Il était une fois… encore         

(2e dimanche de Paques : Actes 2, 42-47 ; 1 Pierre 1, 3-9 ; Jean 20, 19-31)

La vie des premiers croyants, telle que décrite dans les Actes, semble presque trop belle pour être vraisemblable. Leur enthousiasme pour la prédication des Apôtres, la prière et la vie communes, et le partage des biens—on comprend bien que « La crainte de Dieu était dans tous les cœurs ».

Dans le Psaume nous lisons : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ». Mais, en 1846 la Vierge a pleuré parce que la Pierre angulaire était, tragiquement, rejetée à nouveau. Et aujourd’hui ?

St Pierre, dans la seconde lecture, énumère les bienfaits de la « grande miséricorde » de Dieu. Notre Dame de la Salette est notre Mère miséricordieuse. Examinons les parallèles.

Premièrement, Dieu « nous a fait renaître pour une vivante espérance. » A la Salette, cette espérance ne réside pas seulement dans la prospérité future, mais, avant cela, dans la conversion aux choses de Dieu.

Vient ensuite « un héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure », qui s’étend au-delà de nos besoins et de nos soucis actuels. Pierre dit que cela nous est réservé dans les cieux, mais ce n’est pas dire que nous ne pouvons pas y puiser même maintenant. La prière et surtout l’Eucharistie, éléments essentiels du message de la Salette, nous en donnent accès.

En troisième lieu, le salut. C’est cela surtout qui explique l’enthousiasme des premiers chrétiens, et l’attrait de cette communauté. « Chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés ». La Salette n’offre pas le salut de façon indépendante, bien sûr, mais nous conduit au Sauveur lui-même.

Puis, Pierre écrit, « Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ». Quiconque a vraiment fait l’expérience de la miséricorde de Dieu—comme beaucoup l’ont fait par le biais de la Salette—comprend exactement ce que signifie cela. Les épreuves viennent et passent ; la joie demeure.

L’Apôtre Tomas a connu un temps de ténèbres, puis il a fait l’expérience de la miséricorde du Seigneur, et sa première réponse fut de reconnaître la divinité de Jésus : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Plut tôt, la peur avait renfermé les Apôtres derrière les portes verrouillées. La Divine Miséricorde a changé tout cela. Ce que celle-ci a fait pour eux, elle peut le faire pour nous et, à travers nous, consacres à notre Mère miséricordieuse, pour les autres.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

La grande promesse

(Paques : Les lectures de la Veillée pascale et du dimanche sont trop nombreuses pour être énumérées ici.)

Dans la quatrième lecture de la Veillée pascale, Dieu dit à travers Isaïe : « Un court instant, je t’avais abandonnée, mais dans ma grande tendresse, je te ramènerai. Quand ma colère a débordé, un instant, je t’avais caché ma face. Mais dans mon éternelle fidélité, je te montre ma tendresse ».

Voilà tout le message de la Salette. Nous faut-il des commentaires supplémentaires ?

Le mot « colère » peut nous porter à penser aux paroles de la Vierge sur « le bras de mon Fils ». Mais cette lecture peut nous rappeler que, presque partout dans l’Ecriture sainte, la main ou le bras de Dieu s’étend pour sauver.

Après le récit de la traversée de la Mer Rouge, par exemple, nous chantons, dans le cantique de Moïse : « Ta droite, Seigneur, magnifique en sa force, ta droite, Seigneur, écrase l’ennemi ».

Et, à la Veillée comme à la messe dominicale, nous prions avec les paroles du Psaume 117 : « Le bras du Seigneur se lève, le bras du Seigneur est fort ! Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du Seigneur ».

Alors que la main et le bras de Dieu démontrent son pouvoir de sauver, sa grande tendresse et son éternelle fidélité expriment son désir de le faire. De fait, même quand Dieu fait usage de son pouvoir pour punir son peuple, son amour l’emporte toujours.

Dans les Evangiles la question est posée : « Quel est le grand commandement ? » Je voudrais aujourd’hui suggérer, d’un point de vue salettin, une question différente.

D’abord, permettez-moi de vous donner la réponse : « Même si les montagnes s’écartaient, si les collines s’ébranlaient, ma fidélité ne s’écarterait pas de toi ». Cela vient de la même lecture d’Isaïe citée au début de cette réflexion.

Maintenant, la question : Quelle est la grande promesse ?

Pensez-y. Est-ce qu’il y a autre promesse que vous préféreriez entendre de Dieu que celle-ci ? Y a-t-il quoi que ce soit à propos de la Belle Dame et de son message qui ne soit pas fondé sur cette promesse ?

Et, quelle preuve plus grande trouvons-nous de la fidélité de Dieu à sa promesse que la résurrection de Jésus ? Que ce jour que fit le Seigneur soit pour vous jour de fête et de joie !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Deux Evangiles

(Dimanche des Rameaux : Matthieu 21, 1-11 ; Isaïe 51, 4-7 ; Philippiens 2, 6-11 ; Matthieu 26, 14—27, 66)

Au début de la Liturgie d’aujourd’hui, nous entendons le récit de l’entrée triomphale de Jess à Jérusalem. Après vient le récit de la passion. 

Une similitude ressort. Dans les deux cas, Jésus envoie des disciples à accomplir une tâche (organiser le transport, préparer la Paque), et ils « firent ce que Jésus leur avait ordonné. » (Cela pourrait pour certains d’entre nous faire penser à Maximin et Mélanie.)

Cependant, les contrastes abondent. « Hosanna » cède à « Qu’il soit crucifié ». « C’est le prophète Jésus », annoncé par quelques-uns dans la foule, devient « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs », le motif de sa condamnation, placé au-dessus de sa tête sur la croix.

On pourrait imaginer quelques différences qui ne sont pas mentionnées. Par exemple il est vraisemblable que Jésus a pleuré lors de sa prière dans le jardin de Gethsémani. Par contraste, comment imaginez-vous la réaction de Jésus aux cris de la foule enthousiaste lors de son entrée à Jérusalem ?

Le Serviteur souffrant, du texte d’Isaïe, dit : « Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. » Une parole encourageante, réconfortante, se trouve même dans la scène de la trahison. Dans Matthieu, Jésus appelle Judas ‘mon ami’, lui offrant le salut même au moment le plus sombre de sa culpabilité.

A la Salette, l’équivalent est « mon peuple ». Peu import à quel point il sont perdus, la Vierge ne les rejette pas. Les paroles, « Avancez, n’ayez pas peur », s’adressent d’abord aux enfants, mais pas exclusivement à eux seuls.

La Belle Dame nous appelle à la soumission. Jésus, muet devant ses accusateurs, est le modèle même de la soumission. Dans l’évangile Jésus est ‘abandonné’ et, comme l’écrit st Paul, « il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. »

Le même texte dit que Jésus a reçu « le Nom qui est au-dessus de tout nom », cher à Notre Dame mais, hélas ! pas si cher à son peuple.

Matthieu ne mentionne pas Marie dans la Passion, mais la pensée de sa souffrance me conduit à conclure par les paroles de la prière à Notre Dame de la Salette : « Souvenez-Vous, ô Notre-Dame de La Salette, véritable Mère de douleurs, des larmes que Vous avez versées pour moi sur le Calvaire ».

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Mort, vie, amour, espoir

(5e dimanche de Carême : Ezékiel 37, 12-14 ; Romains 8, 8-11 ; Jean 11, 1-45)

Jésus éprouvait en quelque sorte la foi de Marthe, quand il a dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais », et ensuite lui demanda, « Crois-tu cela ? »

S’il lui avait demandé, « Comprends-su cela ? » la conversation aurait pu changer complètement. Mais, par sa réponse, Marthe exprima sa foi en Jésus lui-même, et alors en tout ce qu’il disait ou faisait. « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

Plus loin nous lisons : « Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : Voyez comme il l’aimait ! » L’amour et les larmes ne sont pas étrangers.

La Belle Dame a pleuré. Nous voyons, donc, comment elle nous aime, et combien elle désire que nous croyions que son Fils est la résurrection et la vie, et que nous ayons confiance en sa parole.

Chaque fois que je rencontre la parole ‘mon peuple’ dans la bible, je pense à la Salette. Dans la première lecture d’aujourd’hui ce lien est particulièrement fort. C’est la conclusion de la célèbre vision de la Vallée des ossements. Jusqu’à ce moment, dans Ezékiel, Dieu parle à propos de son peuple, mais ne leur a parlé directement presque jamais. Mais ici il s’adresse à eux directement, et avec quel sentiment : « O mon peuple ». Pourront-ils encore douter de son amour ?

La juste réponse à cette question se trouve dans le psaume d’aujourd’hui : « Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur, qui subsistera ? Mais près de toi se trouve le pardon pour que l’homme te craigne... près du Seigneur, est l’amour ; près de lui, abonde le rachat. »

St Paul a recours à une image très différente de celle des ossements desséchés, pour arriver au même but. Vivre selon la chair, c’est être spirituellement mort. « Ceux qui sont sous l’emprise de la chair ne peuvent pas plaire à Dieu. » La sainte Vierge veut que son peuple comprenne cela.

Le message de la Salette, comme tous les textes d’aujourd’hui, souligne la volonté de Dieu de nous restaurer à la vie. Dans les paroles de la première lecture, « J’ai parlé et je le ferai—oracle du Seigneur. »

Parfois nous nous trouvons à prier « des profondeurs ». Il ne faut jamais désespérer. Lazare n’était pas une cause perdue. Nous non plus.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

L’Onction

(4e dimanche de Carême : 1 Samuel 16, 1-13 ; Ephésiens 5, 8-14 ; Jean 9, 1-41)

David reçoit l’onction de l’huile par Samuel, et « L’Esprit du Seigneur s’empara de David à partir de ce jour-là ». Une des images pacifiques dans le psaume d’aujourd’hui dit, « tu répands le parfum sur ma tête ».

Jésus a fait de la boue et l’appliqua sur les yeux de l’aveugle-né. En raison du matériel utilisé, il nous est difficile de reconnaître ce geste comme un onction. Mais il est difficile de le comprendre autrement, si on considère son objectif. Jésus dit que l’homme est né aveugle « pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ».

Il ajoute, « Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde ». St Paul applique la même idée à nous : « Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière... Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres ».

A la Salette, Marie, qui était toute de lumière, donna à deux enfants le pouvoir d’accomplir une mission. Cela aussi était une espèce d’onction. Et son message nous rappel notre identité chrétienne, tristement négligée par tant de ceux qu’elle appelle « mon peuple », mais qui demeurent dans l’obscurité.

Tous nous avons reçu l’onction au nom du Christ, pas une mais deux fois, dans le sacrement de baptême, avec l’huile du salut, « pour que nous demeurions éternellement les membres de Jésus Christ ».

En effet, c’est seulement par l’entremise du Fils de la Belle Dame que nous pouvons espérer produire, selon la parole de st Paul, « tout ce qui est bonté, justice et vérité ». Nous pouvons compter sur Jésus pour nous conduire par le juste chemin pour l’honneur de son nom.

L’histoire de l’aveugle-né soulève plusieurs questions—seize, pour être exact—, notamment : Que dis-tu de Jésus ? Serait-ce que tu veux devenir son disciple ? Crois-tu au Fils de l’homme ? Et qui est-il, pour que je croie en lui ?

Il serait de notre avantage de réfléchir en privé sur ces questions. Mais il pourrait être plus intéressant, stimulant et profitable de nous les posez mutuellement, peut-être dans un contexte de partage de la foi.

La ‘question salettine’ est : Faites-vous bien votre prière ? Dans la prière présentons-nous pour recevoir l’onction, « pour que les œuvres de Dieu se manifestent » en nous. Certes, une noble ambition !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

J’ai soif

(3e dimanche de Carême : Exode 17, 2-7 ; Romains 5, 1-8 ; Jean 4, 5-42)

Les lectionnaires français et espagnol fournissent des informations qui ne sont pas évidentes dans la traduction anglaise de la première lecture, c.-à-d. : Mériba vient du verbe signifiant ‘chercher querelle’, et Massa, ‘mettre à l’épreuve’. Les deux se réfèrent au caractère antagoniste de l’épisode où les hébreux ont osé récriminer contre Dieu.

Dans Michée 6, 1-2, le prophète appelle son peuple : « Lève-toi ! Engage un procès avec les montagnes, et que les collines entendent ta voix. Montagnes, écoutez le procès du Seigneur... Car le Seigneur est en procès avec son peuple ». Encore nous trouvons la racine de Mériba, cette fois comme ‘procès’.

Le message de Notre Dame de la Salette s’inscrit dans ce contexte. Elle réprimande son peuple pour ses péchés, surtout l’indifférence. Le psaume d’aujourd’hui qui, lui aussi, se réfère à Mériba et Massa, a le refrain, « Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur ! »

Quand Jésus demande à boire à la femme, elle adopte une attitude contentieuse. « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » Jésus ne s’en offense pas, mais initie un dialogue avec elle, avec les paroles : « Si tu savais le don de Dieu ».

Plus tard dans l’Evangile de Jean, Jésus déclarera du haut de Golgotha, « Jai soif ». Ici, au chapitre 4, sa soif vient de la fatigue de la route. Mais nous y percevons un peu la soif présente dans toute sa vie et tout son ministère, le désir intense qu’il exprime dans Jean 12, 32 : « Moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ». En satisfaisant notre soif, Jésus étanche la sienne.

Sur la croix, il sortit du sang et de l’eau du côté percé de Jésus. Le célèbre commentateur biblique Matthew Henry expliqua ceci de la façon suivante : « Ces mots signifient les deux grands bienfaits que chaque croyant reçoit moyennant le Christ—la justification et la sanctification ; le sang pour la rémission, l’eau pour la régénération ; le sang pour l’expiation, l’eau pour la purification ».

La théologie catholique applique cela également aux sacrements.

A la Salette, il y a une source miraculeuse. Elle existait depuis longtemps, mais se desséchait toujours durant l’été. Mais depuis l’apparition cette source n’a jamais cessé de couler, un rappel des larmes de la Belle Dame, et de sa soif la plus profonde—la nôtre, aussi, si seulement nous nous en rendions compte.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

La vocation

(2e dimanche de Carême : Genèse 12, 1-4 ; 2 Timothée 1, 8-10 ; Matthieu 17, 1-9)

Il y a une légère contradiction entre le Psaume et notre deuxième lecture. Dans le premier nous lisons, « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour, pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine ». L’espoir et une crainte révérencielle semblent être une condition de délivrance.

Mais ensuite st Paul nous dit, « Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce ». Ici le salut est sans conditions.

Nous constatons cela aussi bien dans la première lecture. Abram est appelé et reçoit les excellentes promesses de Dieu, sans avoir rempli aucune condition préalable. Et dans l’Evangile, aucune raison n’est donnée pour laquelle Jésus a choisi Pierre, Jacques et Jean comme témoins de sa transfiguration.

Le Seigneur appelle qui il veut, quand il veut, et comme il veut. Cela est vrai pour nous aussi. En tant que Salettins Laïques, Sœurs et Missionnaires, nous jouissons du don gratuit de l’amour de la Vierge.

Comme dans le cas d’Abram, la réponse à l’appel implique un changement, pas nécessairement géographique, évidemment, mais la conversion d’un cœur ouvert à d’autres dons : la crainte du Seigneur, la générosité dans le service de Dieu, la bonne disposition à prendre notre part « des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile ».

Vivre la foi, professer le message de l’Evangile en catholiques, n’a jamais été facile, mais semble plus difficile dans l’ère moderne. Cela requiert la prière. La prière, à son tour, nécessite un silence, au moins suffisant pour pouvoir entendre les paroles, « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, … écoutez-le ! » prononcées d’une nuée lumineuse, et dont on entend l’écho dans le message d’une Belle Dame portant son image sur sa poitrine.

Et comment lire le Psaume d’aujourd’hui sans penser à elle ? A travers ses larmes, elle voyait les souffrances de tant de monde ; elle est venue « les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine », même s’ils étaient loin de craindre le Seigneur ou de mettre leur espoir en son amour.

Comment partageons-nous cette délivrance ? Il n’y a pas de réponse unique. Mais quand nous désirons profondément vivre notre vocation, une réponse se présentera en temps voulu, accompagnée probablement par les mots, « Soyez sans crainte ! »

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Prenez garde au Tentateur

(1er dimanche de Carême : Genèse 2, 7-9 et 3, 1-7 ; Romains 5, 12-19 ; Matthieu 4, 1-11)

Lorsque le célébrant se lave les mains à la fin de l'offertoire, il dit : « Lave-moi de mes fautes, Seigneur, purifie-moi de mon péché ». A la veille d’entrer au moment le plus sacré de la messe, il prend compte de son indignité à le faire, soit personnellement, soit en tant qu’être humain.

On trouve la même pensée dans le Psaume d’aujourd’hui, mais contrebalancée, si vous voulez, par le dernier verset : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange ». Vu la grâce de Dieu, notre culpabilité n’est pas un obstacle insurmontable à un culte sincère.

St Paul nous rappelle que « tous ont péché », quand « par un seul homme, le péché est entré dans le monde » ; mais cela n’était pas la fin de l’histoire. La justification est venue par le Christ. L’Auteur de la vie, qui « modela l’homme avec la poussière tirée du sol et insuffla dans ses narines le souffle de vie », envoya son fils pour restaurer la vie.

Mais, avant d’entrer pleinement dans sa mission, Jésus a été tenté. Nous pouvons facilement nous identifier à cette expérience.

Il a triomphé sur le Tentateur, mais il ne faut pas supposer qu’il n’a pas réellement subi la tentation. En vrai homme, Jésus connaissait sûrement l’attrait de la satisfaction facile de ses besoins, de la preuve que Dieu veillait sur lui, du pouvoir royal.

Quand nous avouons nos péchés, nous reconnaissons les tentations auxquelles nous avons succombé. Ou bien, comme à la Salette, quelqu’un d’autre peut nous montrer comment nous avons cédé au Tentateur.

La Belle Dame a mentionné certaines offenses : l’abus de Nom de son Fils ; le travail du dimanche ; le manquement au devoir dominical ; et, le Carême, la fréquentation des boucheries, « comme les chiens ». Quelle est la tentation fondamentale à tous ces péchés ?

La réponse peut se trouver dans Jérémie 2, 20 : « Depuis longtemps tu as brisé ton joug, rompu tes liens. Tu as dit : Je ne servirai pas ! » Les réponses de Jésus au Tentateur sont une déclaration de son désir d’obéir au Père seul. « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. »

Voilà le modèle pour résister à toute tentation. Mais n’attendez pas jusqu’à ce que la tentation arrive. Résistez-y d’avance. Prenez toujours garde du Tentateur.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

La sainteté

(7e dimanche ordinaire : Lévitique 19, 1-2, 17-18 ; 1 Corinthiens 3, 16-23 ; Matthieu 5, 38-48)

« Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. » Cette phrase se trouve quatre fois dans le livre du Lévitique.

Remarquez la raison donnée pour cette commande. Ce n’est pas la promesse de prospérité, à laquelle on s’entendrait, peut-être. Non, la raison est d’autant plus importante. Tout ce qui a rapport à Dieu est saint. Sa volonté est sacrée. Nous y obéissons par révérence. 

On trouve un passage semblable dans Lévitique 22, 32 : « Vous ne profanerez pas mon saint nom, afin que je sois sanctifié au milieu des fils d’Israël ; je suis le Seigneur qui vous sanctifie. » Notre sainteté vient de Dieu. St. Paul donne écho à cette idée quand il écrit, « Le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous. »

Le psalmiste s’écrie : « Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! » Marie à la Salette pleura la profanation dirigée contre le nom de son Fils. Ce n’était là que l’un des signes que son peuple avait abandonné son identité de temple de Dieu. Au lieu de prier, on blasphémait ; on se moquait de la religion.

L’appel à la sainteté est un défi de taille. Il doit pénétrer tous les aspects de notre vie. St. Paul dit cela de la façon suivante : « Si quelqu’un parmi vous pense être un sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour devenir sage. Car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu. »

La Vierge a choisi Mélanie et Maximin pour témoins. Le message de la sagesse divine fut confié à des enfants sans éducation, de sorte que personne ne pourrait se tromper sur son sens.

La sagesse de ce monde est contraire au message de l’Evangile. Tendre l’autre joue, par exemple, est (et a toujours été) contre-culturel. C’est difficile même pour les chrétiens engagés. 

Heureusement, notre sainteté n’est pas une question de savoir qui a raison ou tort, de gagner ou de perdre. Il s’agit avant tout de partager la sainteté du Seigneur ou, comme le dit Jésus, d’être « parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

Dans nos efforts à faire passer le message de la Belle Dame, nous pouvons nous avancer vers ce but et, ce faisant, peut-être transformer ainsi une petite partie de notre monde.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Marteau et tenailles

(6e dimanche ordinaire : Ben Sira 15, 15-20 ; 1 Corinthiens 2, 6-10 ; Matthieu 5, 17-37)

L’un des éléments les plus distinctifs de l’Apparition de Notre Dame de la Salette, comme vous le savez, c’est le marteau et les tenailles de chaque côté du crucifix.

Ceux qui les voient pour la première fois demandent toujours ce qu’ils signifient. Vous connaissez l’interprétation traditionnelle, mais je crois qu’il pourrait être plus utile de répondre avec une autre question. Supposons que Marie se soit présentée aux enfants sans prononcer une parole ; comment comprendre ses intentions ?

Les outils de menuisier en eux-mêmes n’auraient pas de signification spéciale. Mais puisqu’ils se trouvent ici associés au Crucifié, ils ont un lien avec la Passion de Jésus, où ils servaient à des usages opposés.

On ne se surprend pas qu’ils aient toujours été expliqués comme nous appelant à choisir entre la vie et la mort, comme nous lisons aujourd’hui dans Ben Sira, qui reprend la parole de Moïse dans Deutéronome 30, 15.

Toutes les lectures d’aujourd’hui portent sur le choix. Le psalmiste choisit la fidélité aux commandements divins ; Paul opte pour « la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée » ; et Jésus dit quatre fois, « Vous avez appris... Eh bien ! moi, je vous dis », demandant la fidélité à son enseignement.

Nous avons tendance à voir le choix comme une question morale, et c’est souvent le cas. C’est certainement le point de vue de Ben Sira. On peut facilement oublier que le Sermon de la Montagne est plus exigeant que les Commandements. C’est ce que Jésus veut dire par ses paroles, « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux ».

Quand même, ce que dit Ben Sira est vrai : « Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher ». Alors, quand nous péchons, cela vient de notre choix. Il peut y avoir des circonstances atténuantes, bien sûr, surtout si nous ne jouissons pas d’une pleine liberté.

Cela entendu, avant toute décision concrète, il doit se trouver une résolution fondamentale, en tant que disciples du Christ, de nous efforcer de tout notre cœur de vivre selon sa parole.

C’est ce que la Belle Dame est venue nous dire. Elle présente un choix : le refus de se soumettre, avec ses conséquences, ou la conversion, avec ses bienfaits. Les deux s’opposent, comme le marteau et les tenailles.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

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