Un plan bien pensé

(23edimanche ordinaire : Sagesse 9, 13-18 ; Philémon 9-17 ; Luc 14, 25-33)

D’habitude la première lecture est choisie en fonction de l’Evangile du jour, mais aujourd’hui le lien entre elles n’est pas, au premier abord, évident.

En entendant la parole de Jésus qui nous dit de haïr nos parents, nos frères et sœurs, et nous-mêmes, nous sommes portés à penser qu’il ne faut penser cette parole à la lettre. N’est-ce pas Jésus qui nous a dit d’aimer nos ennemis ? Il s’agit sans doute d’un de ses propos énigmatiques.

Peut-être. Mais, au fond, l’expression n’est pas tellement étrange. Les deux paraboles, de la construction d’une tour et de la préparation à une bataille, vont dans la même direction. Il n’y aurait pas de sens à commencer de bâtir sans prévoir les moyens pour terminer le travail. Il serait insensé de mobiliser la milice sans aucun espoir en la victoire. Il s’agit là de la sagesse humaine élémentaire.

C’est ici que nous trouvons le lien avec notre lecture du Livre de la Sagesse, qui fait partie d’une longue prière attribuée à Salomon. « Les réflexions des mortels sont incertaines, et nos pensées, instables, » dit-il. Sans la sagesse qui vient de Dieu, Salomon ne peut pas espérer de bien gouverner ; mais il se confie au Seigneur pour le guider.

Toutes les cultures ont eu des maîtres de la sagesse. Certains philosophes ont exercé une profonde influence sur leur société ; plusieurs anciens penseurs sont encore de nos jours le sujet d’étude et d’analyse, tandis que des nouvelles philosophies cherchent leur place dans l’histoire.

Jésus était, lui aussi, un sage, mais plus encore il exigeait que ses disciples comptent sur lui seulement, prêts à tout lui donner, même au prix de porter une croix. Ce n’est pas de la philosophie abstraite mais d’une sagesse tout à fait pratique.

Nous trouvons cela aussi dans le discours de Notre Dame de la Salette. En utilisant des exemples bien concrets—la violation des commandements, les conséquences de la désobéissance, la présence de Dieu, pleine de sollicitude, dans notre vie—elle nous montre les qualités du vrai disciple.

Dans le Psaume d’aujourd’hui nous prions : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse. » En nous réprimandant, la Belle Dame n’a pas voulu nous faire peur, mais plutôt nous aider à bien penser un plan pour vivre notre engagement chrétien.

La dernière place

(22edimanche ordinaire : Ben Sira 3, 17-29 ; Hébreux 12, 18-24 ; Luc 14, 7-14)

En apparaissant dans les Alpes, la Vierge a suivi la maxime de la première lecture : « Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser. » Elle n’a pas choisi la dernière place au sens géographique, mais elle s’est associée aux humbles—non seulement à deux enfants ignorants mais, plus généralement, aux gens du pays.

La vie des montagnards n’a jamais été facile. En 1846 elle était plus dure qu’à l’ordinaire. Les récoltes gâtées du blé et des pommes de terre avaient alarmé les gens, et avec raison. Entre-temps les cultivateurs d’autres régions, qui avaient de bonnes récoltes, ne voulaient pas vendre leurs produits, haussant les prix au-delà des moyens des pauvres. Même M. Giraud, le papa de Maximin, qui était un peu moins pauvre que d’autres, s’en inquiétait.

Notre niveau de vie nous est important. Nous admirons St François d’Assise et d’autres qui ont embrassé volontairement la pauvreté, mais peu d’entre nous sont attirés à les suivre.

Dans certains cas, nous pourrions peut-être accepter une certaine baisse de nos fortunes. Mais nous ne prendrions pas spontanément la dernière place. Ceux qui décident de vivre de manière plus simple sont normalement en mesure de satisfaire leurs désirs et leurs besoins.

Mélanie appartenait à une famille excessivement pauvre. Ses parents n’avaient pas d’autre choix que de l’envoyer travailler, dès l’âge de huit ans, dans les fermes de la région de Corps, pour que sa famille ait une bouche de moins à nourrir, du moins en été. Leur maison était située au bout de la rue plus pauvre de la ville, la dernière place. Dans une ville plus importante, elle aurait été qualifiée de bidonville.

En choisissant Mélanie, la Vierge l’a d’une certaine manière sortie de ce monde-là, lui conférant une dignité qu’elle n’aurait jamais connue autrement. Qui aurait prévu que l’on se souviendrait d’elle plus que cent ans après sa mort ?

Mélanie n’est pas devenue riche. Toute sa vie elle devait compter sur la bonté d’autrui. Elle pouvait recueillir pour elle-même les paroles du Magnificat : « Il s’est penché sur son humble servante. » Si elle n’avait pas été si humble, peut-être n’aurait-elle jamais été choisie.

Un fruit de paix et de justice

(21edimanche ordinaire : Isaïe 66, 18-21 ; Hébreux 12, 5-13 ; Luc 13, 22-30)

L’auteur de la Lettre aux Hébreux démontre son bon sens quand il écrit, « Quand on vient de recevoir une leçon, on n’éprouve pas de la joie mais plutôt de la tristesse. » Qui parmi nous n’a pas éprouvé cette expérience ? Parents, précepteurs, chefs, et d’autres encore, ont la responsabilité de nous indiquer nos faillites et nos fautes, et d’agir en sorte de les corriger.

La Sainte Vierge se trouvait dans cette situation. Son peuple avait besoin d’être corrigé de maintes façons. Les péchés particuliers qu’elle a énumérés, ne constituaient pas une liste complète, mais dénommaient les symptômes d’une maladie spirituelle plus profonde.

Son but était de présenter un diagnostic et une cure. Le mal était sévère, donc la cure devait être agressive, commençant par un remède amer : la soumission.

A l’époque des prophètes le remède a pris la forme de l’exile. Mais Isaïe savait qu’à quelque chose malheur est bon. « Je mettrai chez les nations un signe ! Et, du milieu d’elles, j’enverrai des rescapés vers les nations qui n’ont rien entendu de ma renommée, qui n’ont pas vu ma gloire ; ma gloire, ces rescapés l’annonceront parmi les nations. » En conséquence, les gens de plusieurs nations se tournaient au Seigneur.

Durant l’exile, donc, le peuple de Dieu retourna à sa foi. Malheureusement, comme nous le lisons dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus a prévu une époque où des gens de toutes les parties du monde entreraient dans le royaume de Dieu, tandis que son propre peuple serait rejeté, non plus reconnu au moment de demander l’admission.

La Belle Dame nous dit qu’une meilleure fin est possible pour ceux qui prennent à cœur son message. La discipline qu’elle propose, comme celle mentionné dans Hébreux, « produit un fruit de paix et de justice, quand on s’est repris grâce à la leçon. »

Isaïe a prophétisé le retour des exilés à la sainte Montagne de Dieu. L’expression, ‘la sainte Montagne,’ se trouve une vingtaine de fois dans l’Ancien Testament. Pour les salettins, Missionnaires, Sœurs, Laïques, la sainte Montagne se réfère invariablement à l’endroit dans les Alpes françaises où Marie est apparue.

Sur sa sainte Montagne elle invite une différente espèce d’exilés à retourner, non pas à une place particulière mais au Seigneur lui-même, qui sanctifie tout lieu qu’il veut, où ils peuvent trouver un fruit de paix et de justice.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

La jérémiade de Marie

(20edimanche ordinaire : Jérémie 38, 4-10 ; Hébreux 12, 1-4 ; Luc 12, 49-59)

On n’entend jamais parler d’une isaïade, ni d’une hoséade, ni d’une ézékiélade. Par contre, une jérémiade signifie une lamentation ardente, telle qu’on trouverait chez Jérémie. Non seulement est-ce que le Livre des Lamentations s’attribue généralement à lui, mais nul autre prophète a été tellement opposé dans sa mission, ni si mécontent dans sa vocation.

Certains éléments du message de Notre Dame de la Salette porte le caractère d’une jérémiade. Elle se plaint de la futilité apparente de ses efforts pour son peuple : « pour vous autres, vous n'en faites pas cas. »

Dans Jérémie 14, 17 nous lisons : « Que mes yeux ruissellent de larmes nuit et jour, sans s’arrêter ! Elle est blessée d’une grande blessure, la vierge, la fille de mon peuple, meurtrie d’une plaie profonde. » De même la Belle Dame pleure sur son peuple—mais aussi sur son Fils crucifié, dont elle porte l’image sur son cœur.

La croix était non seulement un instrument de torture, mais aussi de honte, comme le dit très clairement la Lettre aux Hébreux : Jésus « a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice. »

Crucifié entre de vrais criminels près d’une entrée de la cité, dépourvu, moqué, nu aux yeux de quiconque, Jésus a souffert des humiliations que l’on a peine à imaginer. Cela faisait partie du baptême que Jésus devait recevoir, que l’on voit décrit dans l’évangile.

L’image de Jésus crucifié est le symbole le plus puissant de l’amour de Dieu pour nous. Mais Jésus lui-même a reconnu que plusieurs le rejetteraient, et que la foi en lui résulterait en divisions. Cela n’est pas moins vrai aujourd’hui qu’alors.

C’est peut‑être pour cela que beaucoup de chrétiens portent une croix, « l’emblème de la honte et du supplice, » selon un fameux hymne américain. Nous reconnaissons que nous ne sommes pas dignes du grand don que Jésus a gagné pour nous. Il a enduré la croix, et il n’y a pas de honte à être son disciple.

Maximin a dit que se première pensée en voyant la Dame était qu’elle avait été battue et s’était évadée dans la montagne pour pleurer tout son saoul. Oui, les yeux de Marie ruisselaient de larmes à la Salette. Vivons de façon à consoler son cœur affligé.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Le trésor de la foi

(19edimanche ordinaire : Sagesse 18, 6-9 ; Hébreux 11, 1-2, 8-19 ; Luc 12, 32-48)

« Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu, heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine ! » Cette phrase tirée du psaume d’aujourd’hui trouve son écho dans la deuxième lecture : « Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu. »

Cela, comme y insiste l’auteur de la Lettre aux Hébreux, c’est parce qu’Abraham et les autres patriarches ont agi ‘grâce à la foi.’ Les générations subséquentes n’ont pas été aussi fidèles. Le psaume 94 exprime la frustration de Dieu avec son peuple durant leur séjour dans le désert : « Quarante ans leur génération m'a déçu, et j'ai dit : Ce peuple a le cœur égaré, il n'a pas connu mes chemins. »

Il en est de même à la Salette. Marie pleure sur les souffrances de son peuple, c’est certain, mais aussi sur son cœur égaré. Il a oublié le privilège d’avoir été choisi.

Dieu s’est choisi un peuple ; il le traita comme patrimoine personnel. Il s’attendait en retour que ce peuple voie en lui son plus grand trésor. « Je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple, » voilà l’en des thèmes plus importants qui reviennent dans la bible.

Nous en voyons la réalisation dans la libération de l’esclavage des descendants d’Abraham. Notre lecture de la Sagesse dit qu’ils ont pris courage précisément parce qu’ils avaient foi dans les promesses de Dieu.

C’est un peu mystérieux qu’un croyant puisse perdre sa foi. C’est peut-être parce que lafoi n’est pas devenue leurfoi ; en d’autres mots, elle n’est pas profondément personnelle. Quand la pratique religieuse n’est plus qu’une habitude, elle ne nourrit pas l’âme. On ne reconnaît pas les dons qu’offrent les sacrements.

Ou bien, c’est peut-être parce qu’on ne veut pas accepter les demandes morales imposées par une foi vécue. Ce fut, par exemple, une grande part de la lutte de st Augustin avant finalement d’être baptisé. Notre foi doit faire face aussi à tant d’épreuves.

Jésus dit, « Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. » Il n’y a pas à douter où se trouve le trésor de la Belle Dame : « Mon peuple… Mon Fils. » Par ses paroles et par ses pleurs elle révèle son amour constant pour les deux.

C’est cet amour qui l’a motivée à venir et à nous appeler à vivre de la foi et apprécier le trésor que nous possédons.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Pensez aux réalités d’en haut

(18e dimanche ordinaire : Ecclésiaste 1, 2 et 2, 21-23 ; Colossiens 3, 1-11 ; Luc 12, 13-21)

Toutes les lectures aujourd’hui nous mettent en garde contre la convoitise et la confiance dans les possessions. St Paul résume ces idées avec concision : « Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. »

Et pourtant, la moitié du message de Notre Dame de la Salette se concerne beaucoup avec les choses de la terre : des noix vermoulues, des raisins pourris, du blé et des pommes de terre gâtés ou abondants et, le pire de tour, de la mort des petits enfants.

Elle ne pouvait certes pas dire à son peuple de ne pas se préoccuper de ces choses. Elle pleurait avec eux. Ce qui les touche lui importe. Ces choses ne sont pas vanité.

Mais elle souligne aussi que son peuple ne pense guère aux réalités d’en haut. Bien avant de début de la famine, ils semblent avoir eu peu de temps pour Dieu. La religion était devenue le domaine de « quelques femmes un peu âgées. »

Dans le Psaume d’aujourd’hui nous prions : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse. » Cela signifie vivre dans la présence de Dieu, non dans la hantise de la mort. Deux chapitres après le « vanité des vanités » de l’Ecclésiaste, nous lisons qu’il y a « un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir. »

La Belle Dame sait que, entre la naissance et la mort, il y a bien des choses à craindre dans la vie ; mais, auprès d’elle, nous ne devons plus avoir peur. Sous sa direction, nous pouvons arriver à la sagesse du cœur. Mais, il n’y a pas de contradiction à dire qu’elle va nous apprendre la crainte du Seigneur.

Le Livre de Ben Sira le Sage, 1, 14, est l’un des trois versets de la Bible où il est dit : « La sagesse commence avec la crainte du Seigneur. » Mais lisez le chapitre en entier, et vous apprendrez que la crainte du Seigneur est aussi l’accomplissement, la couronne, la racine de la sagesse ; « elle réjouira le cœur ; elle procure plaisir, joie et longue vie » ; elle est « gloire et fierté, joie et couronne d’allégresse. »

Qu’y a-t-il de plus désirable ?

Les premières paroles de la Belle Dame, « Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, » indique la teneur de ce qui doit suivre. En lisant chaque partie du message, aussi affligeante soit-elle, nous devons continuer d’entendre : n’ayez pas peur… n’ayez pas peur…. Cela nous aidera à penser calmement et paisiblement aux réalités d’en haut.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Prière persévérante

(17e dimanche ordinaire : Genèse 18, 20-32 ; Colossiens 2, 12-14 ; Luc 11, 1-13)

« Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse—dit la Vierge de la Salette. Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récom­penser la peine que j'ai prise pour vous autres. »

Abraham, plaidant en faveur des personnes innocentes qui risquent de mourir dans la destruction de Sodome et Gomorrhe, est, pour dire le moins, persistant. Sa prière est audacieuse : « Loin de toi de faire une chose pareille ! … J’ose encore parler à mon Seigneur. »

Quand Jésus a appris à prier à ses disciples, il a tout d’abord déligné brièvement les espèces de chose pour lesquelles prier. Ensuite, avec la parabole de l’ami importun, il insiste sur le besoin de persévérer dans la prière, de prier avec audace. Enfin il inspire confiance : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. »

St Paul mentionne « le billet de la dette qui nous accablait. » Dans ce contexte, un billet c’est une obligation légale qui, si elle n’est pas acquittée, entraine la perte d’argent ou d’autre objet de valeur, même la vie. Par la mort et la résurrection de Jésus, Dieu a effacé cette obligation et pardonné tous nos péchés.

Cela ne signifie pas que les chrétiens n’ont plus d’obligations. Ils ont le devoir d’être fidèles à Dieu, qui a envoyé son Fils pour nous sauver, ils doivent apprendre sa volonté et l’accomplir de leur mieux.

Malheureusement, ce ne fut pas toujours le cas. A la Salette la Belle Dame a vu chez son peuple le manque de respect envers son Fils et, plu généralement, pour les choses de Dieu. Pas surprenant qu’elle a parlé particulièrement de la prière—la sienne et la nôtre.

S’adressant à deux enfants ignorants, elle reste simple : un Pater, un Ave Maria, davantage quand vous pouvez mieux faire. Mais notre prière devrait vraiment ressembler plus à la sienne. Nous devons prendre conscience de ce qui se passe en nous et autour de nous, et présenter continuellement au Seigneur nos soucis et nos sentiments, comme le psalmiste qui, aujourd’hui, rend grâce, mais parfois aussi lance un crie de désespoir, ou se plaint, ou demande pardon, etc.

Notre Dame de la Salette, Réconciliatrice des Pécheurs, priez sans cessepour nous qui avons recours à vous !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Accueillir la Parole

(16edimanche ordinaire : Genèse 18, 1-10 ; Colossiens 1, 24-28 ; Luc 10, 38-42)

« Ce Christ, nous l’annonçons : nous avertissons tout homme, nous instruisons tout homme en toute sagesse, afin d’amener tout homme à sa perfection dans le Christ. » Trois fois Paul écrit : tout homme.Les traductions varient, mais c’est ce que dit le texte original grec.

Pourquoi cette insistance ? Parce que personne ne doit être exclu d’entendre la Bonne Nouvelle. Tous doivent avoir la chance de croire et de persévérer dans la foi, « saints, immaculés, irréprochables, » comme le dit Paul au verset 22 du même chapitre.

Nous voyons plus ou moins la même idée dans l’histoire de Marthe et Marie. Ecouter la Parole de Dieu, c’est « la meilleure part, » la première priorité. Personne ne doit en être privé.

Comme vous le savez, Notre Dame de la Salette ajouta de l’emphase en répétant, « Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple. » Un jour on demande à Mélanie comment elle entend cette expression. S’agissait-il, dans sa pensée, seulement des habitants de son pays ? Mélanie répond : « Je sais pas, moi : je comprends tout le monde. »

Elle avait bien raison. Aujourd’hui les paroles de la Vierge sont connues dans tous les coins du monde.

La Belle Dame avait quelque chose d’important à dire aux enfants, alors elle les a invités à s’approcher d’elle. Leur peur s’est dissipée et, attirés vers sa lumière, ils se disposaient à accueillir la grande nouvelle. « Nous buvions ses paroles, » disaient-ils.

La Salette a ses détracteurs. C’est dommage ; mais personne n’est obligé à croire aux apparitions. Ce qui est tragique, par contre, c’est qu’il y a toujours eu ceux qui s’efforcent d’empêcher la prédication de l’Evangile. Paul lui-même fut emprisonné. A ce moment il écrivit : « Souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, le descendant de David : voilà mon évangile. C’est pour lui que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! » (2 Timothée 2, 8-9)

L’hospitalité (telle qu’elle se voit aujourd’hui dans la Genèse et dans Luc) signifie recevoir les autres chaleureusement et avec générosité. Si notre vie chrétienne reflète cette attitude envers tous, si, à l’exemple de Marie, nous invitons tousà s’approcher, peut-être pourrons-nous les aider à accueillir la Parole en même temps.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

La loi de la réconciliation

(15edimanche ordinaire : Deutéronome 30, 10-14 ; Colossiens 1, 15-20 ; Luc 10, 25-37)

Nous avons un choix entre deux Psaumes aujourd’hui. Le Psaume 68 nous invite à tourner vers Dieu durant les temps troublés ; le Psaume 18 chante les louanges de la Loi du Seigneur. Les deux s’adressent au cœur salettin.

La Belle Dame décrit la réponse de son peuple vis-à-vis de la famine : « Quand vous trouviez des pommes de terre gâtées, vous juriez, vous mettiez le nom de mon Fils au milieu. » Dans cette situation, les paroles blasphématoires semblent être venues plus spontanément aux lèvres que la prière.

La Loi était parmi les plus grands dons de Dieu a son peuple choisi, une source de fierté, même. Le psalmiste reconnait cela en plusieurs autres endroits, notamment à la fin du Psaume 147 : « Il révèle sa parole à Jacob, ses volontés et ses lois à Israël. Pas un peuple qu'il ait ainsi traité ; nul autre n'a connu ses volontés. » Moïse plaide passionnément : « Écoute la voix du Seigneur ton Dieu, en observant ses commandements et ses décrets. »

Mais Marie a vu que son peuple n’aime pas Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de toute son intelligence.

Le remède qu’elle propose se présente d’une façon, disons, multimédia. D’abord, il y a le message. Mais ses larmes disent ce que les paroles ne pourraient exprimer. La lumière contraste avec les ténèbres qu’elle décrit. Et, le plus important de tout, le crucifix qu’elle porte sur sa poitrine nous rappelle, selon les paroles de st Paul que nous lisons aujourd’hui, que Dieu, par Jésus, a voulu « que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix. »

A la fin de la parabole du Bon samaritain, Jésus dit, « Va, et toi aussi, fais de même. » C’est-à-dire : Ne demandez donc pas ‘Qui est mon prochain ?’ mais ‘A qui puis-je servir de prochain ?’

C’est là une invitation de passer au-delà de la Loi. L’esprit de la réconciliation ne se réduit pas à certaines personnes, ou à l’observance de certains préceptes.

Le message de la Salette n’aborde pas directement la question du ‘prochain.’ Mais quand nous considérons la visite de la Sainte Vierge, venue à notre secours pour nous indiquer le chemin, comment manquerions-nous d’entendre son invitation d’aller, et nous aussi, faire de même.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Priez bien

(14edimanche ordinaire : Isaïe 66, 10-14 ; Galates 6, 14-18 ; Luc 10, 1-20)

Ce n’est pas un mal prendre joie des succès et des bienfaits qui nous arrivent. Nous devons cependant apprendre à reconnaître leur source. Comme l’a dit Jésus : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Matthieu 22, 21)

Mais on peut se demander, « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ? » (Ps. 115, 12). C’est là qu’intervient la prière.

A la Salette, Marie a demandé aux enfants, « Faites-vous bien votre prière ? » Ils ont admis que non.

Il y a bien des formes de la prière. Le Catéchisme de l’Eglise catholique,commençant au Nº 2626, les décrit : la bénédiction et l’adoration ; la prière de demande ; la prière d’intercession ; la prière d’action de grâces ; la prière de louange. La Belle Dame mentionne le Notre Père et l’Ave Maria, la messe, et le carême. D’autres auteurs spirituels distinguent la prière discursive et contemplative, la Lectio divina, ainsi de suite.

Le fait de ne pas reconnaître qui est Dieu et qui nous sommes empoisonne la vie spirituelle. La prière n’est certes pas la seule réponse au bien que Dieu nous fait, mais elle est fondamentale. Sans la prière, tout que l’on fait au service des autres peut aboutir à un sens déformé d’autosuffisance. 

Oui, st Paul se vante parfois de ce qu’il a accomplis, mais même alors il reconnaît que c’est Dieu qui a rendu cela possible. Son sentiment s’exprime le plus clairement dans sa prière qui vient du cœur : « Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. »

Les soixante-douze disciples dans l’Evangile d’aujourd’hui sont enchantés des pouvoirs que Jésus leur a donnés, mais il les met sur leur garde : « Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »

Isaïe a recours à la belle image d’une mère allaitante pour prophétiser un temps d’abondance. A la Salette Marie, notre Mère, parle de « monceaux de blé. » Dans les deux instances, l’évènement futur est précédé d’un temps d’adversité et de deuil, après quoi « le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs. »

Priez bien équivaut ni plus ni moins à la communication régulière et personnelle avec notre Dieu tout-puissant. Impossible en exagérer l’importance !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

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