Avez-vous remarqué ?

(Dimanche de la Sainte Trinité : Deutéronome 4,32-40 ; Romains 8, 14-17; Matthieu 28,16-2)

Combien de fois avez-vous pensé à la Sainte Trinité la semaine dernière ? Supposons que vous ayez assisté à la messe dominicale, récité le rosaire trois fois, et prié une fois l'office du matin ou du soir du bréviaire.

Cela donne un minimum de vingt-cinq fois où vous avez entendu, lu ou récité les noms du Père, du Fils et du Saint Esprit ensemble. Mais la question se pose : y avez-vous pensé ? Y Prêtiez-vous attention ou, pour citer une phrase salettine, faisiez-vous bien votre prière ? Est-ce que votre prière rendait un vrai hommage à la Très Sainte Trinité ?

Est-ce peut-être à cause de notre tendance à la distraction que l'Église nous offre chaque année une solennité par laquelle nous pouvons consciemment vénérer Dieu dans toute sa gloire et sa magnificence trinitaire ?

La révélation du mystère intime de Dieu a pris des siècles. D'abord vint la création. « Il parla, et ce qu’il dit exista ; il commanda, et ce qu’il dit survint », comme le proclame le Responsorial. Ayant choisi un peuple, il le libéra de l'esclavage, comme le rappelle Moïse dans la première lecture. Enfin, il envoya son Fils, qui nous a envoyé l'Esprit.

Sans faire référence à un langage trinitaire, le message de Notre-Dame de la Salette fait penser au Père qui a délivré son peuple mais dont les commandements étaient mis de côté. Le crucifix de la Vierge montre le Fils qui a racheté et réconcilié son peuple ; maintenant ce peuple lui refusait le respect et la vénération qui lui étaient dus. Par ses larmes, Marie semble dire, « Comment avez-vous pu oublier ? »

L'Esprit pourrait-il être la source de la lumière qui l'entourait, ou l'inspiration de ses paroles ? Quoi qu'il en soit, le Père, le Fils et l'Esprit se voient reflétés dans sa tendresse et sa beauté.

On pourrait presque voir une autre dimension trinitaire dans cette apparition. La Salette est une et elle est trois. C'est un événement unique, mais ses trois phases présentent trois tableaux distincts : Celle qui pleure, la Conversation et l'Assomption.

Dans la deuxième lecture, st Paul nous dit que nous avons reçu « un Esprit qui fait de vous des fils », et que nous sommes « héritiers avec le Christ ». Prenons donc conscience de ce que nous disons lorsque nous prions : « Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient !” (Acclamation de l'Évangile)

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Raviver le feu

(Pentecôte : Actes 2, 1-11 ; Galates 5, 16-25 ; Jean 15, 26-27 et 16, 12-15)

Les disciples se réunissaient dans la chambre haute depuis un certain temps. Là, ils avaient prié, ils avaient élu Matthias pour remplacer Judas et, selon la parole de Jésus lors de son Ascension, ils attendaient que s'accomplisse « la promesse du Père ».

Puis, dans le vent et le feu, l'Esprit est venu les chasser, pour ainsi dire, de la chambre haute dans le monde pour y prêcher, et « chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. »

Dans l'Acclamation de l'Évangile d'aujourd'hui, nous prions : « Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles ! Allume en eux le feu de ton amour ! » et dans la séquence : « Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé ».

Dans la deuxième lecture, st Paul essaie d'aider les galates à comprendre que leurs querelles sectaires (entre autres choses) n'ont rien à voir avec les fruits de l'Esprit. « Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit », écrit-il. En d'autres mots, laissez de côté tout ce qui ne se rapporte pas à l'Esprit.

Ces paroles pourraient nous pousser à nous sentir bien coupables. Si c'est le cas, qu'est-ce qui nous retient ?

À la Salette, Marie est venue raviver le feu de l'amour de Dieu dans son peuple. Par son message elle voulait les ébranler, les réveiller de leur complaisance, afin qu'ils puissent répondre à leur vocation chrétienne, comme l'Esprit le leur permettait.

Le défi de la Pentecôte demeure toujours d'enflammer de nouveau notre cœur, mais non pas seulement pour nous-mêmes. Le feu doit se propager. Il s'agite constamment ; s'il reste au même endroit, il s'éteint.

De même pour la Salette. Les pèlerins de la Sainte Montagne s'attristent souvent quand vient le moment de partir. Il en est de même pour la Salette que pour la chambre haute de la Pentecôte. Ce qui y est vécu ne doit pas se confiner à ce lieu.

La Belle Dame est apparue dans la lumière, tirer de nouveau notre attention sur son Fils. Elle a parlé de façon à être comprise. En tant que salettins, il ne nous suffit pas de répéter ses paroles. Nous devons vraiment écouter les autres, parler un langage commun ; nous avons encore besoin que l'Esprit Saint nous pousse à aller dans le monde pour prêcher, travailler, vivre et manifester notre amour pour Dieu, et ainsi traduire la Salette par nos paroles et nos actions.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Commissionnés par le Christ

(L’Ascension, célébrée le dimanche dans de nombreux diocèses : Actes 1, 1-11 ; Éphésiens 4, 1-13 ; Marc 16, 15-20).

La conclusion de l'Évangile de Marc, qui se lit aujourd'hui, semble combiner le récit de l'Ascension de st Luc avec le récit de st Matthieu du mandat de Jésus de proclamer l'Évangile par le monde entier.

La commission a été donnée. Quelle tâche énorme, quelle grave responsabilité ! Mais soyez sans peur, car le Christ ne prévoit pas pour nous la faillite mais, en fin de compte. le succès.

Dans la première lecture, juste avant l'Ascension, Jésus fait la promesse : « Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem... et jusqu’aux extrémités de la terre ».

Dans Marc, Jésus énuméra aux disciples les signes qui accompagneraient leur ministère, après quoi il a disparu à leurs regards.

À la Salette, la Belle Dame a promis ce qui se verrait « s'ils se convertissent ». Elle a aussi donné une commission, en commençant d’abord par Mélanie et Maximin : « Vous le ferez passer à tout mon peuple ».

Après, elle s'est détournée, a répété sa dernière commande et est remontée au ciel. Elle était venue nous rappeler gentiment la tâche que son Fils nous a laissée à faire, et maintenant elle était partie.

Cette solennité ne consiste pas seulement à reconnaître que le Christ est monté à la place qui lui était réservée à la droite de Dieu. Elle est pour nous, le corps du Christ ici sur terre, qui désirons nous aussi monter, pour être avec le Christ, la tête de notre Église. Il faut nous y prendre.

Nous avons tout ce qu’il faut, surtout les sacrements. Nous avons le manuel d’usage, c'est-à-dire les saintes Écritures et l’enseignement de l'Église. Nous avons chacun notre habilité particulière, notre charisme et notre spécialité à apporter ; comme on voit dans la seconde lecture : « Les dons qu’il a faits, ce sont les Apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi ».

Nous prions : « Seigneur, enflamme dans nos cœurs le désir de notre patrie céleste et fais-nous avancer, sur les traces du Sauveur, vers le lieu où, pour nous, il est entré avant nous » (Messe de la veille au soir). En tant que salettins, nous désirons y retrouver Marie aussi.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Aimé et choisi

(6e dimanche de Pâques : Actes 10, 25-48 ; 1 Jean 4, 7-10 ; Jean 15, 9-17)

Jésus dit à ses disciples : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et vous ai établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure ». Ils le savaient déjà, évidemment, mais en ce moment, à la veille de sa passion, le rappel était important. Ces mêmes paroles ont résonné de tout temps, pour chaque génération de croyants. Cela inclut chacun de nous.

Maximin et Mélanie n'ont pas choisi la Sainte Vierge. C'est elle qui les a choisis. À partir d'eux, son message aussi a porté du fruit qui demeurera.

Ce choix n'est pas exclusif. Dans la première lecture d'aujourd'hui, saint Pierre et ses compagnons, chez Corneille, « furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu ». Ils ne pouvaient recevoir de meilleure confirmation de la parole de Pierre : « Dieu est impartial ».

Ainsi, nous voyons la vérité exprimée dans le Psaume d'aujourd'hui : « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ».

L'Esprit Saint est venu comme un don, apportant d’autres dons que l'Église nomme charismes. Le charisme de la Salette n'est pas une chose choisie pour nous-mêmes. Au contraire, c’est le charisme qui nous a attirés. Nous sommes ses ministres, annonçant la réconciliation par toute la terre.

Mais il ne faut pas oublier les autres lectures d'aujourd'hui, qui parlent toutes de l’amour. Quand Jésus nous dit de nous aimer les uns les autres, il nous en fournit le fondement et le modèle : « comme je vous ai aimés ». Il faut donc d'abord croire qu'il nous aime vraiment, et accepter cet amour. Ensuite, nous devons essayer de l'imiter—un défi dont on trouve écho dans la deuxième lecture.

L'un des plus beaux poèmes d'amour de la littérature commence par ces mots : « Comment je t’aime ? Laisse m’en compter les formes ». Si nous écoutons Jésus de tout notre cœur, pouvons-nous l'entendre compter les formes dont il nous aime ?

En tant que salettins, il nous suffit peut-être de regarder le crucifix qui repose sur le cœur de la Belle Dame. Sur la sainte montagne, elle est apparue au moment et dans le lieu qui avaient besoin d'un message d'amour et de tendre miséricorde.

Que notre prière soit d'accepter l'amour infini de Dieu, et d’en vivre, en glorifiant Dieu en paroles et en action, et en parlant en langues d'amour (avec ou sans paroles).

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Fruit de la vigne ou de l'arbre

(5e dimanche de Pâques : Actes 9, 26-31 ; 1 Jean 3, 18-24 ; Jean 15, 1-8)

Jésus, faisant référence à une scène familière aux gens de son époque, se présente comme une vigne dans le vignoble du Père, et ses disciples comme des sarments. Aujourd’hui, il pourrait utiliser une métaphore différente, un verger, par exemple. Alors il aurait dit : « Je suis l'arbre ».

Tout le reste serait le même : « Le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même... Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit ». Les bonnes branches sont taillées et les mauvaises rejetées.

De même le Père, qui s’occupe de la vigne, s’occupe de l'arbre. Il sait que certaines branches poussent rapidement mais ne porteront jamais de fruit. S’il les laisse pousser, elles épuiseront les ressources des autres. Son expérience lui dicte ce qu’il faut pour la santé de l’arbre, afin de produire des fruits abondants et de qualité.

Jésus semble presque implorer ses disciples quand il dit : « Demeurez en moi, comme moi en vous ». Il se soucie d'eux. À la Salette, la Belle Dame a constaté avec tristesse que certains chrétiens n’entendaient plus cet appel.

Employant le langage de Marie à propos du blé gâté et des pommes de terre pourries, on pourrait dire qu'elle a trouvé que la vigne ou l'arbre avait très besoin d'être taillé et soigné, qu'il était malade et plein des pousses inutiles de l'apathie spirituelle. Elle offre donc le remède nécessaire pour la conversion et la réconciliation, de sorte que nous, les branches, puissions porter fruit de nouveau.

Il y a une autre façon par laquelle la Salette donne l’exemple de ce que la conversion véritable peut faire pour produire de bons fruits. Considérez l’effort missionnaire des communautés religieuses et des mouvements laïcs qui ressortent de l'Apparition. Par leur moyen, plusieurs individus et pays ont reçu la « grande nouvelle » de la Vierge ; la mission a produit beaucoup de fruits de réconciliation.

Si nous privilégions, pour un instant, la métaphore de l'arbre, nous pouvons penser au fruit tombé, que le cultivateur ne jette pas. L’on pourrait en dire autant des personnes marginalisées. Elles doivent être incluses dans notre mission ; comme le dit st Jean dans la deuxième lecture : « N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité ».

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Le Seigneur est mon...

(4e dimanche de Pâques : Actes 4, 8-12 ; 1 Jean 3, 1-2 ; Jean 10, 11-18)

La plupart de nos lecteurs, pour compléter notre phrase titre, mettraient : berger. On serait peut-être surpris que ce jour, souvent appelé dimanche du Bon Pasteur, la Liturgie n’emploie pas le Psaume vingt-deux comme responsorial.

Cependant, tandis que l'Évangile se concentre sur Jésus en tant que pasteur, les autres lectures et le psaume considèrent d'autres images ou titres.

Par exemple, Jésus est la pierre méprisée. Saint Pierre, continuant le discours de notre lecture de la semaine dernière, applique le psaume 117 au peuple qui l’entoure dans le Temple : « La pierre méprisée de vous, les bâtisseurs », signalant ainsi l'attitude hostile de certains parmi le peuple et des chefs vers le Christ.

À la Salette, la Sainte Vierge a donné des exemples de la façon dont son peuple avait méprisé son Fils. Avons-nous, personnellement, mérité ses reproches ? En contemplant le crucifix sur sa poitrine, entendons-nous les paroles de Pierre, lorsqu’il parle de « Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié » ? Si c’est le cas, approchons-nous du Seigneur avec un humble repentir.

Jésus est la pierre d’angle, le fondement de notre foi et de l'Église. Cette image ressemble beaucoup à ce que nous trouvons dans le Psaume 17, où David appelle le Seigneur « ma force, mon roc, ma forteresse, mon libérateur ». Là on se trouve devant Dieu dans une attitude de confiance.

Il en est de même pour nous vis-à-vis du Bon Pasteur, bien que l’orgueil nous tente de procéder suivant notre propre avis, même quand il nous mène sur le chemin du péché. Ne voulant être abandonnes par le Bon Pasteur—souvenez-vous des paroles de Marie : « Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas » —pourquoi oserions-nous l’abandonner ? Nous avons besoin de lui pour nous guider, pour nous nourrir (surtout de l'Eucharistie), pour nous protéger.

Pierre méprisée, pierre d’angle, Bon Pasteur : il ne s’agit pas seulement de nomenclature, mais de notre rapport avec Dieu le Fils.

Certains diraient peut-être : « Le Seigneur est mon ami », non pas comme des égaux, bien sûr, mais en tant que quelqu'un qui se soucie de nous. Le message de la Salette en dit autant.

Réfléchissez-y. Jésus, c’est qui pour vous ? Qui êtes-vous pour lui ? Plus important encore, ressentez-vous profondément son amour pour vous ? Y répondez-vous pareillement ?

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Avancez

(3e dimanche de Pâques : Actes 3, 13-19 ; 1 Jean 2, 1-5 ; Luc 24, 35-48)

Le titre d'aujourd'hui cite la première parole adressée aux enfants à la Salette. Elle ajoute : « N'ayez pas peur ». Nous reconnaissons le modèle, en ordre inverse, dans les Écritures.

Dans l'Évangile du dimanche précédent, Thomas est invité à s'approcher assez pour toucher les plaies de Jésus. Aujourd'hui, Luc raconte une histoire semblable. Au moment où deux disciples racontaient comment ils avaient rencontré Jésus sur la route d'Emmaüs, le voilà soudain sur place !

Il les rassura : « Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai ».

Dans les deux récits, les premières paroles de Jésus sont, « La paix soit avec vous ». Il est évidemment possible qu’il s’agisse de la salutation normale, "Shalom", mais le contexte suggère une signification plus riche. L'invitation à toucher est interprétée comme un moyen de restaurer la paix intérieure.

C'est comme si l'Église nous donnait cette semaine une autre chance, une seconde invitation à reconnaître le Christ crucifié, le Christ ressuscité, et nous poussait à désirer plus profondément être ses disciples fidèles.

Le discours de Pierre dans la première lecture d'aujourd'hui signale que ses auditeurs ont manqué d'accepter Jésus comme le Rédempteur et, au contraire, l'ont mis à mort. Mais tout n'est pas perdu. Pierre dit, en effet : « Le salut est possible, même pour vous ». En invitant les gens à se repentir et à se convertir, il les invite à avancer vers celui qui peut leur rendre une vraie paix.

N'est-ce pas ce que nous dit la Vierge ? Le salut est possible, même pour nous. Elle nous rappelle, à sa manière, ce que nous dit la deuxième lecture d’aujourd’hui : « C’est Jésus qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement des nôtres, mais encore de ceux du monde entier ».

Ayant calmé la peur de ses disciples, Jésus dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem ». Tous reçoivent l’invitation à s'approcher.

Maximin racontait que, quand Mélanie et lui accoururent vers la Belle Dame, « Personne n'aurait pu passer entre elle et nous ». Elle est venue rapprocher son peuple de son Fils, pour rétablir la paix entre lui et nous. A nous de faire passer ce message.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Pas possible ?

(2e dimanche de Pâques : Actes 4, 32-35 ; 1 Jean 5, 1-6 ; Jean 20, 19-31)

Pour l'apôtre Thomas, chose certaine : Jésus était mort et enseveli. Donc, il serait tout à fait impossible que d’autres aient pu le voir vivant. Les portes de son esprit étaient serrées plus solidement que celles du l’endroit où les disciples étaient réunis, le soir venu, en ce premier jour de la semaine.

Autre chose impossible, présentée comme un fait dans la première lecture. « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun. » Et dans le psaume : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ».

Autant d’éléments qui dépassent la compréhension humaine, donc le psalmiste ajoute : « C’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ». La deuxième lecture le proclame d'une autre manière : « Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi ».

Quiconque voyait l'état de la chrétienté dans la France du XIXe siècle aurait pensé qu'il était impossible que l'Église survive, vu l'hostilité qui l'entourait et la tiédeur de beaucoup de ses adhérents. Mais, comme les Apôtres qui « avec une grande puissance, rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus », la Mère du Seigneur, avec une grande tendresse, appela son peuple à la réconciliation et à la conversion du cœur, au moyen d’un retour fidèle à la prière et à l'Eucharistie.

Le récit évangélique d'aujourd'hui concernant Thomas nous rappelle de ne pas prendre notre foi pour acquise, mais que nous devons la chérir comme l’un des plus précieux et plus beaux dons. En effet, Jésus peut passer à travers les portes verrouillées de l'indifférence, de la complaisance, de l'orgueil, du découragement, etc. Mais insistons-nous à nous poser dans une telle position ?

Jésus a miséricordieusement pris l'initiative de restaurer Thomas à sa juste place parmi les Apôtres. Ensuite il prononça une béatitude : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Ça, c'était pour nous.

Le but se trouve très bien exprimé dans la prière d'ouverture d'aujourd'hui : « pour que nous comprenions toujours mieux quel baptême nous a purifiés, quel Esprit nous a fait renaître, et quel sang nous a rachetés ».

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Jamais plus de simples curieux

(Pâques : Actes 10, 34-43 ; Colossiens 3, 1-4 ou 1 Corinthiens 5, 6-8 ; Jean 20, 1-9)

L’on peut imaginer la Semaine sainte comme un voyage ou, mieux encore, comme un pèlerinage vers le tombeau vide. La commémoration de la dernière Cène, le jeudi saint, et de la Passion du Seigneur, le vendredi saint, et surtout la Veillée pascale, ont en vue de renouveler, de renforcer et d’intensifier notre foi.

Aujourd'hui, nous pouvons nous écrier avec le psalmiste : « Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! » et « Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du Seigneur ».

Ici, comme dans la première lecture, nous voyons la notion de témoignage. Dans notre contexte salettin, nous mentionnons Mélanie et Maximin comme témoins de l'Apparition, et en effet ils le furent. Mais n'avez-vous jamais considéré que la Belle Dame elle-même est venue comme témoin ?

« Je suis ici pour vous conter une grande nouvelle », a-t-elle dit ; mais sa nouvelle n’était pas seulement de l’information. Sachant ce qu'elle savait, et voyant ce qui se passait parmi son peuple, elle se sentait chargée de plaider constamment pour nous, tout en s’adressant à nous. Elle rendait témoignage à son Fils crucifié, portant son image sur sa poitrine. Mais la lumière brillante de son crucifix reflétait aussi bien la gloire de la résurrection.

L'Église nous donne à choisir pour la deuxième lecture. Le texte de 1 Corinthiens souligne un mot qui reviendra souvent dans les semaines prochaines : « pascal ». Cela porterait à penser à un rapport avec Pâques. Mais le sens original se réfère à la Pâque.

Ce n'est pas une simple coïncidence que la passion du Christ et sa mort coïncident avec la fête de la Pâque. Il devint notre agneau pascal, de sorte que son sang puisse marquer la porte de nos cœurs et de nos âmes, et que la mort puisse nous dépasser sans nous nuire, et que nous puissions recevoir le don de la vie éternelle du Christ.

Si le Carême a pu occasionner en nous une conversion, imaginez ce que pourrait accomplir la fête de Pâques ? Est-ce que le Saint Esprit agit en nous lorsque nous entrons dans le tombeau vide ? Que dirons-nous à notre retour de là dans notre monde quotidien ? (Imaginez ces gentils, dans la première lecture, qui entendait la prédication de Pierre).

En tant que chrétiens, avons-nous été peut-être de simples curieux ? C’est peut-être le temps pour nous de progresser, de trouver le moyen de partager notre joie de Pâques !

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Humiliation volontaire

(Dimanche des Rameaux : Marc 11, 1-10 ; Isaïe 50, 4-7 ; Philippiens 2, 6-11 ; Marc 14–15)

Jésus a anticipé les acclamations de la foule qui l’admirait. Il a même prévu une monture afin d’être plus visible. La foule était ravie de l'accueillir comme leur chef, leur héros.

Jésus accepta tout cela.

Il a aussi bien anticipé la trahison de Judas, le reniement de Pierre, la fuite des disciples, la moquerie de ses ennemis, l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe à propos du Serviteur souffrant, dans la lecture de l'Ancien Testament, aujourd'hui : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats ».

Tout cela, Jésus l’accepta.

Les gens apprécient peu la faiblesse d'un héros, donc il n'est pas étonnant de voir l'adulation de la foule changée en appel à la mort de Jésus. Sa disgrâce fut telle qu'ils réclamèrent un nouveau héros, « un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute ».

Ce qu'ils ne savaient pas et ne pouvaient pas comprendre, c'est que toute cette humiliation était prévue. St Paul écrit que le Christ Jésus s'est vidé et humilié volontairement, échangeant sa « condition » de Dieu contre celle d'un esclave, par obéissance, comme le précise l'Évangile, à la volonté du Père.

« C'est pourquoi, ajoute-t-il, Dieu l’a exalté... afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse et que toute langue proclame : Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ».

Pour cela, il nous faut « le langage des disciples, » comme le Serviteur souffrant d'Isaïe. Il ne s’agit pas ici du don de l'éloquence, mais de « pouvoir, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé ». Cela devrait être naturel pour nous salettins, si nous adoptons l'attitude de la Belle Dame.

Même si l'expression de notre foi se trouve rejetée, nous retenons la même confiance que le Serviteur de Dieu : « Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages... je sais que je ne serai pas confondu. »

Aurions-nous rejoint la foule pour réclamer la mort de Jésus ? Qui pourrait le dire ? La question plus importante demeure : est-ce que, aujourd'hui, nous sommes prêts à suivre son exemple d'humilité et d'obéissance ?

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

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