Retour à l'essentiel

(16e dimanche ordinaire : Sagesse 12, 13-19 ; Romains 8, 26-27 ; Matthieu 13, 24-43)

Ceux qui découvrent la Salette sont surpris quand ils lisent les paroles de la Belle Dame : « Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième, et on ne veut pas me l'accorder ». Ils se disent à juste titre : c'est le jour du Seigneur, pas de Marie. 

C'est vrai, mais la réponse vient en reconnaissant la nature et le ton bibliques de son message. Dans les prophètes et surtout dans les psaumes, nous devons parfois supposer qui parle, et ajouter mentalement : « Ainsi parle le Seigneur ». C'est le cas ici, aussi bien, du message de Marie.

La sanctification du sabbat nous vient du troisième Commandement. La Sainte Vierge fait également allusion au deuxième, « Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu », lorsqu'elle parle du « Nom de mon Fils ».

Les deux se basent sur le premier Commandement : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi ».

Cela a toujours posé un problème. Nous devenons facilement esclaves d'autres dieux.

C'est pourquoi le livre de la Sagesse et le psalmiste célèbrent tous deux la miséricorde et le pardon de Dieu. Dieu « accorde la conversion », parce qu'il est « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ».

Les paraboles que nous lisons aujourd'hui signalent que nous sommes, individuellement et en tant qu'Église, une œuvre en cours. St Paul insiste pour que nous ne nous découragions pas. « L’Esprit Saint, écrit-il, vient au secours de notre faiblesse... Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles ». En d'autres mots, il connaît ce dont on a besoin.

L'événement et le message de la Salette s'inscrivent parfaitement dans cette perspective. Le défi, dans notre faiblesse, c’est de permettre à l'Esprit de briller au plus profond de nos cœurs et de faire tout son possible pour que la bonne semence qui vient de Dieu puisse s’enraciner et croître, comme la graine de moutarde, pour devenir grande et productive.

La conversion, le culte du seul vrai Dieu, la confiance persévérante en lui : voilà les moyens que la Salette nous apprend pour revenir à l'essentiel.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Abondance

(15e dimanche ordinaire : Isaïe 55, 10-11 ; Romains 8, 18-23 ; Matthieu 13, 1-23)

Le père Paul Belhumeur, M.S., est passionné par la nature et la création. Il est aussi un avide jardinier, et comprend l'importance d'un bon terrain. Il a même sa propre recette pour un terrain entièrement naturel.

Je lui ai donc demandé de nous faire part de ses pensées au sujet des lectures d'aujourd'hui.

Dans la première lecture, il a noté l'image de Dieu qui nous vient de la nature et qui compare la parole « qui sort de ma bouche » à la pluie qui féconde la terre et la fait germer.

Dans le Psaume, Dieu a enrichi la terre, qui produit une abondance inimaginable : « Tu couronnes une année de bienfaits, sur ton passage, ruisselle l’abondance. Au désert, les pâturages ruissellent, les collines débordent d’allégresse ». Dans l'Évangile, la semence est fertile, mais nécessite une bonne terre.

Faisant le lien avec la Salette, le père Paul voit l'image de Dieu gâtée par le péché, même dans la nature ; il n'y a pas d'abondance. Mais l'image de Jésus brille sur la poitrine de Marie, offrant l'espoir.

Le texte complet de l'Évangile d'aujourd'hui comprend une citation d'Isaïe : « Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai ».

Le message de La Salette présente une solution à cette dureté de cœur. Pour recourir à l'image du jardin, l’on pourrait dire que la Vierge rappelle à son peuple les outils à portée pour prendre soin du jardin de l'âme. 

Nous avons les sacrements. Le Baptême arrose le terrain, l'Eucharistie fournit des engrais pour l'enrichir, la Réconciliation enlève les pierres, les épines et autres obstacles. 

La Sainte Mère l'Église fournit d’autres outils encore : L'Adoration, le Rosaire, une grande variété de dévotions. Parmi celles-ci, n'oublions pas nos neuvaines et nos prières salettines (au moins un Pater et un Ave Maria).

Rien de tout cela ne garantit une récolte abondante, ni littéralement ni spirituellement. Cela est du domaine de Dieu. Mais avec sa grâce, nous pouvons préparer le terrain, de façon que la semence (la Parole) prenne racine dans nos âmes, les rendant fertiles et fructueuses, lorsque nous faisons passer le message de Marie.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Louange sincère

(14e dimanche ordinaire : Zacharie 9, 9-10 ; Romains 8, 9-13 ; Matthieu 11, 25-30)

Matthieu, Marc et Luc rapportent—deux fois chacun—que Jésus exige de ses disciples que nous devons prendre notre croix pour le suivre. Nous avons entendu l'un de ces discours dans l'Évangile de la semaine dernière.

Seul Matthieu rapporte l'invitation que nous recevons aujourd'hui : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos... Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ».

Nous préférons ce passage, naturellement, ne serait-ce que parce qu'il nous fait penser aux paroles de Marie à Mélanie et Maximin. Mais les deux textes ne se contredisent pas. Si nous suivons le Seigneur de tout notre cœur, nulle croix ne semblera trop lourde ou trop amère, même s’il s’agit de notre nature déchue et désordonnée.

Le début de l'Évangile d'aujourd'hui nous donne le contexte de l'invitation citée plus haut. Jésus dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits ».

Le Père, par l’entremise de Jésus, invite les humbles à rentrer en communion avec lui.

Remarquez comment Jésus débute : « Je proclame ta louange ». Il y beaucoup de louanges aujourd'hui, surtout dans la première lecture et le psaume : exulter, pousser des cris de joie, exalter, bénir, louer le nom de Dieu—ainsi que des raisons : Vient le Roi de la paix ; « La bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres ».

La Belle Dame de la Salette, en priant sans cesse pour son peuple, demande à son Fils de nous montrer de la compassion et, en venant à nous, elle nous demande de lui remettre notre vie, avec tous nos fardeaux, et de l’honorer.

Saint Paul nous rappelle que nous sommes « sous l’emprise de l’Esprit ». C'est pourquoi nous pouvons vivre dans l'espoir sûr et solide d'être entendus par le Seigneur. C'est aussi l'Esprit qui nous pousse, nous que Jésus nomme « les tout-petits », à rendre une louange vraiment acceptable pour Dieu, alors que nous reconnaissons les bienfaits, grands et petits, qu'il nous prodige.

La louange dépasse les simples paroles. L'émerveillement et la gratitude qui l'inspirent nous conduiront à rechercher la volonté de Dieu à notre égard, et à la poursuivre de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Fils de lumière

(13e dimanche ordinaire : 2 Rois 4, 8-16 ; Romains 6, 3-11 ; Matthieu 10, 37-42)

Jésus pensait-il à l'histoire d'Elisée et de la femme de Sunam lorsqu'il a dit : « Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète » ?

Il fait lui-même plusieurs promesses dans l'Évangile d'aujourd'hui, et il renforce la dernière par ces mots : « Amen, je vous le dis ». Dans le Nouveau Testament, cette expression apparaît presque quatre-vingts fois, toujours sur les lèvres de Jésus.

Le psalmiste aussi fait une promesse : « Ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge ». Pouvons-nous en affirmer autant ?

Une Belle Dame est venue à un endroit appelé la Salette parce que, en effet, la fidélité de Dieu n'était pas proclamée par son peuple. Au contraire, elle était largement oubliée. La Vierge la proclama par ses paroles, y inclus des avertissements et des promesses, et plus efficacement par le crucifix qu'elle portait.

Vous avez souvent entendu dire que le crucifix lumineux semblait être la source de la lumière au milieu de laquelle Marie est apparue et qui entourait les enfants qui se tenaient près d'elle. C'est comme si elle venait « annoncer les merveilles de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (Acclamation de l'Évangile).

Le célèbre spécialiste de la Salette, le P. Jean Stern, m.s., écrit : « Tout ce que cette Dame est, y compris sa compassion, sa bonté et sa puissance, lui vient d’ailleurs, de son Fils, de ce crucifié qui est vraiment son Fils, mais qui est d’abord Dieu né du vrai Dieu ».

Jésus est la source de lumière. Marie nous attire vers lui. Comme st Paul, elle ne veut pas que nous ignorions la parenté que nous avons avec le Christ Jésus à la suite de notre baptême.

Marchant « à la lumière de sa face », nous recevons l’intelligence qui nous permet d’interpréter notre époque, et le don de compréhension et de sagesse, afin d’agir correctement, ce qui pourrait nous être ‘accordé’ comme justice (voir Romains 4, 22).

Ou, pour reprendre les mots de la première oraison d'aujourd'hui : « Tu as voulu, Seigneur, qu'en recevant ta grâce nous devenions des fils de lumière ; ne permets pas que l'erreur nous plonge dans la nuit, mais accorde-nous d'être toujours rayonnants de ta vérité ».

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Jamais plus ennemis

(12e dimanche ordinaire : Jérémie 20, 10-13 ; Romains 5, 12-15 ; Matthieu 10, 26-33)

Avez-vous des ennemis ? Nous connaissons tous des personnes qui ne nous aiment pas, qui gardent peut-être un ressentiment contre nous. Mais les ennemis cherchent à nous causer du mal et se réjouissent de nos faillites. Il serait facile de leur souhaiter le même sort, comme le fait Jérémie.

Il prie : « Seigneur de l’univers, toi qui scrutes l’homme juste, toi qui vois les reins et les cœurs, fais-moi voir la revanche que tu leur infligeras, car c'est à toi que j’ai remis ma cause ». Sa prière vise sa justification, mais aussi le châtiment de ses ennemis.

Le psaume responsorial d'aujourd'hui se compose de huit versets choisis dans le Psaume 68. Si vous lisez les trente-sept versets, vous y trouverez une série de malédictions. En voici une seule : « Que leurs yeux aveuglés ne voient plus, qu'à tout instant les reins leur manquent ! »

En tant qu'humains, nous pouvons comprendre une telle réaction de la part des victimes de l'injustice. En tant que chrétiens, cependant, nous ne devons pas oublier le commandement de Jésus : « Aimez vos ennemis ». Dans l’Evangile d’aujourd’hui, s’adoucissant au sujet des persécutions à venir, il nous encourage gentiment : « Vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux ». Confiance, non la vengeance.

En tant que membres de la famille mondiale salettine, nous essayons de vivre selon ces principes, spécialement en ce qui concerne la réconciliation. Combattre les maux contemporains signifie chercher des façons de mettre fin à l’hostilité partout où elle existe.

Cependant, la fin des hostilités ne suffit pas. La réconciliation cherche la guérison. Notre prière devrait être pour que « les ennemis enfin se parlent, les adversaires se tendent la main, des peuples qui s’opposaient acceptent de faire ensemble une partie du chemin » (Deuxième prière eucharistique pour la réconciliation).

Le texte de Saint-Paul d’aujourd’hui le dit avec force : « Mais il n'en va pas du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ ».

Il se réfère à ce qu'il appelle, plus haut dans ce chapitre, « la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ ».

Cela fut le but de l'Apparition de Marie à la Salette. La transformation apportée par la réconciliation dépasse infiniment l'offense qui a nécessité la réconciliation.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Manne dans le désert

(Le Saint Sacrement :  Deutéronome 2, 8-16 ; 1 Corinthiens 10, 16-17 ; Jean 6, 51-58)

Moïse dit aux hébreux que Dieu les a délibérément affligés pour les mettre à l'épreuve. Pour nos contemporains, cela provoque plus de choc que lorsque Jésus dit à ses disciples, dans l'Évangile, qu’ils doivent manger sa chair et boire son sang.

Chaque époque a son temps d’épreuve : persécution, maladie, effondrement économique, famine, etc. Que penser de tout cela ?

Relisons plus attentivement les paroles de Moïse. Dieu avait un double objectif : « pour savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ? » et « pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur ».

À La Salette, la Sainte Vierge était bien au courant de l’affliction de son peuple. Elle est venue les supplier d'honorer les commandements de Dieu. Tout en reconnaissant leur faim, elle regrettait qu’ils ne cherchent pas le Pain de la Vie. « L'été, il ne va que quelques femmes un peu âgées à la messe.  Les autres travaillent le dimanche, tout l'été. L'hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne vont à la messe que pour se moquer de la religion ».

Retournons à Moïse et écoutons ses paroles dans un contexte plus ample. Avant de mentionner les afflictions, il dit : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée ».

Ainsi, avec les afflictions de la faim, de la soif et des serpents, Dieu a fourni la manne, l'eau du rocher et le serpent de bronze.

Saint Paul nous rappelle : « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? » Il a écrit cela durant un temps d'épreuves : il existait plusieurs divisions dans la communauté chrétienne de Corinthe, et il voulait faire comprendre que le partage de la coupe et du pain nous unit.

La messe n'est pas tout simplement une obligation. C'est un don précieux. Lorsque nous oublions cela, nous oublions précisément ce que Jésus avait en vue quand il a dit, « Vous ferez cela, en mémoire de moi. » Il nous invite à sa table, afin que nous puissions recevoir la vie de ce Pain Vivant, et le soutient dans les temps d’épreuve.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Ne nous abandonne pas, Seigneur

(La Sainte Trinité : Exode 34, 4-6 et 8-9 ; 2 Corinthiens 13, 11-13 ; Jean 3, 16-18)

« Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse ». Les paroles de la Belle Dame reflètent la situation de Moïse dans la première lecture, tirée du Livre de l’Exode.

Ce n’est pas la première fois qu’il prie le Seigneur de ne pas abandonner son peuple. Le Psaume 105 résume la situation : « Dieu a décidé de les détruire. C'est alors que Moïse, son élu, surgit sur la brèche, devant lui, pour empêcher que sa fureur les extermine ».

Il ne nous surprend pas de constater que Dieu continue, jusqu’à ce moment, de pardonner à son peuple (avec ou sans punition). Il a choisi Abraham et sa descendance, et il tient à accomplir ses promesses. Jean le dit de façon magnifique : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle ».

L’amour et l’intimité vont de pair. Les amis partagent leurs secrets, et chacun d’eux entrent progressivement dans le mystère de l’autre. Il en fut ainsi pour Dieu et Moïse. En Exode 3, Dieu révèle à Moïse son Nom mystérieux—le Nom que l’on ne doit jamais prendre en vain.

Pour les chrétiens, le nom de Dieu dans la Sainte Trinité est Père, Fils et Saint-Esprit. On ne peut pas comprendre correctement ce mystère, mais cela n’empêche pas d’y entrer. St Paul écrit : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous ».

Moïse implore une bénédiction semblable : « S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous ». Cette scène confirme ce qui est écrit dans le chapitre précédent (Exode 33, 11) : « Le Seigneur parlait avec Moïse face à face, comme on parle d’homme à homme ».

J’ai vu, dans une petite chapelle privée, un vitrail qui dépeint une image unique de Notre Dame de la Salette. Elle est à genoux devant son Fils, qui est assis, tenant dans sa main gauche un sceptre en forme de croix, et élevant la main droite en bénédiction. Elle a le visage triste ; le regard de Jésus est paisible et tendre.

Dans cette rencontre solennelle et simple, on peut imaginer sa prière, presque dans les paroles de Moïse : « Oui, c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras leurs fautes et leurs péchés, et tu feras d’eux ton héritage ».

Sainte Trinité, Dieu unique et véritable, sois toujours avec nous !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Le don des larmes

(Pentecôte : Actes 2, 1-11 ; 1 Corinthiens 12, 3-7 et 12-13 ; Jean 20, 19-23)

St Paul écrit : « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit ». Dans les versets omis (8-11) de la deuxième lecture, il donne des exemples et, plus loin dans le même chapitre, il met en garde les chrétiens individuels contre l’idée que leurs propres dons sont meilleurs que ceux des autres.

Cependant, si nous considérons les grands maîtres spirituels à travers les âges, il y a un don qui manque dans la liste de Paul : le don des larmes.

Dans la Bible, les larmes et les pleurs se présentent le plus souvent comme une effusion de chagrin, de remords ou de supplication. Mais l’expérience générale nous enseigne que les larmes peuvent démontrer aussi bien une grande variété d’autres émotions, y inclus la joie, la gratitude, l’émerveillement. Dans tous ces cas il y a un point commun : l’intensité des sensations.

Il faut garder cela à l’esprit quand on pense à Celle qui pleure—à son chagrin en se plaignant de l’ingratitude de son peuple et en le confrontant à ses péchés, surtout quand elle dit, « Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous autres ».

Ses larmes révèlent aussi la tendresse infinie d’une Mère, alors qu’elle parle de la mort des enfants, de la famine imminente, d’un fossé grandissant entre son peuple et son Fils.

Ici, permettez-moi de mentionner quelques exceptions notables de ce que j’ai écrit plus haut à propos des larmes dans la Bible. Lorsque Jacob et Esaü se rencontrent après des années d’aliénation, on nous dit : « Ésaü [la partie lésée] courut à sa rencontre, l’étreignit, se jeta à son cou, l’embrassa, et tous deux pleurèrent » (Genèse 33, 4). Nous trouvons le même langage à propos de la réunification de Joseph avec ses frères (Genèse 45, 14-15), et avec son père (Genèse 46, 29).

Dans la lecture de st Paul, le mot grec pour ‘don’ est charisma. Nous disons souvent que le ‘charisme’ de la Salette, c’est la réconciliation. L’Evangile d’aujourd’hui offre ce don même, selon la parole de Jésus à ses Apôtres : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ».

Si les larmes de la Vierge peuvent nous conduire à redécouvrir l’immense amour de Jésus pour nous et son désir de nous réconcilier avec lui, et si nous pouvons y répondre de même, alors, quel don sont ces larmes !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Parti mais non absent

(7e dimanche de Paques : Actes 1,12-14 ; 1 Pierre 4, 13-16 ; Jean 17, 1-11 ; OU L’Ascension : Actes 1, 1-11 ; Ephésiens 1, 17-23 ; Matthieu 28, 16-20)

Selon l’endroit où vous demeurez, vous célébrez aujourd’hui soit l’Ascension soit le septième dimanche de Pâques. La présente réflexion comprend les deux.

Nous voyons Jésus à la fin de sa carrière terrestre. Les Actes décrivent l’Ascension, Mathieu la laisse entendre. Dans Jean, Jésus dit, « Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »

Autre thème, la gloire. Le septième dimanche, Jésus dit : « Père, l’heure est venue...  Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe ». Pour l’Ascension, st Paul écrit : « Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître ».

La connaissance se trouve également le dimanche : « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ ».

Dans les deux, Jésus parle de ses disciples. Ils ont gardé sa parole, en eux il a été glorifié, et ils vont recevoir une force pour devenir ses témoins et faire des disciples de toutes les nations.

Tout cela se voit reflété à la Salette. Marie apparait en gloire ; elle cherche à réveiller son peuple à la connaissance de Dieu. Elle charge Mélanie et Maximin (et, plus tard, les Missionnaires, les Sœurs et les Laïcs salettins) pour faire connaître son message « à tout mon peuple. »

Jésus promet de demeurer avec ses disciples « jusqu’à la fin du monde ». L’attention de la Belle Dame aux détails de la vie des enfants montre qu’elle est une fidèle compagne de notre pèlerinage terrestre.

Comme on a dit plus haut, les Actes décrivent l’Ascension de Jésus : « il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux ».

Je souris toujours à la façon dont les enfants ont décrit la disparition de la Vierge à la fin de l’Apparition. « Elle s’est fondue, disaient-ils, comme du beurre dans la poêle ». D’autres récits le rendent : « dans une marmite sur le feu, » ou « dans la soupe ».

Ils ne l’ont jamais revue, mais elle n’a jamais perdu de vue ne eux ni nous. Si seulement l’on pouvait reconnaître cela et s’en souvenir.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Si… Alors

(6e dimanche de Paques : Actes 8, 5-17 ; 1 Pierre 3, 15-18 ; Jean 14, 15-21)

« Si vous m’aimez, dit Jésus, vous garderez mes commandements ». Il décrit un peu ce qui en résultera. « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité ».

Mieux encore : « Celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui ». Cela explique, je crois, pourquoi il y eut une si grande joie dans la ville de Samarie quand Philippe y proclama le Christ, et confirma sa prédication par plusieurs signes.

Notre Dame de la Salette annonce ce qui arrivera « s’ils se convertissent ». Extérieurement, il y aura de l’abondance au lieu de la famine.

Qu’en est-il des effets internes ? Nous pouvons emprunter quelques idées de notre seconde lecture et du psaume.

S’ils se convertissent…

Ils honoreront dans leurs cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. Jamais plus ils n’abuseront de son Nom.

Ils apprendront à bien prier. Ils fêteront la gloire du nom de Dieu, en s’écriant, « Béni soit Dieu qui n’a pas écarté ma prière, ni détourné de moi son amour ! »

Ils seront prêts à présenter une défense, avec douceur et respect, devant quiconque leur demande de rendre raison de l’espérance qui est en eux. Cela présuppose qu’ils vivront de telle manière que les autres puissent remarque leur engagement chrétien. (C’est ce que fit le papa de Maximin qui, après des années sans se rendre à l’église, passa alors à assister à la messe quotidienne.)

Ils auront une conscience droite, acceptant la souffrance, si c’est la volonté de Dieu, « car mieux vaudrait souffrir en faisant le bien plutôt qu’en faisant le mal ».

En 1852, Mgr de Bruillard a décidé d’ériger un Sanctuaire, et en même temps appela en existence le Missionnaires de Notre Dame de la Salette, en notant : « Leur création et leur existence seront, ainsi que le Sanctuaire lui-même, un souvenir perpétuel de l'apparition miséricordieuse de Marie ».

Rien d’aussi public n’est attendu de la plupart de ceux qui acceptent l’appel de Marie à la conversion, mais si nous désirons persévérer, alors il serait bon, même sage, de veiller à ce que notre première rencontre avec la Belle Dame ne s’oublie jamais.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

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