Qu’as-tu dans ton cœur ?

(8e dimanche ordinaire : Ben Sira 27, 4-7 ; 1 Corinthiens 15, 54-58 ; Luc 6, 39-45)

Il y a une annonce pour une carte de crédit qui se termine ainsi : Qu’as-tu dans ton portefeuille ? Ben Sira, dans la première lecture, et Jésus dans l'Évangile, tous deux en effet, demandent : Qu’as-tu dans ton cœur ? Et ils cherchent la réponse dans notre façon de parler.

Ben Sira compare la parole au tamisage du grain, révélant l’abondance ou la pauvreté de ce qui se trouve dans notre esprit et notre cœur. À La Salette, Marie utilise une image encore plus forte. « Si vous avez du blé, il ne faut pas le semer. Tout ce que vous sèmerez, les bêtes le mangeront, et ce qui viendra tombera en poussière quand on le battra ».

C’est, tout d'abord, un avertissement de la famine qui viendra ; c'est aussi un symbole juste de la condition de la foi de son peuple : elle tombe en poussière, niellée par l'indifférence. C'est une grande tragédie.

L'Évangile, lui aussi, nous rappelle nos défaillances. Jésus dit : « Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ? » Il peut être facile de critiquer les autres, comme si notre propre comportement et nos opinions étaient normatifs pour tous les autres. Telle attitude, comme peut-être bien d'autres, ne sont pas facilement vaincues.

Mais tout n'est pas perdu. Sinon, la Belle Dame ne serait jamais venue.

St Paul, à la fin du chapitre prolongé sur la résurrection, s'écrie : « Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? ... Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ. Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, soyez inébranlables, prenez une part toujours plus active à l’œuvre du Seigneur, car vous savez que, dans le Seigneur, la peine que vous vous donnez n’est pas perdue ».

Oui, il faut travailler, nous efforcer de vivre notre foi avec intégrité. La victoire, cependant, ne dépend pas de nous-mêmes. Elle est au-delà de nos forces, mais non impossible à atteindre. À La Salette, Marie nous rappelle les moyens mis à notre disposition dans l'Église et dans notre vie personnelle, pour participer au triomphe du Christ sur le péché et sur la mort.

L'espoir de la victoire n’est pas seulement un désir. Il se base sur des promesses comme celle du psaume d'aujourd'hui : « Planté dans les parvis du Seigneur, il grandira dans la maison de notre Dieu ». Ça, l’as-tu dans ton cœur ?

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Quel défi !

(7e dimanche ordinaire : 1 Samuel 26, 2-23 ; 1 Corinthiens 15, 45-49 ; Luc 6, 27-38)

À La Salette, Marie nous a rappelé notre obligation d'honorer le Nom du Seigneur et le Jour du Seigneur (messe et repos), de respecter la discipline du Carême, et de prier. Tout cela est inclus dans son appel à la soumission.

Il y a là amplement matière à un examen de conscience. Mais l'Évangile d'aujourd'hui nous aide à comprendre que ce que la Belle Dame demande n'est qu'un début.

Jésus exprime clairement qu'il attend de ses disciples plus que l'observation de la loi. Les commandements sont la fondation, pas le tout de l’édifice. Certains de ses auditeurs auraient pu penser qu'il allait trop loin en exigeant une attitude de paix, de soumission, envers leurs ennemis. À notre époque aussi, ce n'est pas facile d'accepter de telles demandes.

Notre foi nous rend-elle de meilleures personnes ? Dans la première lecture nous trouvons un modèle excellent dans la personne de David. Sa foi dans le Dieu d'Israël n'a jamais vacillé. Ainsi, quand l'occasion se présenta de détruire son ennemi mortel, le roi Saül, il lui montra de la pitié, plutôt que de lever la main contre celui qui a reçu l’onction du Seigneur.

C'est ce qui manque à notre monde aujourd'hui. C'est ce qu’il fallait toujours, et ce qu’il lui faudra toujours. Il n'a jamais existé, ni y aura-t-il un excès de charité, de cet amour que Dieu verse dans nos cœurs. Cet amour ne sera jamais parfait ou complet, car, comme nous le dit st Paul dans la seconde lecture, nous portons l'image terrestre de l'homme d’argile, Adam.

Il ne faut cependant pas nous décourager. Dieu garde toujours le pouvoir de pardonner. Nous pouvons, au moyen de la grâce de Dieu, porter l'image de l'homme spirituel, Jésus-Christ.

En même temps, il ne faut pas nous devenir complaisants, comme si nos pensées, nos paroles et nos actes n’importaient pas à Dieu. Le Seigneur connaît nos pensées, nos paroles et nos actions, mais il connaît aussi nos cœurs. Par exemple, lorsque nous obéissons à la commande de Jésus, « Donne à quiconque te demande », notre intention est-elle pure ?

Oh, quel défi d'être fidèles, et remplis de foi ! De tout notre cœur, prions les mots de la prière d'ouverture d'aujourd'hui : « Accorde-nous d'accomplir, en paroles et en actes, ce qui te plaît ».

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Comme un arbre

(6e dimanche ordinaire : Jérémie 17, 5-8 ; 1 Corinthiens 15, 12-20 ; Luc 6, 17, 20-26)

Par deux fois, aujourd'hui, nous trouvons l'image d'un arbre fruitier planté auprès d'une source d'eau. Jérémie s’en sert pour décrire ceux qui ont confiance dans le Seigneur ; le psaume l'applique à ceux qui se réjouisse dans la méditation de la loi de Dieu. Tous deux présente une image piteuse de ceux qui mettent leur confiance et trouvent leur délice ailleurs.

À première vue, Jésus semble utiliser le même langage, mais il est clair que « Quel malheur pour vous ! » diffère beaucoup d'une malédiction. C’est un avertissement. Parfois nous trouvons un souci similaire dans le contexte de La Salette. Les paroles que certains interprètent comme des menaces de Marie sont plutôt des avertissements.

Le thème de l'arbre peut s’appliquer à toutes les lectures de ce jour, ainsi qu'à La Salette. Le point central des béatitudes et des malheurs de Jésus, ainsi que des promesses et des avertissements de Marie, est de nous inviter à placer notre confiance en Dieu et non en nous-mêmes.

Même la seconde lecture, dans laquelle Paul insiste sur la vérité de la résurrection du corps, nous conduit à ce même thème. En tant que grecs, les corinthiens se glorifiaient de leur philosophie, qui n'avait aucune idée d’une vie corporelle après la mort. Paul exprime une espèce de malheur lorsqu'il écrit : « Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ».

Pour revenir à l'idée de l'arbre planté près de l'eau, n’oubliez pas que l'eau est un symbole puissant à La Salette. Marie est venue pour aider son peuple à avoir des racines profondes, des feuilles toujours vertes et du fruit abondant.

En plus du ruisseau physique, la Belle Dame nous fait penser un autre fleuve qui est toujours source de vie. « Faites-vous bien votre prière, mes enfants ? … Il faut bien la faire, soir et matin ». Pensait-elle au 1er Psaume ? Alors elle aurait pu demander : « Est-ce que vous vous plaisez dans la loi du Seigneur ? … Vous devez méditer sur sa loi jour et nuit. »

Comme vous le savez, les plantes ont besoin non seulement d'eau mais aussi de lumière. La prière peut se comparer à la photosynthèse, qui nous permet d'assimiler la lumière du Christ, qui travaille avec l'eau afin que notre foi puisse être forte et notre espoir durable.

Des tempêtes viendront certainement, des jours noirs et difficiles ; mais bienheureux sommes-nous si nous demeurons unis à notre Seigneur ressuscité et à sa Bienheureuse Mère.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Au large

(5e dimanche ordinaire : Isaïe 6, 1-8 ; 1 Corinthiens 15, 1-11 ; Luc 5, 1-11)

Il y a plusieurs ressemblances dans les trois lectures d'aujourd'hui. Par exemple, une rencontre extraordinaire avec le Seigneur a amené Isaïe, Paul et Simon à ressentir profondément leur état de culpabilité. Cela probablement nous est arrivé aussi.

Une autre comparaison est moins évidente, mais aussi importante. Jésus dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche », et quelques versets plus loin, « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras ». Isaïe et Paul furent eux aussi admis aux profondeurs du mystère de Dieu, et ont reçu une mission.

À la Salette, l'image diffère encore, mais la réalité est la même. Nous sommes attirés vers le haut, vers une montagne élevée, mais comme Mélanie et Maximin, nous recevons une mission, celle de faire connaître un message important par nos paroles et par notre vie.

Isaïe fut extraordinairement troublé, mais il reçut un signe du pardon divin quand un charbon ardent toucha ses lèvres. Marie identifia quelques-uns des péchés par lesquels son peuple offensait le Seigneur ; et elle nous rappela l'importance de vivre notre foi catholique, surtout l'Eucharistie que Jésus a instituée « en rémission des péchés ». Souvenez-vous de cela la prochaine fois que l'hostie consacrée touche vos lèvres.

L'Église donne un signe d’absolution dans le sacrement de la réconciliation, que tout prêtre de la Salette garde dans son cœur. Quelles belles histoires pourrions-nous conter !

Nous revenons encore une fois aux trois paroles clefs de la Salette : réconciliation (reconnaître et accepter notre indignité) ; conversion (revenir à Dieu et accepter son pardon) ; et faire passer son message (évangéliser).

Dans le cas de Simon, cela commença quand il permit à Jésus d'utiliser sa barque comme plateforme pour enseigner la foule. Il était loin de se douter où le conduirait ce simple geste d'accueil.

Le message clair que la Belle Dame proclama à la Salette est encore très important à notre monde. Si, dans nos cœurs et par nos actions, nous permettons à Jésus de monter à bord de l'humble barque de notre vie et si nous avançons au large sur sa parole, qui sait quel bien nous pourrions faire ?

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Mon refuge

(4e dimanche ordinaire : Jérémie 1, 4-19 ; 1 Corinthiens 12, 31–13,13 ; Luc 4,21-30)

Nous commençons cette réflexion par une prière, pour nous-mêmes ou pour d'autres qui en ont besoin, adressée au Seigneur dans le psaume d'aujourd'hui : « Sois le rocher qui m’accueille, toujours accessible ; tu as résolu de me sauver : ma forteresse et mon roc, c’est toi ! »

Dieu appela Jérémie à être prophète, en lui disant : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ». Imaginez ce que ce serait d'entendre de telles paroles, d’avoir la certitude que le Seigneur nous a préparé une mission.

Le jeune Jérémie, dans son inexpérience, voulait refuser ; mais Dieu lui promit de l’accompagner et, comme nous l'entendons dans la première lecture, de faire de lui « une ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze », le préparant pour ce qui allait être pour lui une vie difficile.

Il se peut que nous soyons plus enclins que Jérémie à consentir à l’appel mais, le cas échéant, nous avons besoin des encouragements qu'il a reçus. Il nous faut un sens de sécurité, la confiance que le Seigneur est toujours notre refuge.

Considérons le cas de Maximin et de Mélanie, tout à fait inadéquats pour leur mission. La voix douce de la Belle Dame leur a donné un sentiment de sécurité, et le souvenir de sa tendresse a dû être pour eux un refuge contre l'incrédulité, voire l'hostilité, de plusieurs gens.

Dans l'Évangile d'aujourd'hui, Jésus ne rencontre pas un rejet complet dans sa ville d’origine, mais il n'a pas non plus été reçu de la façon qu’il aurait pu raisonnablement espérer. Ses voisins semblent avoir pensé qu'il s’exaltait un peu trop. Parfois, quand nous voulons partager notre foi, nous aussi sommes mieux jugés par des gens qui ne nous connaissent pas très bien.

En lisant la célèbre description de l'amour que st Paul nous donne dans la seconde lecture, nous percevons souvent l'image de Dieu. Cela ne devrait pas nous surprendre, puisque saint Jean, dans sa première Lettre (4, 16), écrit : « Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui ».

Prions donc de la façon suivante : « Ton amour, Seigneur, me suffit. En toi je prends refuge, et je n’en aurai jamais honte ». Tenons ferme au rocher de notre salut, liés à Dieu par amour, tout en semant la réconciliation dans notre monde.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

L'Ambon

(3e dimanche ordinaire : Néhémie 8, 2-10 ; 1 Corinthiens 12, 12-30 ; Luc 1, 1-4 et 4, 14-21)

Dans la première lecture, Esdras se tient sur une tribune construite pour l'occasion, afin que tous puissent le voir et l’entendre durant sa lecture du Livre de la Loi.

La structure nous est familière, évidemment, puisque nous la voyons dans la plupart de nos églises comme l'ambon. Son but est de signaler l'importance de la Parole de Dieu qui se proclame de là. Il sert aussi pour la prédication de l'homélie et pour la prière universelle.

En tant que détail architectural l’ambon est saillant. Est-ce qu’il y a un endroit pareil en nous-mêmes et dans notre église domestique où la Parole (la Loi) est respectée, gardée et annoncée ? A la Salette, Marie nous montra que ce n'était pas le cas.

Elle a donc choisi une place élevée, un ambon-montagne, pour nous annoncer sa grande nouvelle, le rappel des choses oubliées par son peuple. La Loi s’y trouve inclue, bien sûr, mais il ne s’agit pas d'une simple liste de règles et de lois. Elle n'est pas venue seulement pour nous dire que notre nature déchue et le péché nous avaient séparés de Dieu, mais elle voulait surtout nous faire savoir que Dieu désirerait encore être en relation avec nous, si nous nous convertissions, et mettions la Parole à l’endroit d’éminence dans notre vie quotidienne.

Dans la seconde lecture, où st Paul continue son commentaire sur les dons du Saint Esprit, il signale différentes façons dont cela est possible. Nous devons tous, selon nos dons particuliers, servir le corps entier. Notre individualité ne doit pas créer des points d'isolement ou de séparation mais doit se présenter comme un don pour tout le corps du Christ.

Il est difficile d'imaginer deux personnes plus différentes l'une de l'autre que Mélanie Calvat et Maximin Giraud. Mais Marie a choisi ces deux. Nous qui avons reçu cet unique zèle missionnaire de la Salette, nous devons aussi bien nous considérer comme appartenant au tout, et chercher la grâce, le don, par lequel nous pouvons contribuer à fortifier le Corps du Christ dans son ensemble.

Dans l'Évangile d'aujourd'hui, Jésus se reconnaît dans les paroles d'Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé… » Nous aussi sommes consacrés et envoyés à notre tour. Que ces réflexions, dans l’esprit de la Belle Dame, puissent être pour nous un ambon duquel Jésus est proclamé fidèlement.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Tant de dons

(2e dimanche ordinaire : Isaïe 62, 1-5 ; 1 Corinthiens 12, 4-11 ; Jean 2, 1-11)

Nous avons conclu la réflexion de la semaine dernière se terminait ainsi : « N'oublions jamais et ne négligeons pas le don que nous avons reçu dans notre baptême ». Les lectures d'aujourd'hui nous aideront à continuer ce thème.

Dans Isaïe 6, le prophète décrit sa vocation. Dieu demandait : « Qui enverrai-je ? » et Isaïe de répondre : « Me voici : envoie-moi ! » Aujourd'hui, dans Isaïe 62, il dit : « Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas, et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse ». Il était la voix de Dieu parmi son peuple ; toujours attentif à la volonté de Dieu, il la proclamait fidèlement.

L'Évangile d'aujourd'hui raconte l'histoire des noces de Cana. Parce que l'accent est se porte sur le miracle, l’on ne considère pas ce passage dans le contexte de la prophétie. Pourtant, Marie joue un rôle prophétique. Voyant la volonté de Dieu dans le besoin des autres, elle ne reste pas silencieuse. Elle parle à Jésus. Puis, faisant écho à tous les prophètes, elle dit aux servants : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ». Jésus donne alors un signe prophétique.

À la Salette, nous voyons la même dynamique. Comme les prophètes, Marie plaide notre cause devant le Seigneur. A nous elle s’adresse au moyen d’avertissements—nous rappelant ce que nous devons faire—et au moyen de promesses—nous montrant ce qu’on peut espérer—et à cela elle ajoute le pouvoir persuasif de ses larmes.

La prophétie n'est pas donnée à tous. La seconde lecture le dit clairement. St Paul mentionne non moins de sept autres dons de l'Esprit. En effet, si nous considérons l'histoire de l'Église, nous voyons qu’il existe des congrégations religieuses dont la vocation est... le silence !

Dans le contexte de tant de dons, « Je ne me tairai pas » devient « Je ne résisterai pas à la manifestation de l'Esprit ». Quel que soit notre don, nous devons nous en servir. St Paul écrit : « À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien », c'est-à-dire pour les autres, d'abord dans la communauté chrétienne, mais aussi au-delà.

Quand nous utilisons nos dons au service des autres, nous répondons à l’appel exprimé dans le psaume responsorial : « Racontez à tous les peuples les merveilles du Seigneur ! »

Accepter la volonté de Dieu signifie que le don de la foi reçu à notre baptême s’exprime dans d'autres dons. Par exemple notre vocation salettine.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Scellés, et revêtus

(Baptême du Seigneur : Isaïe 40, 1-11 ; Tite 2, 11-14 et 3, 4-7 ; Luc 3, 15-22)

« Un seul baptême pour le pardon des péchés ». Cette phrase vers la fin du Credo reflète la conclusion d'un débat dans l'Église primitive. On se demandait si les chrétiens baptisés par des hérétiques, devaient recevoir le baptême une seconde fois quand ils devenaient catholiques.

La réponse fut : non, à condition que le baptême soit fait au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Car c'est au moyen d’un tel baptême que l'on devient chrétien. On se réfère à cela en parlant du sceau du baptême, indélébile et permanent.

Il n'est pas étonnant que l'Église considère ce sacrement comme fondamental, le premier des sacrements, nécessaire avant de recevoir tous les autres. De même que Jésus, au Jourdain, fut, pour ainsi dire, introduit et préparé à son ministère public, nous sommes admis dans l'Église par notre baptême et nous participons à la prêtrise du Christ.

La voix du ciel a dit : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie ». Dans le rite du baptême, nous sommes vêtus d'un vêtement blanc, signe de notre dignité chrétienne, et nous sommes encouragés à vivre en conséquence.

Marie est venue du ciel, où elle vit dans la lumière de Dieu, qui est « revêtu de magnificence, il a pour manteau la lumière », comme nous le lisons dans le psaume. Sur les hauteurs de la montagne, elle pleura sur les profondeurs spirituelles où son peuple était tombé. Le vêtement baptismal de son peuple était taché, et le sceau chrétien était à peine reconnaissable.

Comme le prophète, elle parla tendrement. De ses propres paroles, elle nous appela à préparer ou, encore mieux, à réparer le chemin du Seigneur, dans notre cœur et dans notre façon de vivre.

Dans la seconde lecture, st Paul donne une description magnifique du baptême, quand il écrit que Dieu « nous a fait renaître par le bain du baptême et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle ».

Au cœur du message de la Salette et de notre ministère de réconciliation se trouve l’espérance. Pour la nourrir, n'oublions jamais et ne négligeons pas le don que nous avons reçu dans notre baptême.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Sur le chemin des Mages

(Épiphanie : Isaïe 60, 1-6 ; Éphésiens 3, 2-6 ; Matthieu 2, 1-12)

La meilleure définition de ce qu’est l'Épiphanie est celle-ci : « La manifestation du Christ aux païens, représentée par les mages ». En d'autres mots, leur histoire est la nôtre—en tant que chrétiens et en tant que salettins.

Les mages furent guidés par la lumière d'une étoile, vers celui que l’on nomme « Lumière de la Lumière, vrai Dieu du vrai Dieu ». A la Salette, Marie apparaît dans la lumière, mais elle n'est pas la lumière. Comme l'étoile, elle nous conduit à son Fils, elle nous le manifeste au moyen du crucifix brillant qu'elle porte.

Isaïe dit à Jérusalem : « Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi », tandis que d’autres peuples sont couverts de ténèbres et de nuées obscures. La Belle Dame parle précisément à un peuple de cette espèce, l'invitant à se tourner vers la lumière qu'est le Christ.

Nous sommes les mages d’aujourd’hui. Marie nous aide dans notre poursuite du Christ. Elle nous rappelle l'importance du culte dominical, de la prière quotidienne et de la discipline du Carême, afin de lui rendre hommage.

St Paul a demeuré dans les ténèbres jusqu'au jour de son épiphanie, sa rencontre avec Jésus sur la route de Damas. Dans sa lettre aux Éphésiens il écrit que cette révélation ne fut pas seulement pour lui, mais « pour vous ». Devenu lumière qui guide, il voulait le même pour la communauté chrétienne.

Le don de la foi que nous avons reçu nous est donné pour le bienfait des autres. Nous pouvons le partager par nos paroles, évidemment, mais surtout par notre exemple de foi, d'espérance et de charité. Le Christ, notre lumière, peut briller à travers nous, dissipant les ténèbres et guidant les autres vers lui.

Bien entendu, il n’est pas nécessaire que chacun de nous soit une étoile brillante, visible de loin. Les étoiles diffèrent en brillance et couleur. Les scientifiques affirment que cela est dû, entre autres, à la température de leur surface. L’intensité de notre foi varie de temps à autre.

N’oubliez pas que la flamme, même d'une petite bougie, dissipe les ténèbres, et que les ténèbres ne peuvent jamais l’éteindre. Une gentille et réconfortante lumière peut attirer aussi bien qu'un soleil brillant.

La Salette est une lumière destinée à être partagée au moyen de notre mission de réconciliation. Quelle épiphanie nous pouvons alors devenir !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Toujours bienvenus

(Sainte Famille : Siracide 3, 2-6, 12-14 ; 1 Jean 3, 1-2, 21-24 ; Luc 2, 1-52)

A l'audience générale du 11 août 1976, le pape Paul VI s’adressa aux parents comme suit : « Mamans, enseignez-vous la prière chrétienne à vos enfants ? (...). Et vous, papas, priez-vous avec vos enfants ? » Cela nous fait penser à la question de Marie, à la Salette : « Faites-vous bien votre prière, mes enfants ? »

Il ne s’agit pas de paroles seulement pour bien prier. La prière produit des liens entre nous et Dieu ; et n'oublions pas qu'elle fortifie la transmission de la foi entre ceux qui prient ensemble. Elle est essentielle à la vie chrétienne de la famille, que saint Augustin et d'autres Pères de l'Église nomment « l'Église domestique ». Vatican II a relancé cette expression, et plusieurs documents de l'Église l'ont favorisée depuis. (Nous en citerons certains).

Chez les juifs, l’endroit principal pour le culte c’est la famille. Par son incarnation, le Fils de Dieu « a voulu naître et grandir au sein de la Sainte Famille ». Joseph et Marie lui ont enseigné à prier et à se sentir chez lui dans le Temple—n’ayant tout de même pas prévu la scène que décrit l'Évangile d'aujourd'hui !

Dans des documents récents les parents chrétiens sont présentés comme les premiers hérauts de la foi. Dans la bénédiction des parents qui conclut le rite du baptême, nous entendons : « Que Dieu bénisse le père de ce nouveau baptisé, afin que, par l'exemple et la parole, il soit lui-même, avec son épouse, le premier témoin de la foi pour son enfant ».

La Belle Dame continue à exercer ce rôle, nous appelant à vivre comme elle, Joseph et Jésus, en honorant Dieu et en obéissant à sa volonté.

Comme toute autre famille, l'Église domestique est « une école d'enrichissement humain », où nous apprenons les valeurs précieuses familiales. Mais il y plus encore. Les familles que vivent leur foi, en recevant les sacrements, en priant et en rendant grâce, en démontrant la sainteté de vie par leurs sacrifices et leur charité, peuvent être « des îlots de vie chrétienne dans un monde incroyant ».

Le Psalmiste s'exclame : « De quel amour sont aimées tes demeures, Seigneur, Dieu de l’univers ! » Nous sommes toujours les bienvenus dans la demeure du Père. Et quand nous vivons en Eglise domestique, lui à son tour sera toujours le bienvenu chez nous.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

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