(Dimanche des rameaux : Isaïe 50, 4-7 ; Philippiens 2, 6-11 ; Luc 22,14—23,56)

Les grandes lignes de la Passion se ressemblent dans les quatre Evangiles, mais il se trouve des détails uniques dans chacun d’eux. St Luc, par exemple, a conservé les paroles de Jésus aux femmes qu’il a rencontrées sur la route du Calvaire : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! » Une image pénible semblable est présentée par Notre Dame de la Salette : « Les enfants au-dessous de sept ans prendront un tremblement et mourront entre les mains des personnes qui les tiendront. »

Ceux qui ont perdu un enfant peuvent comprendre la douleur évoquée par ces paroles. A la Salette Marie pleure, en quelque façon, sur elle-même et sur ses enfants, son peuple. Ses larmes sont source de consolation pour nous. En même temps elles constituent une invitation renouvelée à retourner au Seigneur de tout notre cœur.

Cela me fait penser à d’autres textes bibliques : « On n’y entendra plus de pleurs ni de cris. Là, plus de nourrisson emporté en quelques jours, ni d’homme qui ne parvienne au bout de sa vieillesse » (Isaïe 65, 19-20) ; « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé » (Apocalypse 21, 4).

L’ancien domaine du péché et de la mort fut remplacé par l’ordre nouveau de la grâce—de l’espoir, de la vie, de l’amour—par la mort de Jésus, et sa résurrection.

La Passion selon st Luc cite aussi trois « dernières paroles » de Jésus que ne se trouvent pas dans les autres Evangiles.

La première : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » A la Salette, la Vierge rend péniblement claires nos offenses, mais nous rassure qu’elle prie sans cesse pour nous.

La seconde s’adresse à un criminel avoué : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » La Belle Dame signale l’importance de les bienfaits de la conversion.

La troisième : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » En nous encourageant à prier, Marie nous apprend à adopter l’attitude de Jésus : la confiance absolue.

Aucune de ces ressemblances ne devrait pas nous surprendre, car elles viennent de celle qui se tenait près de la croix sur le Calvaire, et qui a pleuré sur nous à la Salette.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Le meilleur reste à venir

(5edimanche de Carême : Isaïe 43, 16-21 ; Philippiens 3, 8-14 ; Jean 8, 1-11))

St Paul écrit qu’il a accepté la perte de toutes choses à cause du Christ. Quelles choses ? Dans les versets qui précèdent immédiatement le passage en question, il déclare : « Pour la justice que donne la Loi, j’étais devenu irréprochable. » Il était le pharisien par excellence, au sens meilleur du terme ; il aimait la Loi du Seigneur et s’efforçait à l’observer parfaitement.

Dans son monde l’enjeu était énorme, mais comparé à « ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus », il considérait tout le reste comme des ordures. Et il conclut : « Oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus. »

Isaïe va même jusqu’à nous dire d’oublier les anciennes merveilles du Seigneur, car ce qui doit venir les dépasse : « Voici que je fais une chose nouvelle. »

L’Evangile d’aujourd’hui s’intitule ordinairement, ‘La femme surprise dans l’adultère.’ Cependant, dans l’esprit des lectures d’aujourd’hui, on devrait mettre, ‘La femme sauvée par Jésus.’ Sauvée de deux façons, des pierres et du péché. On doit croire qu’en même temps que Jésus lui dit, « Va, et désormais ne pèche plus, » il lui donna la possibilité de vivre une autre vie. Son avenir serait plus important que son passé.

C’est là le but de la conversion, qui est la finalité du Carême. C’était l’espoir dans lequel la Belle Dame est venue à la Salette. Son peuple avait été ‘surpris’ dans son péché est se trouvait devant la punition. Son Fils se trouvait se trouvait, encore, dans la situation de laisser punir ou d’offrir le salut. Sa préférence ne se laisse pas douter, et le message pour nous est le même que la femme a entendu : Allez, et désormais ne péchez plus.

Est-ce donc vraiment possible ? En fait, oui. Pécher, c’est tourner le dos à Dieu. La conversion signifie retourner ver lui, chercher sa grâce et sa force, redécouvrir la joie de son amour et en vivre. Notre vie chrétienne aura ses imperfections, mais vivre dans le Christ nous nous rappellera que c’est lui qui sauve. Nous semons dans les larmes mais, par son pouvoir, nous moissonnerons dans la joie.

La Salette nous amène à la même conviction, que le meilleur reste à venir.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Laissez-vous réconcilier

(4edimanche de Carême : Josué 5, 9-12 ; 2 Corinthiens 5, 17-21 ; Luc 15, 11-32)

La deuxième lecture d’aujourd’hui se voit aussi dans la messe en honneur de Notre Dame de la Salette, et tient place d’honneur dans le cœur des Missionnaires de la Salette. Elle décrit notre mission parfaitement : « Nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »

Le récit du Fils prodigue dans l’Evangile démontre la façon dont la réconciliation se réalise. Le fils dépourvu a besoin de ce que son père possède. Il décide donc de s’humilier pour le demander. Mais le père aussi a besoin de quelque chose. Il désire pour son fils la santé, le bonheur, la sécurité. Alors, quand se présente l’occasion, il fait de sorte pour obtenir son but : il accueille son fils chez lui—et avec quel accueil !

On ne peut être réconcilié avec Dieu sans le vouloir, sans en avoir besoin. Nos motifs ne sont peut-être pas parfaits, mais quand même nous devons nous humilier devant lui. Et alors on découvre que la réconciliation était là déjà, elle attendait seulement qu’on l’accepte. En ce moment nous découvrons aussi que le Père désirait intensément notre retour. On pourrait dire qu’il en avait besoin, aussi.

Nous pouvons voir ce phénomène dans le Sacrement de la Pénitence, que l’on nomme plus souvent aujourd’hui Sacrement de la Réconciliation. Là aussi nous trouvons le Père disposé à nous accueillir quand nous sommes prêts à retourner.

Deux autres paraboles se trouvent avant l’histoire de l’enfant prodigue. Ce sont la Brebis perdue et la Monnaie perdue. Les deux finissent en nous disant quelle joie il y a au ciel quand un pécheur se convertit.

Le fils ainé, dorénavant le seul héritier, n’a rien à perdre par le retour de son frère, mais il n’a ni désiré ni senti le besoin de cette réconciliation. Cela lui semble un non-sens, voire injuste.

Parfois la réconciliation nécessite la rétribution, la réparation. Ce ne sont pas la même chose. La réconciliation est moins question de juste que de rapport. L’enfant prodigue a perdu sa position d’héritier légitime, mais il a retrouvé son rapport vital avec son père.

Tout au sujet de la Salette concerne ce lien vital. Laissez-vous réconcilier avec Dieu !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Comparer et opposer

(3edimanche de Carême : Exode 3, 1-15 ; 1 Corinthiens 10, 1-12 ; Luc 13, 1-9)

A un moment ou l’autre de notre éducation la plupart de nous ont reçu un devoir qui consistait à analyser les ressemblances et les différences entre deux auteurs, événements historiques, etc. Je ne peux résister à la tentation de comparer et opposer la Salette et notre lecture de l’Exode.

Dieu dit à Moïse : « N’approche pas d’ici ! »

La Belle Dame dit : « Avancez, mes enfants. »

Dieu dit : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple... Oui, je connais ses souffrances. »

Marie, en pleurs, décrit les souffrances de son peuple.

Dieu : « Je suis descendu pour le délivrer et le faire monter vers un pays, ruisselant de lait et de miel. »

La Vierge : « Je suis ici pour vous conter une grande nouvelle... les pierres et les rochers deviendront des monceaux de blé. »

St. Paul écrit que ce qui est arrivé aux ancêtres du peuple juif dans le désert sert d’exemple, d’avertissement, aux lecteurs chrétiens. Et Jésus, au moyen de ses paraboles, invite ses disciples à comparer et opposer ses paroles à leur vie.

En particulier, Jésus compare ses auditeurs aux victimes de deux désastres. « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. »

Cette citation figure d’une façon significative dans un détail de l’histoire de la Salette. Le 3 novembre 1874, le P. Sylvain-Marie Giraud, Supérieur général des Missionnaires de Notre Dame de la Salette, fut reçu en audience avec le pape Pie IX. P. Giraud demanda ce qu’on doit penser des ‘secrets’ de la Salette, que Mélanie et Maximin avaient envoyés au Saint-Père—pour ses yeux seuls—plusieurs années auparavant. Pie IX répondit : « Ce qu’il faut en penser ? Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous !... Voilà ce qu’il faut en penser ! »

Avec cette parole, le pape indiquait qu’il attachait peu d’importance aux secrets comme tels. Cela a toujours été la position des Missionnaires de la Salette, aussi. Ce que l’on considère la norme, c’est le message approuvé en 1851 par l’Evêque de Grenoble.

Et ce message peut se résumer par une autre comparaison, du psaume d’aujourd’hui : « Comme le ciel domine la terre, fort est amour du Seigneur pour qui le craint. »

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Le don gratuit de Dieu

(2edimanche de Carême : Genèse 15, 5-18 ; Philippiens 3, 17-4,1 ; Luc 9, 28-36)

Dans la discussion au sujet de la valeur de la foi et des œuvres il n’y a pas de texte plus essentiel que Genèse 15, 6 : « Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu’il était juste. » St Paul commente longuement dans Romains 4.

Le psaume 142, 2 plaide : « N'entre pas en jugement avec ton serviteur : aucun vivant n'est juste devant toi. » La foi d’Abram, donc, ne donne pas preuve de sa droiture devant Dieu, mais le Seigneur la lui ‘estima’, comme pour dire, ce n’est pas parfait mais ça va suffire.

Il est important de nous souvenir de cela quand nous réfléchissons sur la Salette. La conversion que Marie désire ne consiste pas seulement à respecter le nom du Seigneur et le jour du Seigneur, à observer le carême et prier avec fidélité. L’importance de ces attitudes ou activités tient de la foi qui les accompagne.

Jacques 2, 26, cependant, raisonne que la foi sans les œuvres est morte. En autres mots, la foi requiert expression concrète dans la teneur de notre vie.

Ni la foi ni les œuvres ont le pouvoir de nous rendre justes. Cela est le don gratuit de Dieu, à Abram et à nous. C’est dans sa miséricorde qu’il choisir de considérer notre foi forte et nos œuvres grandes.

Souvent nous désirons ce qui est au-delà de nous. « Nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, » écrit st Paul. Il décrit notre statut comme inachevé, dans l’attente que Jésus le complètera.

Jésus a choisi seulement trois de ses apôtres comme témoins de sa transfiguration sur la montagne. Cela aussi fut un don gratuit qu’ils ne méritaient pas. Pierre a bien raison de dire, « Maître, il est bon que nous soyons ici ! » Il comprenait la nature privilégiée de l’événement.

Beaucoup de pèlerins de la Salette ont le même sentiment. La montagne même suggère la hauteur spirituelle à laquelle la Belle Dame veut nous élever.

Le 19 septembre 1846, après que la Vierge a disparu, Mélanie dit à Maximin que la Dame devait être une grande sainte. Maximin répondit, « Si j’avais su cela, je lui aurais demandé de m’amener avec elle. » Oui, avec son aide nous pouvons oser prier les paroles du psaume d’aujourd’hui : « J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. »

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Profession de foi

(1er dimanche de Carême : Deutéronome 26, 4-10 ; Romains 10, 8-13 ; Luc 4, 1-13)

Le rite de la récolte prescrit par Moïse raconte comment Dieu a sauvé son peuple de l’esclavage. Ça prend la forme d’un récit historique, mais c’est plutôt une profession de foi en le Dieu sauveur.

St Paul nous invite à affirmer notre foi : « Si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. »

La foi, une foi vive, est le fondement de toute vie chrétienne. Elle s’exprime de façon communautaire et de façon personnelle. Nous trouvons les deux à la Salette.

Le carême, une tradition communautaire, existe dans l’Eglise depuis plusieurs siècles. A l’époque de l’Apparition, les pratiques de pénitence associées à cette saison étaient plus rigoureuses qu’aujourd’hui, surtout quant au jeûne. Notre Dame de la Salette se réfère directement à ce que son peuple ignore totalement cette discipline annuelle.

Quant à l’expression personnelle de la foi, la Vierge mentionne l’importance de la prière—rien de compliqué, mais au moins ce qui suffit pour maintenir contact quotidien avec Dieu, soir et matin. Davantage quand on peut mieux faire.

La foi elle-même est communautaire, en autant que nous partageons le même credo. Elle est personnelle, aussi, mais pas dans le sens d’être libre à choisir à quoi croire ou ne pas croire. C’est plutôt dans les sens que chacun de nous est unique, et ainsi nous ne répondons pas tous avec la même intensité à chaque aspect de notre foi. Pour ceux qui sont très liés à la Salette, par exemple, la réconciliation, en toutes ses formes, résonne d’une façon spéciale.

En effet, c’est comme cela que ces réflexions sont composées, en écoutant les échos, de part et d’autre, entre les Saintes Ecritures et l’événement, le message et le mystère de la Salette.

Le carême est un temps pour ranimer la foi personnelle dans le contexte de la foi de l’Eglise, pour nous rappeler que nous ne vivons pas seulement de pain (ni de viande).

Portez attention à votre réponse intérieure en abordant les lectures de la messe. Vous pourrez y découvrir une nouvelle profondeur dans votre rapport avec le Christ, un appel plus fort pour vivre selon son enseignement, une conviction plus solide dans votre profession de foi.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

La parole : dite, écrite, vécue

(8edimanche du Temps ordinaire : Ben Sira 27, 4-7 ; 1 Corinthiens 15, 54-58 ; Luc 6, 39-45)

Le Livre de Ben Sira le Sage, plein de bon sens, fait partie de la littérature de Sagesse. Il en est de même souvent pour l’enseignement de Jésus. Ainsi nous avons aujourd’hui deux dictons presque interchangeables.

Ben Sira écrit : « C’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre ; ainsi la parole fait connaître les sentiments. » Et Jésus dit : « Chaque arbre se reconnaît à son fruit… ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. »

Ainsi, quand quelqu’un en colère prononce le nom de Jésus, quel fruit voyons-nous ? A la Salette Marie parle directement là-dessus. Son peuple, son peuple chrétien, en abusant de cette façon le nom de son Fils, révèle un cœur peu chrétien.

Quelqu’un dira peut-être, « Je ne veux rien dire par cela. » Mais ça rend la situation encore pire. Comment peut-on prononcer ce nom comme s’il était sans importance ? N’oubliez pas ce que st Pierre a dit au Sanhédrin : « En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. »

Considérant cela d’un autre côté, il y a la Parole de Dieu, dans les Saintes Ecritures. Dans les Evangiles, le mot ‘écrit’ advient environ cinquante fois, invoquant l’autorité de la Parole de Dieu pour résoudre une question ou démontrer un point, comme le fait st Paul quand il écrit, « Alors se réalisera la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. »

La Belle Dame se plaint que son peuple ne montre aucun intérêt à entendre la Parole de Dieu. « Il ne va que quelques femmes un peu âgées à la messe. » Il y a loin des mots de Jésus : « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! » (Luc 11, 28)

La majorité de nous doit compter sur les traductions pour comprendre les Ecritures. A la Salette, Marie passa au patois local quand elle s’est aperçue que les enfants ne comprenaient pas ce qu’elle leur disait en français. Cela montre l’importance, pour elle, qu’ils fassent passer son message à tout son peuple.

C’est ainsi que la Parole toute importante de Dieu doit se traduire non seulement dans les nombreuses langues du monde, mais aussi dans le seul langage qui compte vraiment, celui de notre vie.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Transformé

(7ème dimanche ordinaire : 1 Samuel 26, 2 ; 7-9 ; 22-23; 1 Corinthiens 15, 45-49 ; Luc 6, 27-38)

Le pouvoir transformateur de la grâce de Dieu est merveilleusement démontré par son pardon, éloquemment décrit par le psalmiste : « Aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés. » (Voyez aussi Michée 7, 19 et Isaïe 38, 17.)

La bible parle ouvertement des péchés de David ; mais elle dit aussi que son cœur était « tout entier au Seigneur. » (1 Rois 11, 4) Il refusa de tuer Saül, son ennemi, parce que celui-ci avait reçu l’onction du Seigneur.

La réflexion de Paul au sujet de l’homme terrestre et de l’homme céleste est mystérieux, mystique. Lui aussi a de la peine à expliquer le changement qui se produira certainement dans la résurrection.

Les demandes que Jésus impose à ses disciples nous sont tellement familières qu’on pourrait manquer d’apercevoir comment elles devaient paraître, à son auditoire, contraires à la logique. Elles supposent une conversion sérieuse. « Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux » —c’est plus facile à dire qu’à faire.

Marie à la Salette demande, elle aussi, le changement. La conversion nous est déjà difficile, mais la soumission est désagréable, même quand la promesse d’abondance l’accompagne.

Nous avons peut-être signe qu’une telle transformation est possible, dans Maximin et Mélanie eux-mêmes, quoique pas dans le sens moral. Lors des interrogations, ils ont montré une persévérance et une intelligence bien au-delà de ce qu’une personne raisonnable aurait pu s’attendre d’eux. Quand ils parlaient de l’Apparition, Mélanie devenait moins taciturne, Maximin plus calme.

Tout enfant comprend le lien qui existe entre les larmes et la vie, et avec les situations qui cherchent la consolation : la douleur, le chagrin, la peur, etc. Quand des enfants visitent un Sanctuaire de la Salette pour la première fois, ils s’attristent pour la Belle Dame, et demandent à leurs parents, « Pourquoi pleure-t-elle ? »

Marie elle-même répond à cette question. Son peuple a oublié son Fils. Cela ne doit pas continuer. Elle se voit chargée de le prier sans cesse pour nous. Nous ne pourrons jamais récompenser les peines qu’elle a prises pour nous ; ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas essayer.

La grâce transformatrice de Dieu est puissante à la Salette, pas seulement sur la Sainte Montagne mais dans tous ceux qui prennent à cœur les paroles de la Vierge, ainsi que ses larmes et sa tendresse.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

L’un ou l’autre

(6edimanche ordinaire : Jérémie 17, 5-8 ; 1 Corinthiens 15, 12-20 ; Luc 6, 17-26)

Toutes les lectures, y compris le Psaume, contiennent une sorte d’ultimatum. Mets ta foi dans le Seigneur, tu seras sans inquiétude ; sinon, tu ne verras pas venir le bonheur. Si tu n’aimes pas la Loi de Dieu, tu seras comme la paille déblayée par le vent. Le seul espoir de notre salut repose sur la résurrection de Jésus. Malheur à toi si tu es riche, repu, riant, bien estimé.

Dans le message de la Salette : ou nous ne voulons pas nous soumettre, ou nous nous convertissons.

Le texte de l’Evangile ressort de cette série par sa différence : il n’exige pas que nous choisissions entre la pauvreté et la richesse.

Les béatitudes chez st Mathieu reviennent plus facilement à la mémoire, et nous oserions presque penser qu’en général on les préfère. La version de st Luc est sans ambages, même troublante. Est-ce vrai qu’il vaut mieux être pauvre que riche ?

La question n’est pas d’ordre moral, comme si les pauvres étaient bons et les riches mauvais. Il existe des textes dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau, ou la richesse est presque synonyme du mal ; là on souligne les dangers de la richesse : cupidité, égoïsme, injustice. Mais ici, chez st Luc, il n’y a pas question de tout cela. Il s’agit plutôt d’une juste perception du bonheur.

La Belle Dame comprenait bien l’angoisse de son peuple face à la possibilité de ne plus avoir du pain à manger. Comme Jérémie, elle nous exhorte à ne pas confier en nous-mêmes mais en Dieu, en honorant le jour du Seigneur. 

La réaction spontanée devant un ultimatum est de le rejeter. Les prophètes auraient certes préféré d’autres moyens pour persuader leurs auditeurs. Dieu sait qu’ils ont fait leur possible, mais le peuple choisi continuait à suivre le chemin vers la destruction. 

Les enfants que ne grandissent pas comme il faut, ou les adultes qui éprouvent une détérioration anormale, on besoin d’un traitement particulier. Nous pouvons appliquer cette notion également à la vie spirituelle.

Ou nous fleurissons, ou nous périssons. L’objectif du prophète, du psalmiste, de st Paul, de Jésus et de Notre Dame de la Salette est de veiller à notre bien-être spirituel. Autrement dit, pour citer Jean 10 :10, ils veulent, tous, que nous ayons la vie, la vie en abondance.

En bonne compagnie

(5edimanche du Temps ordinaire : Isaïe 6, 1-8 ; 1 Corinthiens 15, 1-11 ; Luc 5, 1-11)

Nous avons souvent fait remarquer dans ces réflexions que Mélanie et Maximin, en raison de leur place dans la société, de leur manque d’éducation, de leur caractère personnel, étaient peu préparés pour une révélation du ciel. Nos lectures, aujourd’hui, démontrent qu’ils étaient en bonne compagnie.

« Malheur à moi ! je suis perdu, » s’écrie Isaïe, sachant bien qu’il n’était pas digne d’être témoin de la gloire de Dieu. St Paul dit qu’il est « le plus petit des Apôtres, pas digne d’être appelé Apôtre, » à cause de son passé de persécuteur de l’Eglise. Et quand St Pierre a vu la pêche miraculeuse, par instinct il demanda à Jésus de ne rien avoir à faire avec un pécheur comme lui.

Il ne s’agit pas de fausse humilité ; chacun d’eux dit la vérité. Mais en même temps, chacun d’eux répond à l’appel qui accompagne l’expérience. Isaïe offre ses services : « Me voici : envoie-moi ! » Pierre et ses compagnons ont tout quitté afin de suivre Jésus. Et Paul témoigne comment Dieu s’est servi de lui : « Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce, venant en moi, n’a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi. »

Comme Isaïe, Paul, Pierre, Maximin et Mélanie, il n’y a personne qui mérite la place reçue dans le plan de Dieu. Seuls, nous ne pouvons rien. « Tu fis grandir en mon âme la force, » selon le psalmiste.

Jésus savait bien ce qu’il faisait, ce jour-là, sur la Mer de Galilée. Marie comprenait bien ce qu’elle faisait, ce jour-là dans les Alpes françaises. Les deux avaient besoin de témoins capables, et les meilleurs témoins sont ceux qui n’auraient jamais pu inventer les choses qu’ils disent, et qui n’ont aucune raison de le faire.

Immédiatement après sa réponse à l’appel, Isaïe apprend que le peuple ne l’écoutera pas. Certaines lettres de Paul se dévouent principalement à corriger les erreurs doctrinales ou morales dans les communautés qu’il avait fondées. Dans chaque évangile on voit bien les faiblesses de Pierre. Mélanie et Maximin furent mis de côté quand leur mission a été assumés par l’Eglise. Sont-ils des ratés ? Non.

La sainteté ne requiert pas le succès. L’important c’est d’être fidèle jusqu’au bout, comme eux, malgré les obstacles en nous et autour de nous.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

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