Prière humble

(22e dimanche ordinaire : Ben Sira 3, 17-29 ; Hébreux 12, 18-24 ; Luc 14, 1, 7-14)

Dans la première lecture d'aujourd'hui, nous entendons : « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité ». Dans l'évangile, Jésus dit : « Qui s’abaisse sera élevé ».

À La Salette, la Belle Dame demanda : « Faites-vous bien votre prière, mes enfants ? »

A première vue, ce lien entre La Salette et les lectures pourrait nous surprendre. Mais si vous y pensez, qu'est-ce que la prière qui ne provient pas d'un cœur humble ? Est-ce qu’il y a une autre façon de s'approcher de Dieu ? Nous ne sommes pas le créateur mais la créature. Si nous sommes doués de talents, ou jouissons de certains privilèges dans notre communauté, alors il est d’autant plus nécessaire de nous humilier d’avantage, comme le dit le livre de Ben Sira.

« Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place », a dit Jésus aux convives à la maison d’un chef des pharisiens. Cet avis s'applique d’autant plus à la prière. Quand nous venons dans la présence de Dieu, toute comparaison que nous puissions faire entre nous-mêmes et les autres est pure vanité. (Souvenez-vous de la parabole du pharisien et du publicain, c’est-à-dire un collecteur d'impôts ! Nous y reviendrons en deux mois).

Lorsque Marie reçut l'honneur de devenir la mère du Messie, elle répondit, avec une véritable humilité : « Voici la servante du Seigneur ». Dans sa prière de louange, le Magnificat, elle reconnaît que Dieu « s’est penché sur son humble servante ».

Quand, à La Salette, elle parle de sa propre prière, nous la voyons s’humilier de deux différentes façons. D’abord, elle vient devant son Fils dans l'attitude d'une mendiante. Puis elle s'identifie à un peuple de pécheurs, « mon peuple », pour qui elle plaide sans cesse.

Plusieurs parmi nous prient la tête inclinée. N'est-ce pas un geste d'humilité où nous nous soumettons devant notre Seigneur et Sauveur ?

Nous ressentons parfois de la joie dans notre ministère de réconciliation, mais cela ne doit pas se transformer en arrogance ou en supériorité. Oui, nous possédons un don à partager, mais nous devons céder la place, afin que le message de la Vierge puisse rayonner clairement. Nous ne pouvons jamais nous attribuer le mérite de ce que le Seigneur peut accomplir en réponse à notre humble prière.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Le rassemblement

(21e dimanche ordinaire : Isaïe 66, 18-21 ; Hébreux 12, 5-13 ; Luc 12, 22-30)

Récemment nous avons réfléchi sure des lectures difficiles, et celles d’aujourd'hui semblent l’être pareillement. Dans la Lettre aux hébreux, il nous est dit d'accepter les difficultés comme une sorte de discipline. Dans l'évangile, Jésus nous dit d'entrer par la porte étroite.

Heureusement, cela ne dit pas tout. La discipline « produit un fruit de paix et de justice », et Jésus de conclure : « Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu ».

La première lecture reflète davantage ce point de vue optimiste. Dieu déclare : « Moi, je viens rassembler toutes les nations, de toute langue. Elles viendront et verront ma gloire ».

Cela nous fait penser à un cantique composé il y a quarante ans. Son titre était Here in this Place (En ce lieu même), mais plus ordinairement on le connaissait comme « Gather us in » (Rassemble-nous), d'une phrase répétée dans le texte. (Nous demandons pardon pour l’usage d’une source inconnue de plusieurs. Nous espérons que nos lecteurs nos de langue française, espagnole ou polonaise penserons à des hymnes dans leurs propre langue).

« Rassemble-nous, perdus, abandonnés / Rassemble-nous, aveugles, boiteux ». Nous ressentirons peut-être le poids de nos péchés, tel le fantôme de Marley dans Un chant de Noël de Charles Dickens, qui entraînait derrière lui la lourde chaîne forgée par sa cupidité égoïste.

Quand même, nous espérons être admis au grand rassemblement. Nous le voyons dans les deux lignes qui suivent : « Appelle-nous, nous nous réveillerons / Nous levant vite au son de notre nom ».

Le premier pèlerin de La Salette fut la Sainte Vierge. Elle appelle à elle deux enfants. Cela fut le début. Depuis lors, des centaines de milliers ont parcouru les sentiers de montagne ou gravi les chemins escarpées et sinueuses, afin de se tenir là où elle s’est tenue, et entendre ses paroles à l'endroit précis où elle les prononça.

Voilà donc que les paroles de la deuxième lecture prennent un nouveau ton : « Redressez les mains inertes et les genoux qui fléchissent, et rendez droits pour vos pieds les sentiers tortueux. Ainsi, celui qui boite ne se fera pas d’entorse ; bien plus, il sera guéri ».

Le premier vers de l'hymne que nous avons cité est le suivant : « En ce lieu même, lumière nouvelle ». Comment ne pas se référer à la lumière qui émanait du crucifix de la Belle Dame ? Les salettins, laïcs, missionnaires et sœurs, peuvent refléter cette lumière, et rassembler d’autres à elle.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

La foi radicale

(20e dimanche ordinaire : Jérémie 38, 4-10 ; Hébreux 12, 1-4 ; Luc 12, 49-53)

Jérémie, fidèle à sa mission prophétique, était extrêmement détesté. Ses ennemis, dans la première lecture, l'accusent de démoraliser le peuple.

Le message de La Salette se caractérise fortement prophétique. Il n'est donc pas surprenant que La Salette se connaisse moins, et soit moins populaire que d'autres apparitions.

Jésus a rencontré l’opposition de plusieurs côtés. L'un de ses apôtres l'a trahi. Dans l'évangile d'aujourd'hui, Jésus prépare ses disciples au même sort, même dans leur propre famille.

La seconde lecture ne minimise pas les difficultés qui nous attendent. Le dernier verset évoque même la possibilité du martyre. Mais il nous rappelle que Jésus « a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement », et il nous exhorte : « Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus ».

Personne ne peut prendre joie du conflit. De fait, dans bien de nos rapports sociaux, il est de mauvais goût de discuter de politique ou de religion ; cela est trop désagréable, sème la discorde, provoque trop de disputes, de ressentiments.

C’est pénible pour nous, dédiés à la réconciliation, de faire face à tant de dissensions. C’est tellement oppressif que l’on peut être tenté de s’en détourner. Mais alors nous ne serions pas fidèles à notre vocation.

Chaque fois que nous entendons les paroles de Jésus : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division », cela nous choque. Après tout, à chaque messe, nous l’entendons dire les paroles de Jean 14, 27 : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ». Comment réconcilier ces deux textes ? Les deux sont-ils vrais ? Oui. Le conflit extérieur n’exclut pas forcément la paix intérieure.

Il faut comprendre et accepter à quel point il est radical de croire en Dieu et de chercher à accomplir sa volonté. Notre foi est-elle ardente ? Brûle-t-elle d'amour pour Dieu ? Avons-nous ce don le plus précieux du Saint-Esprit—une saine crainte du Seigneur ?

Une foi tiède ne suffit pas. Mais il ne faut pas non plus être hostiles. Imitons plutôt l’attitude paisible de la Belle Dame, « Avancez, n’ayez pas peur ». A son exemple nous pourrions offrir au monde la paix du Christ.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Prêts pour le pèlerinage ?

(19e dimanche ordinaire : Sagesse 18, 6-9 ; Hébreux 11, 1-2, 8-19 ; Luc 12, 32-48)

Frères et sœurs, êtes-vous prêts ?

Avez-vous déjà décidé de partir de chez vous à une certaine heure, puis rencontré des retards à la dernière minute ? Cela peut arriver à cause d’événements imprévues, ou à cause de notre temporisation.

Comme nous voyons dans la première lecture, les hébreux en Égypte savaient que leur délivrance s’annonçait alors qu'ils célébraient la première Pâque. Dans Exode 12, ils avaient reçu l’ordre de manger en hâte, le bâton à la main, les sandales aux pieds et vêtus pour le voyage. Ils devaient être prêts à partir à tout moment. Ils devenaient un peuple pèlerin. Leur espoir était en Dieu.

La Belle Dame de La Salette est venue renouveler l'espoir de son peuple en temps de désespoir. Elle n’a pas tout simplement dit, "Tout ira bien". Plutôt son message fut celui du psaume d'aujourd'hui : « Dieu veille sur ceux qui le craignent, qui mettent leur espoir en son amour, pour les délivrer de la mort, les garder en vie aux jours de famine ».

Dans l'Évangile, Jésus dit à ses disciples : « Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte ». Il ne s'agit pas là de la seconde venue du Christ, mais de notre disponibilité à répondre quand il nous appelle.

Nous trouvons un sens semblable dans la deuxième lecture. La foi d'Abraham est présentée comme modèle. A La Salette, Marie est venue raviver la foi de son peuple.

Au début de l'évangile d'aujourd'hui, Jésus donne la consigne suivante à ses disciples : « Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône... Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur ». Il parle là de la charité. Cette parole a deux significations. Dans l'usage ordinaire, elle signifie la bienveillance, surtout envers les pauvres. Cependant, dans le langage théologique, il s’agit de l'amour sacré, la plus grande de toutes les vertus, infusé dans nos cœurs par Dieu. C'est notre trésor incomparable.

Marie n'a pas parlé de charité dans son apparition. Elle a plutôt démontré son amour sacré par ses paroles, par ses larmes, par sa tendresse envers les enfants.

Nous pouvons joindre nos efforts aux siens. Par exemple, quand nous récitons le rosaire, nous pouvons en offrir une partie pour demander une croissance de foi, d'espérance et de charité, pour nous-mêmes d'abord, et pour tous ceux qui nous accompagnent sur notre chemin de pèlerinage.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Ce qui compte pour Dieu

(18e dimanche ordinaire : Qohèleth 1,2, et 2, 21-23 ; Colossiens 3, 1-11 ; Luc 12, 13-21)

Le livre de Qohèleth, d’où est tirée la première lecture, fait la déclaration fameuse : « Vanité des vanités ». En hébreu, ce mode d'expression s’emploie comme un superlatif, par exemple : Saint des saints, ou Roi des rois.

Le texte continue : « Tout est vanité ! » L'auteur porte insistance sur cette pensée. Dans l'Évangile, Jésus dit chose semblable dans sa parabole : « Insensé, cette nuit, on te demandera ta vie ; et les choses que tu as préparées, à qui appartiendront-elles ? »

De façon limitée, mais plus spécifique, à La Salette Marie note la futilité des efforts humains : « Jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j'ai prise pour vous autres », et « Si vous avez du blé, il ne faut pas le semer ».

Paul écrit aux chrétiens de Colosses, qui semblent en lutte contre leurs propres vanités. « Faites donc mourir en vous ce qui n’appartient qu’à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder, qui est une idolâtrie. Plus de mensonge entre vous ».

Il les appelle à poursuivre leur conversion : « Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre ». Cela ressemble à la conclusion de l'Évangile d'aujourd'hui, où Jésus nous prévient de ne pas devenir comme « celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu ».

Penser à tout cela pourrait nous décourager. N'avons-nous pas le droit de travailler en vue d'améliorer notre situation ? Est-ce que tout est sans valeur aucune ?

Pas possible. En effet st Paul, dans une autre lettre, rappelle aux Thessaloniciens : « Nous vous donnions cet ordre : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ».

Nous n'insinuons pas qu'il ne faut pas travailler. Mais nous avons la responsabilité d'être des intendants prudents, en dirigeant et en réorientant correctement nos travaux, nos vies, vers celui qui nous a créés et appelés à son service.

Pensons ici à la demande de la Belle Dame de bien prier. Le matin, nous pouvons offrir notre travail d’aujourd’hui à Dieu. Le soir, nous le remercions pour le travail de notre journée. Et, durant la journée, prions avant d’entreprendre toute tâche. Tout est vanité seulement si nous manquons de le faire pour la gloire de Dieu.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Puissante prière

(17e dimanche ordinaire : Genèse 18, 20-32 ; Colossiens 2, 12-14 ; Luc 11, 1-13)

Aujourd'hui, le thème évident de la première lecture et de l'Évangile est la prière. Le psaume, aussi, toujours une prière en lui-même, reconnaît : « Tu as entendu les paroles de ma bouche ».

Quand nous disons que Dieu exauce notre prière, nous entendons généralement qu'il nous donne ce que nous demandons, comme Jésus le promet. Mais la parabole de l'Évangile démontre qu’il nous faut demander plusieurs fois. Abraham, dans la première lecture, comprend cela. Il revient souvent sur le même sujet. À La Salette, Marie a dit : « Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse ».

Dieu parle à Abraham de « la clameur au sujet de Sodome et de Gomorrhe ». Il y a là un écho de la Genèse 4, 10, où Dieu dit à Caïn : « La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi ! » Dieu ne peut pas ignorer la gravité du péché. Il est temps d'agir.

Quand la Belle Dame mentionne le bras lourd de son Fils, cela suppose un cri semblable. La situation exige une réponse urgente.

Quel est le cri, aujourd'hui ? Que devons-nous trouver au cœur de notre prière ? Où nous appelle le cri de notre charisme ?

Abraham espérait que sa prière serait exaucée parce qu'il avait une amitié spéciale avec Dieu. Encore plus la Sainte Vierge, en tant que « Reine Mère », pouvait s’attendre à une réponse favorable de son Fils, mais elle devait recevoir aussi une réponse favorable de son peuple : soumission, conversion, confiance.

Jésus nous encourage à prier avec confiance. Cela ne signifie pas que nous recevrons inévitablement tout ce que nous demandons au Seigneur. Dieu, que Jésus compare à un parent soucieux, sait ce qui est mieux pour nous.

Cela compris, Dieu prend l'initiative, comme l'écrit saint Paul : « Vous étiez des morts, parce que vous aviez commis des fautes et n’aviez pas reçu de circoncision dans votre chair. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné toutes nos fautes. Il a effacé le billet de la dette qui nous accablait ».

En effet, à travers les soucis de la vie, Dieu peut nous guider à la prière, que nous le reconnaissions immédiatement ou non, de sorte qu'il puisse communiquer avec nous et nous diriger vers un plan pour notre vie. Persévérons donc dans la prière et dans la pratique active de notre foi.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Hospitalité

(16e dimanche ordinaire : Genèse 18, 1-10 ; Colossiens 1, 24-28 ; Luc 10, 38-42)

D’accord avec les paroles de Marie, « Avancez, mes enfants, n'ayez pas peur », soyez les bienvenus encore à cette réflexion hebdomadaire. Vous êtes ici chez vous.

Abraham, dans la première lecture, est un modèle d'hospitalité. Il accourt à la rencontre du Seigneur et de ses compagnons, s’assure de leur confort, et fournit un repas de fête. Dans notre expérience, la nourriture et les boissons ne sont-elles pas toujours des éléments d’événements spéciaux ?

Dans Matthieu 25, Jésus souligne l'importance de prévoir aux besoins des autres, à partir de la nourriture pour ceux qui ont faim et le breuvage pour ceux qui ont soif. Et n’oubliez pas qu'il a lui-même lavé les pieds de ses disciples lors de la dernière Cène, et leur a donné la nourriture et la boisson précieuses que nous continuons à recevoir avec gratitude encore de nos jours.

En tant que réconciliateurs, nous connaissons aussi les œuvres spirituelles de miséricorde, pendant que nous nous efforçons d'aider les gens à comprendre la vérité de la miséricorde et de l'amour de Dieu, et son désir de nous attirer à lui-même. Cela requiert de nous un esprit d’hospitalité, alors que, patiemment, nous les guidons, instruisons, réconfortons, blâmons, etc. Cela va mieux si nous pouvons nous mettre à la place des personnes auxquelles nous nous adressons.

Comme saint Paul dans la deuxième lecture, nous aussi sommes des ministres d'une grâce que nous nous efforçons de partager. Nous le faisons ensemble parfois. Mais comme chacun de nous est unique, nous devons adapter notre service selon notre propre personnalité et nos talents.

En cela Marthe et Marie, dans l'évangile, sont des modèles excellents. Selon l'évangile de Jean, Jésus visitait régulièrement leur foyer. Il ne faut pas supposer que Marthe n'écoutait jamais Jésus ou que Marie n'aidait jamais au service. Mais en cette occasion, elles ont démontré une même hospitalité de différentes façons.

Il fallait que quelqu’un prépare le repas. Marthe assuma cette responsabilité.

Quelqu'un devait s’assurer que Jésus se sente le bienvenu, en étant attentif à lui d'une autre façon. Il est peu probable que Marie ait été la seule auprès de Jésus à l'écouter parler, mais Jésus a reconnu que sa présence était le choix approprié. Cela lui était important.

La Belle Dame a porté son attention aux besoins spirituels et matériels de son peuple bien-aimé. Mais tout d'abord elle a dû inviter les enfants à venir à elle. Pour accomplir notre ministère, nous devons faire de même.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

La réponse évidente

(15e dimanche ordinaire : Deutéronome 30, 10-14 ; Colossiens 1, 15-20 ; Luc 10, 25-37)

Dans la première lecture, Moïse déclare que la Loi ne dépasse pas la capacité de son peuple à la connaître et à l'accomplir. Marie à La Salette parle de certaines des obligations de la vie chrétienne et catholique—les plus simples et les plus évidentes. Tous deux semblent énoncer des évidences.

Dans l'Évangile d'aujourd'hui, Jésus met au défi un maître de la loi de trouver sa propre réponse à une question à propos de la vie éternelle. Il n'hésite pas. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même ». La solution est plutôt évidente.

Moïse parle de « cette loi que je te prescris aujourd’hui ». Prescrire veut dire, enjoindre, encourager, exhorter, pousser, etc. Cela suppose la fidélité. Marie espère la même chose, non seulement de Mélanie et de Maximin, mais de tous ceux qui, un jour, entendront ses paroles.

L’observance de la loi amène des bienfaits assurés. Le texte d'aujourd'hui du Deutéronome suit un passage rappelant au peuple les bénédictions qui reviennent à ceux qui observent les commandements. Jésus, dans l'Évangile, dit : « Fais ainsi et tu vivras ». À La Salette, la Belle Dame promet la fin de la famine pour ceux qui se soumettent à son Fils.

Mais agir en vue d'une récompense ne suffit pas pour accomplir le grand commandement. Plus notre amour pour Dieu est parfait, plus il nous deviendra naturel de vivre selon sa volonté.

Considérez Jésus dans sa passion. Il aimait le Père de tout son cœur, transpercé pour nos péchés, ce cœur d’où jaillit du sang et de l'eau ; de toute son âme, lorsqu’il acceptait parfaitement la volonté de son Père dans le jardin de Gethsémani ; de toute sa force en portant sa croix ; de tout son esprit quand il priait même pour ses ennemis.

Marie, au pied de la croix, a uni son amour à celui de son Fils. À La Salette, elle n'a rien demandé pour elle-même. Il fut naturel pour elle de répondre aux besoins de son peuple, c’était la réponse la plus évidente de sa part.

Que devons-nous faire pour obtenir la vie éternelle ? Aimer le Seigneur, notre Dieu... Aimer notre prochain... Va, et toi aussi, fais de même. Est-ce au-dessus de nos forces ou hors de notre atteinte ?

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

La joie et la fierté des missionnaires

(14e dimanche ordinaire : Isaïe 66, 10-14 ; Galates 6, 14-18 ; Luc 10, 1-12, 17-20)

[NOTE : Cette réflexion est chaleureusement dédiée à la mémoire de Mgr Donald Pelletier, M.S., âgé de 90 ans, missionnaire toute sa vie au Madagascar. Il est mort le 4 juin 2022, heurté par une voiture, alors même que cette réflexion se préparait].

Dans l'évangile d’aujourd’hui, Jésus désigne soixante-douze disciples pour le précéder en toute ville et localité qu'il avait l'intention de visiter. Il leur fournit des instructions spécifiques et assez difficiles à propos de leur mission : comment, quoi, où, etc. Ayant déjà demeuré un temps significatif en sa compagnie, ils étaient prêts, et partirent.

Leur mission réussit, comme nous le lisons : « Les soixante-douze s'en retournèrent tout joyeux, et dirent : ‘Seigneur, même les démons nous sont soumis à cause de ton nom’ ». Les Missionnaires, les Sœurs et les Laïcs salettins ne sont pas étrangers à cette expérience. Soit dans des pays inconnus et en des langues nouvelles, ou dans notre monde familier, nous connaissons la joie de porter un message de paix et de promesse, quand il est bien accueilli.

Mais Jésus a prévu aussi la possibilité d'un échec et dit aux disciples comment faire dans ce cas. Saint Paul donne un autre conseil dans la seconde lecture : « Pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté ».

Dans ce cas nous devons nous rappeler, encore une fois, que toute la lumière glorieuse de l'apparition de Notre-Dame de La Salette émanait du crucifix qui reposait sur son cœur. Lorsque nous rencontrons l'échec ou le rejet dans notre mission de réconciliation, nous pouvons nous imaginer baignés de cette même lumière.

Mais passons. Le thème dominant de la liturgie d'aujourd'hui est la joie. La première lecture nous donne le ton. Dans une vision Isaïe entrevoit le retour des exilés à Jérusalem, et les compare à un bébé qui se nourrit avec exubérance au sein de sa mère — une image du parfait bonheur !

Le psalmiste reprend le thème : « Acclamez Dieu, toute la terre », et puis le répète de plusieurs façons.

Evidemment, nous sommes heureux lorsque notre effort missionnaire porte du fruit. Mais n'oublions pas les paroles de Jésus : « Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux ». Autre encouragement pour nous, si nous en avons besoin : nos noms sont inscrits dans le cœur de la Belle Dame.

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

Quel joug ?

(13e dimanche ordinaire : 1 Rois 19, 16-21 ; Galates 5, 1, 13-18 ; Luc 9, 51-62)

Quiconque a vu l'agriculture traditionnelle sait ce qu'est un joug : une structure en bois placée sur le cou des animaux, pour labourer ou tirer des charges lourdes. Souvent, deux animaux sont attelés ensemble, partageant le fardeau. Cela fait partie de la première lecture.

Saint Paul, cependant, emploie le terme au sens figuré. « C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Alors tenez bon, ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage ». Il continue en disant que si nous abusons de notre liberté, nous ne sommes pas libres.

Cela nous fait-il penser, peut-être, à une parole de Jésus ? Elle n’est pas dans l'Évangile d'aujourd'hui, mais dans Matthieu 11, 30 : « Mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger ». Cela s’entend d’ordinaire comme un joug que Jésus place sur nos épaules. Mais une autre interprétation possible pourrait se référer au joug et au fardeau qu’il nous invite à porter avec lui.

Dans les deux cas, une juste soumission est requise, la volonté de connaître sa volonté et le désir de l'accomplir. Cela signifie, en quelque sorte, échanger un joug contre un autre. À La Salette, Marie offre un choix : se soumettre humblement aux exigences de la foi, ou se soumettre de mauvais gré aux souffrances sur lesquelles nous n'avons aucun contrôle.

Dans l'Évangile d’aujourd’hui, trois personnes différentes décident de suivre le Christ. Dans le troisième cas, Jésus utilise une image agricole, semblable à celle de la première lecture : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu ».

St Paul parle d’une autre dimension encore de la conversion : « Toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Cela se rapproche de ce qu'il écrit dans le chapitre qui suit : « Portez les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ ».

C’est difficile pour nous de changer, et nous portons souvent le fardeau du péché. L'Église nous offre le sacrement de la réconciliation pour décharger ce fardeau, et nous remettre dans la liberté du Christ. La Belle Dame n'a pas parlé de cela, mais elle visait le même résultat.

Il y a une autre image forte dans la première lecture que nous ne voulons pas manquer, celle du manteau d'Elie, qui symbolise la transmission du rôle prophétique. Marie n'a-t-elle pas étendu son manteau sur nous ?

Traduction : P. Paul Belhumeur, M.S.

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