par Satan que nous pouvons critiquer et juger Dieu, en l’accusant de mal gérer le monde qu’il a lui-même créé. Dieu n’a jamais révoqué sa décision de donner la Terre en location à l’homme. La responsabilité de tout ce qui se passe ici incombe uniquement à l’homme, à tous les hommes et à toutes les femmes. Chacun en est responsable devant Dieu.

On peut donc dire qu’il n’y a pratiquement qu’un seul signe permanent, rappelé par Marie - le signe qu’Elle indique précisément à La Salette avec la mauvaise récolte. Le révèle la parole adressée par Dieu à Adam avant son expulsion de l’Eden :

« Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie, il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs. À la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras » (Gn 3,17-19).

Flavio Gilio MS

Eusébio Kangupe MS

Karol Porczak MS

Publié dans INFO (FR)

Moi ?

(4e dimanche de l'Avent : 2 Samuel 7, 1-16 ; Romains 16, 25-27 ; Luc 1, 26-38)

Au moment où ils ont vu la lumière à l'endroit où ils avaient mangé leur déjeuner de pain et de fromage, Maximin dit à Mélanie de garder son bâton en cas de danger. Ils étaient terrifiés.

La Belle Dame a compris leur peur. Elle aussi avait été « toute bouleversée » à la visite de l'ange. Elle a fait donc pour les enfants ce que l'ange avait fait pour elle, en disant, « N'ayez pas peur », et en expliquant la raison de sa visite. 

Imaginez votre réaction dans une situation semblable ! Vous penseriez peut-être : « Comment ? Qui ? Moi ? Pas possible ! 

Mais considérer les patriarches, les prophètes et les apôtres. Certains se sentirent indignes de leur appel, ou peu prêts, voire effrayés ; mais pas un d’eux n'a douté de l’authenticité de l’expérience. Même si certains ont failli en cours de route, tous demeurèrent fidèles jusqu’au bout, sauf un.

Considérez le roi David. Dans la première lecture, comme en plusieurs autres endroits, Dieu l'appelle « mon serviteur David ». Pourtant, David, comme vous le savez, avait de sérieuses faiblesses et a commis des péchés graves. Il n’est donc pas nécessaire d’être absolument parfait pour pouvoir servir le Seigneur

Le psaume d'aujourd'hui décrit ainsi la promesse faite à David : « Avec mon élu, j’ai fait une alliance, j’ai juré à David, mon serviteur : J’établirai ta dynastie pour toujours, je te bâtis un trône pour la suite des âges ». L'ange de l'Évangile déclare que cette parole s'accomplit en Jésus : « Son règne n’aura pas de fin ».

En reformulant la prière d'ouverture d'aujourd'hui, nous reconnaissons que Dieu a répandu la grâce de la réconciliation dans le cœur de ceux qui ont répondu à l'invitation de Notre Dame de la Salette à « avancer ». Elle nous appelle à avoir des cœurs qui sont tout entier au Seigneur, comme l'Écriture dit au sujet de David (1 Rois 11, 4). Voilà notre participation à d'alliance.

Alors nous serons prêts à entreprendre la tâche divine que Dieu nous a confiée, même s'il connaît nos fautes mieux que nous ne les connaissons.

Marie nous a donné l'exemple. Son oui a changé le monde. Nous pouvons lui dire, à elle, notre oui, en agissant selon sa parole dans l’espoir de faire une différence. Qui ? Vous !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Publié dans MISSION (FR)

Toujours dans la joie

(3e dimanche de l'Avent : Isaïe 61, 1-11 ; 1 Thessaloniciens 5, 16-24 ; Jean 1, 6-28)

Nous connaissons tous des gens sans joie. Certains sont simplement d'humeur sombre, d'autres s’inquiètent du futur, ou sont en deuil d'une perte, récente ou ancienne. Dans ces situations et d'autres qui les ressemblent, il est difficile de vivre l'exhortation de st Paul : « Soyez toujours dans la joie ».

La Vierge en pleurs de la Salette se lamente sur les souffrances et les dangers de son peuple, et même se plaint d'être chargée de prier sans cesse pour nous. Son Apparition pourrait bien paraître en événement triste, si ce n’était qu’elle avait dit au commencement : « Je suis ici pour vous conter une grande nouvelle ». Ces paroles sont semblables à celles d'Isaïe : « Le Seigneur m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles ».

Marie est apparue au creux d'un ravin, mais après sa conversation avec les enfants, elle monta à un endroit plus élevé, et passa hors de leur portée avant de disparaître de leur vue. C'était un mouvement, du chagrin à la gloire.

La Salette est un lieu de joie. Cela est vrai non seulement de la montagne que la Belle Dame a choisie, mais encore de chaque sanctuaire salettin. Plusieurs y viennent tristes, oui ; mais la plupart d’entre eux repartent avec un sentiment comme celui de Marie, « mon esprit exulte en Dieu, mon Sauveur », qui, à son tour, fait écho à Isaïe : « Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu ».

Il s'agit d'une joie profonde intérieure, d'une paix calme, qui n’équivaut pas à la jovialité. Cette joie ne dissipe pas les craintes, elle ne sèche pas les larmes, elle ne change pas notre personnalité. Il est parfois difficile de la décrire, mais on ne peut pas la nier.

Voici comment Jean-Baptiste apparaît dans l'Évangile d'aujourd'hui : « Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui ». 

Et voici un défi pour vous. Changez le texte comme suit : « Une personne nommée [vous] a été envoyée par Dieu, pour témoigner de la lumière ». Est-ce une pensée joyeuse ?

Nous avons des raisons de croire que le Baptiste se plaisait dans son ministère, car lorsqu'il apprit que tout le monde allait maintenant vers Jésus, il répondit : « Telle est ma joie : elle est parfaite » (Jean 3, 29).

Le verset qui précède le texte de l'Évangile d'aujourd'hui nous dit : « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée ». Cela devrait se dire pareillement de notre joie. Que rien ne l’éteigne.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Publié dans MISSION (FR)

La justice réconfortante

(2e dimanche de l'Avent : Isaïe 40, 1-11 ; 2 Pierre 3, 8-14 ; Marc 1, 1-8)

Il y a quatre mois, nous avions le même Psaume responsorial (84) qu'aujourd'hui, et nous avons commenté les mots « justice et paix s'embrassent », en tant qu’opposés. Dans le contexte des lectures d'aujourd'hui, cependant, la perspective diffère.

Dans les langues modernes, la justice est un terme juridique. Dans les nouvelles, on parle de personnes ou de groupes qui réclament la justice. Mais dans la bible, elle est surtout théologique. Comme la paix, elle est un don de Dieu à son peuple fidèle.

Isaïe prononce des paroles merveilleuses de réconfort, prédisant la fin de l'exil par lequel Dieu avait puni l'iniquité de son peuple. Saint Pierre rappelle la promesse de Dieu : « un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice ». On pourrait traduire ce dernier mot par « droiture ». De toute façon, il s’agit de l'état de ceux qui agissent tel qu'ils le doivent.

En ce sens, Jean-Baptiste était juste, car il était fidèle à sa vocation. Marie aussi était juste quand, à l'annonciation, elle a reconnu et accepté son rôle de servante du Seigneur. Tous deux, dans leur humble service, étaient comme ils devaient l'être.

Lorsqu’on considère le message de Marie à la Salette, la tendance serait d’associer la justice au « bras de mon Fils ». Mais une fois que nous admettons notre état de pécheurs et que nous faisons la soumission qu'elle nous demande, nous pourrons entendre la parole réconfortante de sa tendresse.

Nous mentionnons souvent le crucifix qui se trouve sur la poitrine de la Vierge. Il en est de même aujourd’hui. Voyez comment il reflète les paroles d'Isaïe comme si elles s’adressaient à la Belle Dame : « Monte sur une haute montagne, élève la voix, ne crains pas. Dis : Voici votre Dieu ! »

Comme le dit Saint Pierre, « Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion ».

Ce sont certainement des paroles réconfortantes. Ce qu'il ajoute un peu après est plus difficile : « Vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété ».

Que notre vie serait belle si, quelque indignes que nous soyons, nous pouvions toujours donner du réconfort, parler avec tendresse et proclamer le pardon du péché, avec bonté, vérité, justice et paix. Voilà encore une façon de faire passer le message de la Salette.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Publié dans MISSION (FR)

La faveur de Dieu renouvelée

(1er dimanche de l’Avent : Isaïe 63, 16–64, 7 ; 1 Corinthiens 1, 3-9 ; Marc 13, 33-37)

Les prophètes prennent plaisir à dire à Dieu ce qu’il sait déjà. La première lecture d'aujourd'hui commence de cette façon : « C’est toi, Seigneur, notre père. Notre-rédempteur-depuis-toujours, tel est ton nom ». Isaïe poursuit en rappelant les prodiges terrifiants de Dieu en faveur de son peuple.

Il dit en effet : « Seigneur, tu as déjà fait cela auparavant. Fais-le de nouveau ! »

Plutôt que de forcer Israël à revenir vers lui, Dieu avait permis à son peuple de s'écarter de ses chemins et d'en souffrir les conséquences. C’était bien la circonstance de la visite de Marie à la Salette.

Isaïe ajoute : « Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins ». Il sait bien que cela ne décrit pas l'attitude et la conduite de son peuple ; car il ajoute : « Personne n’invoque plus ton nom ».

La Belle Dame nous dit qu'elle prie sans cesse son Fils pour nous. Elle inclut certainement dans cette prière un rappel de ce que lui a fait pour nous. Puis, s'adressant aux deux enfants, elle reconnaît l'infidélité de son peuple, et le crucifix qu'elle porte sert à rappeler la rédemption accomplie par son Fils, fondement de notre espoir.

Dans la prière d'ouverture de la messe d'aujourd'hui, nous demandons à Dieu de nous accorder « d'aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur ». Nous devons bien comprendre le sens de cela. Ce n'est pas que l’on espère gagner le salut par les actes. Plutôt il s’agit d’offrir à Celui qui nous a déjà sauvés ce que lui-même nous dit lui plaira.

Peut-être à un moment clef de votre vie avez-vous embrassé votre foi d'une façon vraiment personnelle. Votre vie a changé de certaines manières, et vous avez pris la résolution de vivre votre vie chrétienne le plus pleinement possible.

L'Avent est un temps parfait pour prier pour que Dieu renouvelle envers nous sa faveur, comme nous le faisons dans le psaume responsorial d'aujourd'hui : « Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés ! »

Nous pourrons peut-être entendre sa réponse dans nos cœurs : « Mon enfant, tourne-toi vers moi ; laisse-moi voir ton visage et tu seras sauvé. » Peut-être nous rappellera-t-il notre dévotion d’autrefois et nous dira-t-il : "Tu l'as déjà fait une fois, fais-le encore ! »

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S

Publié dans MISSION (FR)
mardi, 03 novembre 2020 17:16

La Salette : de la peur à la confiance

La Salette : de la peur à la confiance

Novembre 2020

N’ayez pas peur…

Rien de l’exode humain n’est exclu de la Bible. Y compris les thèmes de la crainte et de la confiance. Peur et confiance : mots clés qui déterminent la différence entre simplement « exister » et « vivre pleinement ». La Bible semble en être consciente, elle qui contient plus de 365 cas concernant l’invitation à ne pas craindre.

Les Saintes Écritures reconnaissent deux types de craintes. Un qui fortifie, et c’est ce que la Bible appelle la crainte d’Adonaï, un principe de sagesse (cf. Pr 1,7). Le second est un esprit de peur, qui consume, saisit, paralyse et affaiblit. Nous en avons tous fait l’expérience, au moins une fois. Nous pouvons faire de mauvais choix parce que choix mûris dans la peur ; ou encore nous préférons intentionnellement ne pas choisir, parce que nous sommes bloqués par la peur de l’inconnu, de l’incertitude, de l’échec, de ce que les autres peuvent penser de nous, etc. Oui, ce type de peur paralyse. Et la plupart d’entre nous désirent ne pas craindre, afin de pouvoir réellement vivre et pas seulement exister, afin d’être libres d’aimer et d’être aimés (1Jn 4,18).

Dans la vie du croyant, la peur et la confiance coexistent. Ce qui est pertinent c’est la question suivante : qu’écoutons-nous davantage ? Qu’est-ce qui inspire et guide notre vie ? Peur ou confiance ? Il est intéressant de noter, à cet égard, que même nos Pères et nos Mères dans la foi ont fait l’expérience de la peur et de la méfiance, bien qu’ils aient été choisis par Dieu et qu’ils aient voulu suivre la voix de l’Éternel. Voir, par exemple, les figures d’Abraham, Isaac, Jacob, du grand législateur Moïse, du roi biblique par excellence, David (Ps 56,10-11), de Sarah, Rébecca, Rachel, Miriam la soeur de Moïse, Pierre, ou des Douze Apôtres...

Même Joseph (Mt 1,20) et Marie de Nazareth éprouvent un sentiment de crainte. Immédiatement après les paroles de l’ange Gabriel, l’évangéliste Luc rapporte que Marie « était bouleversée et se demandait quel était le sens d’une salutation comme celle-ci » (Lc 1,29). Oui : d’une part les grands protagonistes de l’Histoire du Salut sont assaillis par la crainte, mais d’un autre côté ils savent faire confiance aux Paroles de l’Éternel.

On peut dire quelque chose de semblable à propos de Maximin et de Mélanie à La Salette. Lorsque Mélanie vit soudain un globe de lumière là où ils avaient auparavant déposé leurs musettes, agitée et intriguée elle appela Maximin. Tous deux ont peur. Mélanie laisse tomber son bâton et Maximin cherche à reprendre le sien au cas où il faudrait se défendre contre cette mystérieuse lumière. La peur cède la place à la confiance lorsque, après avoir vu à l’intérieur du globe de lumière la figure d’une "Belle Dame" assise les coudes posés sur les genoux, le visage caché dans les mains et sanglotante, ils entendent les paroles suivantes : « Approchez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour annoncer une grande nouvelle ».

La dynamique initiale de cette rencontre suit la dynamique des nombreuses rencontres avec l’Éternel enregistrées dans la Bible. Souvent, ce sont des rencontres qui génèrent d’abord la peur chez celui qui les vit. Mais avec la peur initiale, il y a toujours une parole divine, capable d’insuffler la confiance et d’ouvrir à des horizons inespérés. Jésus de Nazareth, par exemple, a guéri la peur de Pierre non seulement en l’encourageant à « ne pas craindre », mais aussi en lui confiant une mission : « Désormais, tu seras pêcheur d’hommes » (Lc 5,10). De même, à La Salette, la Belle Dame non seulement invite les deux enfants à « ne pas avoir peur » et à s’approcher d’elle pour vivre une rencontre, mais une fois qu’ils ont été libérés de leur peur initiale, leur faisant confiance elle leur confie une mission.

Tant le Fils que la Mère, tout comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Jésus de Nazareth, n’exigent pas de nous une foi exempte de peurs. Le Dieu de nos Pères dans la foi, le Fils et la Belle Dame de La Salette ont foi en nous, avant que nous ne croyions en eux. Ils croient en nous, qui avons nos peurs et nos capacités. Ils nous font confiance. Ils désirent conclure avec nous une alliance. Et lorsque nous en prenons conscience, nous sommes guéris de nos peurs, car nous commençons à faire confiance à l’Esprit qui est en nous (cf. Mt 10,19-20). Nous sommes transformés. Et la confiance dans l’Esprit et la transformation ouvrent sur des horizons étonnants, car ils nous permettent de nous ouvrir à la voix de l’Éternel qui nous confère une mission.

La Confiance – une expression d’amour et de foi…

« Approchez, mes enfants, n’ayez pas peur,

je suis ici pour annoncer un grand message »

L’événement de La Salette s’ouvre avec cet appel véhément à deux Petits Bergers. 

L’Écriture Sainte est pleine des deux mots (peur et confiance) dans la densité de son contenu. On pourrait dire que c’est un livre qui nous invite à voir en Dieu cet ami qui trouve du plaisir à marcher avec l’homme dans les situations les plus variées de sa vie. 

Marie à La Salette fait siennes les paroles par lesquelles Dieu s’adressait au peuple ou, individuellement, aux prophètes : « Ne craignez pas ... n’ayez pas peur ». « Ne crains pas, car je suis avec toi ; ne jette pas des regards désespérés, car je suis ton Dieu » (Is 41,10) ; Jésus a dit dans le Nouveau Testament : « Ne craignez donc pas ; vous valez plus que beaucoup d’oiseaux » (Is 41,10 ; Mt 10,31).

Le secret pour vaincre la peur est donc une confiance totale et complète en Dieu. Les deux petits bergers s’avancent vers l’intérieur pour faire un pas en avant et se mettre à la disposition de la Dame qui leur apporte un beau message.

Lorsque la peur nous saisit, nous perdons toute notre confiance et sécurité. La peur nous rend désespérés, et là où il y a du désespoir, Dieu n’est pas présent ! Parce que le désespoir chasse la présence de Dieu, le désespoir est un manque de confiance dans le Seigneur, le désespoir est un manque de foi.

La peur qui nous tourmente nous enlève notre foi et notre confiance dans le seul vrai Dieu ; la peur nous rend faibles et malades. Tout comme il l’a fait hier avec ses disciples, Jésus nous regarde et assume par l’intermédiaire de sa Mère ses paroles éternelles : « Courage, c’est moi ! N’ayez pas peur ! » Derrière la voix de la Madone se trouve la Parole éternelle de Dieu, car Marie nous rappelle notre devoir de faire ce que son Fils nous recommande.

Le constant « ne crains pas » attire notre attention sur notre engagement à mettre notre confiance et notre foi dans le Seigneur, comme l’écrit le psalmiste : « En Dieu, je mets ma confiance et je ne crains pas ; que peut me faire l’homme ? » (56,11). Par conséquent, le secret pour vaincre la peur est la confiance totale et la foi en Dieu – les deux petits bergers ont été poussés intérieurement à s’avancer et se mettre à la disposition de la Dame, qui portait un magnifique message. 

Vaincue par le « puissant » Covid19, la peur est devenue le mot d’ordre dans le monde d’aujourd’hui. C’est à ce moment que les paroles de Marie à La Salette nous invitent à avoir confiance, à « ne pas avoir peur », parce que le Seigneur continue à guider les destinées de ce monde. Ambassadrice du plan de salut de Dieu, la Mère de Dieu partage avec nous l’expérience de la confiance en Dieu, qui lui a été transmise par l’ange au moment de l’Annonciation.

Marie modèle de la confiance…

Marie connaît bien le sentiment de peur. Lorsque l’Archange Gabriel lui est apparu, elle était comme terrifiée. Le Divin Messager l’a calmée par l’invitation : « Ne crains pas ! » Ce n’est qu’ensuite que suit le dialogue du représentant du Ciel avec la plus digne représentante de l’humanité lors de l’événement le plus important du monde, c’est-à-dire l’Incarnation du Fils de Dieu.

À La Salette, les rôles sont inversés : c’est maintenant Marie la messagère divine, qui s’adresse aux plus simples représentants de l’humanité - aux enfants qui ont peur pour avoir éprouvé quelque chose d’extraordinaire. La Belle Dame comprend parfaitement la peur de Maximin et de Mélanie même si, en voyant une femme en pleurs extérieurement semblable aux autres femmes de cette région, ils se sentent calmés, au point qu’ils ne furent pas terrorisés.

Le comportement de Marie révèle son respect de la sensibilité humaine face aux choses surnaturelles, qui nécessitent une aide spéciale pour qu’on s’y habitue. Autrefois, avant de tomber dans la condition du péché et de la mort, c’était là notre caractéristique naturelle. Adam et Ève, et eux seuls parmi toute l’humanité, ont vécu dans une confiance naturelle et amicale envers Dieu jusqu’à ce qu’ils aient mangé le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Jusqu’à la première venue du Sauveur dans le monde, d’abord eux et ensuite nous tous, nous avons perdu ce merveilleux état d’amitié avec Dieu, libre de toute crainte. C’est seulement en Jésus-Christ que, sans mourir de peur, nous pouvons nous tenir face à face devant Dieu caché derrière les traits du Fils de Marie et de Joseph de Nazareth, et après son Ascension au ciel sous les espèces du Pain et du Vin. Mais cela n’arrive que parce que la grâce du Sauveur, méritée sur la Croix et scellée par la Résurrection, nous soutient. En Lui il n’y a plus aucune peur de la mort, il n’y a plus de terreur face à la Majesté divine, mais il y a une grande crainte fondée sur la conviction que Dieu nous aime, indépendamment de qui nous sommes et de ce que nous possédons.

Marie a été la première, avec saint Joseph, à voir le Dieu incarné, elle s’est habituée à sa vie ordinaire terrestre et a contemplé la Majesté divine, cachée derrière l’apparence de la nature humaine de son Fils, Jésus. Et c’est dans cet esprit qu’elle s’est adressée aux enfants de La Salette : « Approchez, n’ayez pas peur ! » Elle a dit cela, parce que dans la foi en la communion des saints nous sommes tous unis : les uns de ce côté-ci sur la Terre encore en pèlerinage vers le Ciel, les autres désormais au-delà, au Ciel, attendant la résurrection du corps.

Faisons confiance à Dieu, en espérant que par l’intercession de Marie de La Salette il nous accordera la grâce de recevoir l’amour de Dieu dans la crainte véritable, fondée non pas sur la peur, mais sur la louange de Dieu, pour sa grande miséricorde à notre égard.

Flavio Gilio, MS

Eusébio Kangupe, MS

Karol Porczak, MS

Publié dans MISSION (FR)

Œuvres de miséricorde

(Christ Roi : Ezéchiel 34, 11-17 ; 1 Corinthiens 14, 20-28 ; Matthieu 25, 31-46)

Depuis trois semaines maintenant, l’Evangile porte l’attention sur le moment du jugement, en utilisant une norme différente dans chaque cas. Il y a deux semaines, il s’agissait de l’état d’attente pour le retour du Christ ; la semaine dernière, on signalait l’importance de l’esprit d’initiative dans son service ; aujourd'hui, ce sont les œuvres de miséricorde.

Un roi sur son trône est au sommet de la hiérarchie sociale. Mais le Christ notre roi s'identifie avec « ces plus petits », les gens en marge de la société. Qui veut servir le Christ doit tendre la main à ceux-ci.

L'Église enseigne que, tout en nourrissant les affamés, l’on doit travailler à éliminer les causes de la faim. Ce principe est en jeu pour toute œuvre de miséricorde que nous pouvons imaginer, soit corporelle ou spirituelle. Cela suppose souvent le courage d’énoncer des vérités difficiles à entendre.

A la Salette Marie, consciente de son état d’humble servante, s'identifie à « ces plus petits » par le son choix de témoins. Elle propose un remède contre les causes spirituelles des souffrances corporelles de son peuple, en dévoilant la vérité au sujet de leur peu de foi et de respect pour son Fils, le Christ Roi.

La réconciliation cherche à restaurer la paix ; voilà est une pensée qui attire et réconforte. Mais le travail de réconciliation, comme le montre la Belle Dame, n'est pas facile. Il exige une douce fermeté. Cela peut être un défi. 

Dans le rite baptismal, l'onction avec le saint-chrême nous unit symboliquement au Christ en tant que Prêtre, Prophète et Roi. Cela signifie notre participation à son rôle de guider, conduire et protéger son troupeau, de prendre soin de son peuple. Comment on accomplit cela dépend de plusieurs facteurs, y inclus notre personnalité, nos talents et nos valeurs les plus profondes.

Pour le moins, la majorité d'entre nous peut conduire par l'exemple—en disant la vérité et en agissant justement—de façon à inciter les autres à faire de même. 

En même temps, l’attention ne porte pas sur nous-mêmes. Quelle que soit la manière de nos œuvres de miséricorde, elles ne sont jamais une performance. Jésus est au centre, et au début, et à la fin. Si nous pouvons servir de canal de sa vérité et de son amour, nous ne devrons jamais craindre le jugement à venir.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Publié dans MISSION (FR)
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