L’Arche de l’Alliance

(Assomption—Lectures tirées de la messe de la veille au soir : Chroniques 15, 3-4,15-16 à 16, 1-2 ; 1 Corinthiens 15, 54-57 ; Luc 11, 27-28)

C'était une journée de grande fête à Jérusalem ! L'Arche de l'Alliance était rapatriée, comme nous le raconte la première lecture, « jusqu’à l’emplacement préparé pour elle ». Aujourd'hui, nous célébrons Marie, l'Arche de la Nouvelle Alliance, au moment où elle monte à la place que le Père lui a préparée au ciel.

De même que l'Arche construite par Moïse était le signe principal de la présence de Dieu parmi son peuple, ainsi le sein de la Vierge a amené le Fils de Dieu parmi nous. Dans l'Évangile d'aujourd'hui, une femme dans la foule cria à Jésus en disant : « Heureuse la mère qui t’a porté en elle ». Elle fut peut-être la première à réaliser la prophétie que la Vierge elle-même prononça dans son Magnificat : « Tous les âges me diront bienheureuse ».

C'est parce que Marie a été assumée au ciel que nous avons son apparition à la Salette (entre autres). Son éclat, en tant que Reine du Ciel, c'est la lumière du Christ qui rayonne d'elle. Tout dans l'apparition nous dirige vers le Christ. Ici aussi, elle sert d'Arche, amenant encore une fois son Fils à son peuple.

La Belle Dame fait écho à la réponse de Jésus à la femme de l'Évangile : « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! », avec ses propres paroles, « S'ils se convertissent ». Elle promet toutes sortes de grâces, et une abondance de miséricorde.

L'Assomption reflète les paroles de Saint Paul dans la deuxième lecture, « La mort a été engloutie dans la victoire ». La Salette montre le lien tragique entre le péché et la mort, mais fournit en même temps le moyen de triompher des deux. Comment participons-nous à cette victoire ? Un bon point de départ est l'observation des commandements conservés sur des tablettes de pierre et gardées dans l'Arche d'Alliance d'origine.

Si vous êtes allé à La Salette et avez participé, la nuit, à la procession aux flambeaux, vous avez probablement fait l'expérience de l'enthousiasme particulier qui accompagne le chant de l'Angélus de la Salette et la fin de la cérémonie. C'est comme le mot d'ordre de David aux « chantres, avec leurs instruments, pour les faire retentir avec force en signe de joie ».

Que notre amour pour Notre Dame de la Salette soit toujours une source de joie dans nos cœurs.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Vivre dans le Christ, ensemble

(19e dimanche ordinaire : 1 Rois 19, 4-8 ; Éphésiens 4, 30-5, 2 ; Jean 6, 41-51)

Elie fut un prophète puissant et efficace. Cela semble donc étrange de l'entendre, dans la première lecture, demander la mort en disant : « Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! »

Peu d'entre nous demandent la mort, mais il y a des occasions où nous prions, « Assez, Seigneur ! » Il peut nous sembler parfois que l'époque dans laquelle nous vivons est plus dure que pour les générations précédentes ; voici les maux dont nous sommes témoins : amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, toute espèce de méchanceté

La liste ci-dessus vous semble-t-elle familière ? Elle devrait, car elle est tirée de la deuxième lecture d'aujourd'hui, écrite il y a plus de 1 950 ans. Il a toujours existé des attitudes et des comportements qui empêchent les chrétiens de vivre une relation d'amour et de foi avec Dieu.

C'est déjà assez mal quand cette négativité est dirigée contre les autres, que nous considérons comme des ennemis. Nous le voyons dans les murmures de ceux qui se sont offensés de la prétention de Jésus à être descendu du ciel.

Mais c'est encore pire quand l'amertume est dirigée contre Dieu. A la Salette, Marie a parlé de l'abus du nom de son Fils et d'un rejet général de la pratique de la foi. Même Maximin et Mélanie ont dû admettre qu'ils ne priaient guère.

La prière est la solution. Dieu a entendu la prière d'Elie, non pas en lui ôtant la vie, mais en lui donnant la force. Si la prière privée est efficace, celle de la communauté chrétienne l'est encore plus. Dans le psaume d'aujourd'hui, nous entendons : « Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom ».

Lorsque nous participons ensemble à l'Eucharistie, et que nous « goûtons et voyons comme est bon le Seigneur », non seulement nous échappons, au moins pour un temps, à l'amertume et à la malice du monde qui nous entoure, mais nous cherchons la réparation de ces mêmes défauts en nous. Alors, comme Elie "fortifié par cette nourriture", nous pouvons espérer porter dans notre vie quotidienne une attitude communautaire.

De cette manière, le message salettin de conversion et de réconciliation devient l'expression des paroles de saint Paul : « Cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés. Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous, s’offrant en sacrifice à Dieu ».

Un ange a réveillé Élie et lui a fourni de la nourriture. La Belle Dame réveille son peuple et le dirige vers le Pain de la Vie, la chair de son Fils, « donnée pour la vie du monde », sans laquelle nous ne pouvons vraiment pas vivre.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Signes et merveilles

(18e dimanche ordinaire : Exode 16, 2-15 ; Éphésiens 4, 17-24 ; Jean 6, 24-35)

Dans le cycle triennal du Lectionnaire dominical, nous sommes actuellement en l'Année B, qui souligne l'Évangile de Marc les dimanches du Temps ordinaire. Mais il y a toujours une pause de quatre semaines, où l'Église présente le « discours du pain de vie » tiré du chapitre 6 de l'Évangile de Jean.

Aujourd'hui, nous en avons le début, un échange étrange entre Jésus et le peuple que Jésus avait nourri lors de la multiplication des pains et des poissons. « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » — « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés ».

Ils avaient vu ce qu'il avait fait, évidemment, et ils continuaient à le chercher parce qu'ils en voulaient davantage—encore plus de la même chose. Mais ils n'avaient pas perçu le signe, ils n'avaient pas compris la signification de l'événement.

Dans la première lecture, les Israélites, dans le désert, désiraient les marmites de viande de l'Égypte, oubliant les signes et les merveilles par lesquels ils avaient été sauvés de l'esclavage, et murmurant non pas tellement contre Moïse et Aaron mais plutôt contre le Seigneur leur Dieu.

À la Salette, la Vierge décrit une conduite semblable. Par deux fois, elle mentionne comment on jure et on jette le nom de son Fils au milieu.

Il semble qu'il y ait eu une nostalgie du passé parmi les chrétiens d'Éphèse. st Paul écrit : « Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, c’est-à-dire de l’homme ancien ». Tout au moins, ils devaient apprendre qu'une relation réelle avec le Seigneur n'était pas compatible avec les coutumes des gentils, un message dont on retrouve l'écho à La Salette.

La Salette, c'est aussi des signes et des merveilles : la lumière, les larmes, les roses, les chaînes et le crucifix, le simple costume de paysanne ; et n'oublions pas la source jadis saisonnière qui depuis septembre 1846 n'a jamais cessé de couler. Aussi, dans son discours, Marie fait une promesse merveilleuse, biblique dans son extravagance, de récoltes abondantes pour ceux qui retourneront à Dieu.

Que faut-il pour que nous ayons une relation vraiment personnelle avec le Seigneur, non basée seulement sur l'obéissance ou sur nos besoins ? Comment pouvons-nous devenir des tabernacles dignes de la grâce de Dieu ? Commençons par reconnaître les signes de sa présence et les merveilles de son amour, tels que nous les montre la Belle Dame.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Jésus et les besoins humains

(17e dimanche ordinaire : Jérémie 23, 1-6 ; Éphésiens 2, 13-18 ; Marc 6, 30-34)

Parmi les nombreuses formes de souffrance humaine se trouve celle qui est mentionnée dans l'Évangile de ce jour : l'insécurité alimentaire. Dans ce récit, le manque de nourriture n'était pas de longue durée. Jésus a répondu à un besoin immédiat en une occasion précise.

Mais, comme Jésus, nous pouvons aussi demander comment il serait possible de pourvoir aux besoins de tant de gens. Certains d'entre nous, comme Philippe et André, diraient que c'est impossible. Mais, nous dit l'évangéliste, Jésus « savait bien, lui, ce qu’il allait faire ».

Certains de nos lecteurs ont expérimenté l'insécurité alimentaire, peut-être combinée à l'anxiété liée au logement, au travail, etc. Beaucoup ne l'ont pas connue. Dans quelle circonstance voyons-nous la grâce de Dieu plus active ?

À la Salette, Marie a remarqué que les gens travaillaient le dimanche tout l'été. Mais, avec les pommes de terre, le blé, les raisins et même les noix qui étaient tous en danger de faillir, les cultivateurs, au désespoir, tâchaient de sauver le peu qu'ils pouvaient. Il est difficile de s'occuper d'affaires spirituelles quand les besoins matériels exigent toute notre attention.

D'autre part, si toute notre attention se porte sur ce que nous possédons et que nous sommes incapables de répondre aux besoins des autres, il est tout aussi difficile de vivre dans l'Esprit, de progresser, de travailler et d'apprendre en communauté. La compassion et l'empathie sont des dons. Les désirons-nous ?

Jésus a nourri la foule affamée parce qu'il a vu leur besoin, et il a vu leur besoin parce qu'il voulait le voir. Marie était consciente de l'insécurité alimentaire de son peuple, et elle a offert de l'espoir, « s'ils se convertissent ». La conversion, elle aussi, est un don. La désirons-nous ?

Saint Paul écrit : « Je vous exhorte à vous conduire d’une manière digne de votre vocation ». Il pense surtout à l'unité : « un seul Corps et un seul Esprit ». Comment cela est-il possible si certains membres souffrent de la famine et que d'autres membres refusent de leur venir en aide ?

Osons-nous prier pour obtenir les dons de conversion et de compassion dans nos vies, demander au Seigneur de nous rendre semblables à lui, prêts à reconnaître les besoins qui nous entourent ?

Au début de l'Évangile, nous lisons que Jésus "vit qu'une grande foule venait à lui." Avec peu de choses, il a satisfait le besoin de la multitude. Lorsque les chrétiens aident les autres, leur intention est de les diriger vers le Christ. Il en fut aussi pour Marie à la Salette.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Repose-toi dans le Seigneur

(16e dimanche ordinaire : Jérémie 23, 1-6 ; Éphésiens 2, 13-18 ; Marc 6, 30-34)

Il est temps une fois de plus de nous arrêter pour réfléchir sur les lectures d'aujourd'hui dans la perspective salettine.

Jérémie proclame la condamnation des pasteurs : « Vous qui laissez périr et dispersez les brebis de mon pâturage ». Mais n'y a-t-il pas de responsabilité de la part du troupeau ? On ne peut blâmer les vraies brebis d'agir en moutons, mais quand il s'agit des humains, l'image a ses limites. Nous avons une conscience.

Dans son chapitre sur La dignité de la personne humaine, le Catéchisme de l'Église catholique inclut une section sur la conscience. Il commence par une citation de Vatican II : « C’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme. La conscience est le centre le plus intime et le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre ».

Il présente ensuite la doctrine de l'Église sous quatre rubriques, dont l'une s'intitule, La formation de la conscience. Le tout se base sur la foi, telle que le psalmiste l'exprime aujourd'hui dans le Seigneur, son berger.

À l'époque de la Révolution française, la philosophie de la séparation de l'Église et de l'État, aussi logique qu'elle soit, avait conduit à un anticléricalisme sérieux. Depuis lors, il est possible en France de célébrer un « baptême civil » pour un nouveau-né, qui est placé « sous la protection des institutions républicaines et laïques ».

De cette attitude advint la négligence de l'Eucharistie, et de la pratique religieuse en général, dont Marie se plaint à La Salette. Son peuple s'était égaré.

Jérémie présente la promesse de Dieu : « Je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis ». La Belle Dame offre l'espoir à ceux qui retourneront à son Fils.

Aujourd'hui, de nombreux « bergers » se disputent la confiance du troupeau. La liste comprend des scientifiques, des gouvernements, des psychologues, des commentateurs de l'actualité, etc. Certains sont ouvertement hostiles à la religion. Que faire ?

L'Évangile d'aujourd'hui nous offre une piste. Après leur tournée missionnaire, Jésus dit à ses apôtres : « Venez vous-mêmes dans un endroit désert et reposez-vous un peu ». Cela n'a pas eu lieu, mais le principe est solide. Il nous faut parfois nous éloigner de toutes nos distractions, afin de nous reposer avec le Seigneur qui rafraîchit notre esprit, et de bien prier.

P. Paul Belhumeur, M.S.

Ce que nous étions... Ce que nous sommes

(15e dimanche ordinaire : Amos 7, 12-15 ; Éphésiens 1, 3-14 ; Marc 6, 7-13)

Le lien salettin avec la première lecture, aujourd'hui, est évident. Amos dit : « Je n’étais pas prophète... ; j’étais bouvier, et je soignais les sycomores. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël’ »

La Sainte Vierge a parlé à deux enfants qui n'étaient certainement pas de prophètes. Elle les a enlevés à leurs vaches et leur a dit : "Vous le ferez passer à tout mon peuple".

Les Apôtres, envoyés comme missionnaires par Jésus dans l'Évangile de ce jour, pourraient en dire de même : j'étais pêcheur, agent du fisc, agitateur... Le Seigneur m'a tiré de tout cela, pour changer ma vie totalement. Beaucoup plus tard, Paul, pas inclus dans les Douze premiers, n'a pas hésité à dire aux autres qu'il avait été persécuteur de l'Église avant de rencontrer Jésus.

Mettez-vous à leur place. Qu'étiez-vous ? Qu'est-ce que vous êtes maintenant ? Nous avons tous sans doute fait l'expérience de moments clés qui pourraient changer notre vie. Certains sont fondamentaux, comme la foi.

Même parmi les catholiques depuis toujours actifs, il vient un moment dans la prière, les sacrements, l'Écriture sainte, etc., où tout prend une vie nouvelle, une signification plus personnelle ; ils deviennent plus importants qu'auparavant. C'est la conversion.

Cela advient parfois graduellement, mais à la Salette, cela arrive, assez souvent, soudainement. Plusieurs qui montent à la sainte montagne en simples touristes, y reviennent plus tard en pèlerins. Le confessionnal est l’endroit où la plupart des miracles de la Salette ont lieu.

Dans la seconde lecture, Paul nous rappelle par deux fois que Dieu nous a choisis. Et à chaque fois, il ajoute « en lui », c'est-à-dire dans le Christ. En tant que salettins, on pourrait être tenté de penser que nous avons été choisis « en Marie », mais ce ne serait pas exact. Le cœur même de l'apparition de la Belle Dame est Jésus, dont elle porte l'image crucifiée sur sa poitrine.

Si nous croyons vraiment, et si notre foi est bien enracinée dans le Christ, alors nous pouvons rendre gloire à Dieu quand il nous convoque et nous envoie prophétiser, proclamer, faire connaître un message. Nous étions peut-être autre chose, mais une fois convertis et réconciliés avec Dieu par son Fils, nous pouvons avec confiance porter notre attention sur la mission, quelle qu'elle soit, et peu importe en quel endroit.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

La grâce suffisante

(14e dimanche ordinaire : Ézékiel 2, 2-5 ; 2 Corinthiens 12, 7-10 ; Marc 6, 1-6)

La plupart d'entre nous sont prêts à des sacrifices pour une cause, ou pour des autres, parfois même pour leur foi. Mais pouvons-nous dire honnêtement avec saint Paul : « J’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes » ? Tâche considérable !

Pourtant, c'est ce que Paul prétend dans la deuxième lecture d'aujourd'hui. Remarquez bien, cependant, qu'il n'était pas du tout content, quand il était tourmenté par ce qu'il nomme « une écharde dans ma chair », et quand sa prière constante pour le soulagement n'était pas entendue. Enfin, le Seigneur lui répondit : « Ma grâce te suffit ». Cela était une révélation pour Paul et, par lui, pour nous.

La grâce suffisante fut promise à Ezékiel dans la première lecture. Il la décrit comme un esprit qui vint en lui et le fit tenir debout, le préparant à faire face au peuple rebelle de Dieu. « Qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas, ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux ».

Vous êtes-vous trouvés dans une situation semblable ? Devoir faire des remontrances aux autres devient une tâche ingrate, et ceux qui doivent le faire peuvent bien passer pour une écharde dans la chair et être traités avec hostilité.

Pour nous qui aimons tellement Notre Dame de la Salette, il semble impossible de penser que quelqu'un puisse être hostile à l'Apparition. Mais il faut reconnaître que certains éléments du message et de l'histoire de la Salette peuvent troubler, tant les gens ordinaires que les théologiens.

Maximin et Mélanie ont dû faire face à l'opposition, mais ils ont reçu la grâce suffisante pour accomplir leur mission en leur temps et en leur endroit. Malgré l'éducation qu'ils ont reçue, ils demeurèrent fondamentalement les personnes simples qu'ils avaient été. Comme Jésus dans l'Évangile, on les blâmait pour ce qu'ils étaient.

Mais nous pouvons donc mettre notre fierté dans leurs faiblesses. Considérez tout ce qui est advenu grâce à eux. Sans aucun doute, la Belle Dame les a accompagnés. Pouvons-nous douter qu'elle nous accompagne aussi bien ?

La conversion est un élément douloureux mais essentiel du message que nous tâchons de faire connaître. Mais moyennant la grâce suffisante de Dieu, puissent les peuples reconnaître qu'il y a eu un prophète parmi eux, en notre temps et en notre endroit.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Dans la foule

(13e dimanche ordinaire : Sagesse 1,13-15 et 2,23-24 ; 2 Co 8,7-15 ; Marc 5,21-43)

Imaginez-vous dans la foule qui suivait Jésus dans l'Évangile d'aujourd'hui. Vous enfoncez-vous le plus près possible de l'homme fameux ? Ou dites-vous, « Je dois m'éloigner d'ici ! » et allez en marge de la foule, où vous pouvez observer à une distance confortable ?

Tout dépend de votre confort dans les grands groupes, en vous sentant tassé de part et d'autre, avec des gens qui vous frôlent, comme dans la scène que décrit Marc. Mais attendez ! En tant que disciples du Seigneur, ne faut-il pas être ouverts à la possibilité que quelqu'un dans la foule nécessite quelque chose de nous ?

Se rendre inaccessible n'est pas la marque du disciple de Jésus. Au contraire, nous devons être attentifs aux besoins de ceux qui nous entourent et disposés à y répondre dans la mesure du possible. Parfois nous pouvons être enclins à porter un jugement sur ces besoins ; voilà qui n'est qu'une tentative de justifier notre attitude peu chrétienne.

Jésus nous donne le meilleur exemple, évidemment. Mais la Belle Dame de la Salette nous dit elle-même que nous ne pourrons jamais récompenser la peine qu’elle a prise pour nous comme elle le mérite. Et maintenant, elle vient, dans l'espoir de préserver son peuple. Son message peut se résumer par les paroles de Jésus à Jaïre : « Ne crains pas, crois seulement ».

Si ces mots guidaient notre vie, nous pourrions sans doute entendre la voix de Jésus nous dire, comme à la femme qui l'a touché : « ta foi t’a sauvé » et, comme à la fille de Jaïre : « Je te le dis, lève-toi ! »

C'est peut-être cette expérience qui donne tant d'importance au sacrement de la réconciliation dans les sanctuaires de la Salette. Quand nous nous nous approchons de Jésus en la personne du prêtre, comme la femme de l'Évangile qui « lui dit toute la vérité », nous croyons qu'une force sort de lui, qui nous guérit et nous aide à partir en paix.

Cette expérience peut bien aussi nous toucher, de façon à nous préparer à bien vouloir être touchés par ceux qui ont besoin de réconciliation, de guérison, de conversion et de réconfort. Ainsi, nous participons au « don généreux de notre Seigneur Jésus Christ », dont parle saint Paul dans la seconde lecture.

Quelle belle façon d'imiter le Christ et notre Bienheureuse Mère ! Allons donc dans notre monde, avec la réponse du psaume d'aujourd'hui dans notre cœur : « Je t’exalte, Seigneur : tu m’as relevé ». Amen ! Amen ! Amen !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Tempêtes et foi

(12e dimanche ordinaire : Job 38, 1, 8-11 ; 2 Corinthiens 5, 14-17 ; Marc 4, 35-41)

Portant l'attention uniquement sur les paroles que Dieu adresse à Job dans la première lecture, on peut manquer un détail important : « Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête ». Dieu n'est pas seulement Maître de la tempête, il y est présent.

Job endurait des souffrances étonnantes et le réconfort peu judicieux offert par ses amis. Tout cela a provoqué une tempête en lui. Ce qu'il ne savait pas, c'est que Dieu était présent avec lui dans la tempête, le protégeant même alors qu'il permettait que Job soit éprouvé.

Dans le psaume, Dieu provoque la tempête, puis, en réponse à la prière, « réduisant la tempête au silence ». L'Évangile présente Jésus en plein sommeil pendant une rafale, tandis que l'eau remplit la barque. Les cris que les disciples lui poussent sont des plaintes plutôt que des prières : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Jésus à son tour les reproche : « N'avez-vous pas encore la foi ? »

L'apparition de Notre-Dame de la Salette soulève la même question. La panique face à la famine qui s'annonçait commençait à prendre des proportions de tempête dans les villes voisines et au-delà. Où était leur foi ? La Belle Dame est venue leur montrer qu'ils n'étaient pas abandonnés, et que ce qui leur était important l'était aussi pour Dieu.

Nous pouvons aussi bien implorer le Seigneur dans notre détresse (dans nos tempêtes), au moins avec la foi imparfaite des disciples. Le secours ne viendra peut-être pas comme nous l'imaginons et, comme Job, nous devrons peut-être endurer la tempête.

Considérons nos vies durant les temps troublés, les désaccords ou la perte. C'est alors que nous apprécions davantage ceux qui nous offrent du réconfort, du support et de l'aide. Nous reconnaissons alors nos véritables amis.

Il en est de même dans notre vie spirituelle, si la foi est présente et que nous croyons que le Christ nous accompagne, prêt à calmer les mers et à commander aux vents de se taire. En effet, on pourrait se demander quelle serait notre foi en Dieu si nous n'avions jamais dû subir de tempêtes.

La seconde lecture ne semble pas coïncider avec les autres, mais « quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous », cela touche tous les aspects et moments de notre vie, qu'elle soit paisible ou orageuse, car « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle ».

La Salette proclame cette vérité aussi bien.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Humble courage

(11e dimanche ordinaire : Ezékiel 17, 22-24 ; 2 Corinthiens 5, 6-10 ; Marc 4, 26-34)

Dans la première lecture, aujourd'hui, Dieu déclare : « Je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé ». Entendez-vous là l’écho d’un passage beaucoup plus familier ?

Il s’agit du Magnificat de Marie : « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles ».

L’idée clef des deux textes est l'humilité, qui est également essentielle au message de Notre Dame de la Salette. La Belle Dame voyait que son peuple était abaissé. Mais au lieu de s'humilier, ils se révoltaient. Loin d'eux l'attitude exprimée dans le psaume d'aujourd'hui : « Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur, de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut, d’annoncer dès le matin ton amour, ta fidélité, au long des nuits ».

Rappelez-vous le début du Magnificat. « Mon âme exalte le Seigneur ». Cela n'est pas si facile. Entre amis aux vues similaires, si, nous pouvons proclamer la bonté et la majesté de Dieu. Mais il en est tout autrement dans le monde quotidien. Il faut du courage.

Par deux fois dans la seconde lecture, st Paul affirme que « nous gardons toujours confiance » parce que « nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision ». En d'autres termes, nous confions notre vie aux mains de Dieu, et nous lui faisons confiance qu’il accomplira son œuvre en nous et par notre moyen, aussi mystérieusement qu'il fait germiner les semences et croître les plantes. C’est l’image que Jésus utilise dans l'Évangile d’aujourd’hui pour décrire le Royaume de Dieu, auquel tous nous appartenons.

Cependant, il n’est pas toujours facile de reconnaître notre rôle particulier, car nous ne sommes pas toujours attentifs aux suggestions subtiles de l'Esprit en nous. Voici quelques questions qui pourraient faciliter notre discernement. Quel est votre saint favori ? Quelle est votre prière préférée, quel hymne, quel passage des écritures saintes ?

Et pour nous salettins, plus particulièrement : quelle est l’aspect de l'histoire de la Salette que vous préférez ? Quelles paroles du message vous émeuvent le plus ?

Les réponses à ces questions pourront nous aider à discerner le service que le Seigneur veut de nous. Dire oui à cet appel pourrait demander du courage ; il demandera surtout de l'humilité.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

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